Un retour à la diplomatie pacifique pour la Corée du Nord?

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Depuis quelques semaines, la diplomatie autour de la Corée du Nord est en pleine ébullition, alors que de nombreuses discussions semblent signaler une certaine détente entre Pyongyang, Séoul et Washington. Ce nouveau chapitre dans la saga nord-coréenne représente des défis pour ces trois pays, défis qui ne pourront être relevés que si on évite un retour à la confrontation des dernières années.

L’état des lieux

S’il fallait nommer un point de départ à ce chapitre, ce serait probablement les récents jeux Olympiques d’hiver de PyeongChang, en Corée du sud. Sur le moment, ces jeux auront été l’occasion de rapprochements et de tensions entre les deux Corées, laissant difficilement paraître les évènements auxquels nous assistons aujourd’hui. Cependant, le simple fait qu’il y ait eu des rapprochements aussi spectaculaires qu’un défilé conjoint des deux Corées durant les cérémonies d’ouverture et de fermeture de Jeux est en soi un évènement notable. On assistera par la suite à une rencontre de haut-niveau entre des émissaires des deux Corées à Pyongyang, rencontre qui mènera à une annonce spectaculaire : le président Trump accepte de rencontrer Kim Jong-un d’ici la fin mai! Un mois plus tard, c’est au tour de Kim Jong-un d’évoquer la possibilité d’un dialogue avec les États-Unis, alors qu’il était en visite officielle à Pékin, une première diplomatique pour le leader nord-coréen.

Ce qui nous amène aux évènements de la dernière semaine, où tout semble se bousculer. D’une part, le président sud-coréen Moon Jae-in a évoqué son souhait d’un traité de paix avec la Corée du Nord, afin de mettre officiellement fin à la guerre de Corée (les deux pays n’ont signé qu’une armistice, sorte de cessez-le-feu). D’autre part, on apprenait que le nouveau chef de la CIA, Mike Pompeo, s’est rendu secrètement en Corée du Nord afin de préparer la rencontre entre le président Trump et le leader Kim Jong-un. Faits importants à noter, M. Pompeo va être nommé incessamment comme nouveau secrétaire d’État des États-Unis, en plus d’avoir rencontré Kim Jong-un lors de sa visite à Pyongyang!

À ces deux évènements majeurs, il faut aussi savoir qu’une rencontre entre les deux dirigeants coréens aura lieu ce vendredi. En prévision, une ligne « téléphone rouge » a été ouverte entre les deux capitales coréennes, alors que la Corée du Sud a éteint ses hauts-parleurs à la frontière intercoréenne, eux qui crachaient des messages contre le régime du Nord. De son côté, Kim Jong-un a annoncé la suspension du programme nucléaire de son régime. Si ce geste en est un de bonne volonté pour la rencontre de vendredi, il s’agissait d’une promesse de Kim Jong-un si une rencontre avec Donald Trump devait avoir lieu.

Bref, plusieurs gestes de bonne volonté « diplomatique », alors que tout juste l’automne dernier, la Corée du Nord effectuait des tests de missile au-dessus du Japon, ce qui avait incité le président Trump à menacer Pyongyang du « fire and fury » (feu et colère) des États-Unis et à critiquer les tentatives de dialogue de la Corée du Sud!

Les enjeux

Ce changement de ton dans le dossier nord-coréen ne doit cependant pas être pris pour acquis et des enjeux politiques sont bien présents pour plusieurs États impliqués dans la région. Pour la Russie, le principal enjeu est de garder une place crédible au sein des négociations, elle qui n’a plus vraiment de leviers politiques dans le dossier. La Chine de son côté doit tenter de jongler entre préserver ce qu’elle peut d’ascendant sur la Corée du Nord, tout en étant ferme à son égard. De plus, la stabilité de la péninsule coréenne est cruciale pour Pékin.

Pour les deux Corées et les États-Unis, les enjeux sont encore plus grands. Ce qui est cependant particulier dans les discussions qui ont actuellement court, c’est qu’il est facile de connaître les grands enjeux fondamentaux, mais les enjeux plus pointus, ceux qui risquent de faire l’objet d’annonces suites aux négociations, sont à peu près inconnus pour le moment.

Le président américain Donald Trump et son homologue sud-coréen Moon Jae-In (d), le 7 novembre 2017 à Séoul. (POOL/AFP/JUNG YEON-JE)

Du côté des États-Unis, le fait que le président Trump ait adopté une approche plus dure que celle du président Obama aura contribué à faire avancer le dossier, même s’il n’a pas tout le crédit pour l’amélioration de la situation diplomatique avec le Nord. Si la rencontre Trump/Kim devait déboucher sur un gel à plus long terme du programme nucléaire nord-coréen et de nouveaux rapprochements entre les deux Corées, ça serait le premier véritable succès en politique étrangère du président américain. Finalement, un tel succès international aurait probablement un impact positif auprès des Américains pour sa présidence. Le principal défi qui lui reste est de se retenir de tweeter!

En Corée du Sud, l’actuel président Moon Jae-in joue gros pour son avenir politique et celui de son parti avec la rencontre intercoréenne de vendredi et le succès d’une détente entre les deux Corées. En effet, et suite à la destitution de l’ex-présidente conservatrice Park Geun-hye, l’élection de Moon Jae-in marque le retour au pouvoir des libéraux sud-coréens. Ceux-ci sont traditionnellement plus en faveur de rapprochement avec le Nord, contrairement aux conservateurs. Si Jae-in réussit son coup, le succès politique qui en découlera sera particulièrement frappant en Corée du Sud, alors qu’il y a un an, les Coréens étaient plongés dans le plus grand scandale de corruption politique depuis la démocratisation du pays.

Kim Jong-un et Mike Pompeo. (AFP)

Reste les enjeux pour la Corée du Nord, tournant autour des sanctions auxquelles elle fait face et de ses programmes nucléaires et balistiques. Il faut bien comprendre que la suspension annoncée du programme nucléaire nord-coréen n’est, dans les faits, que temporaire et que celui-ci peut repartir à tout moment si Kim Jong-un n’est pas satisfait de ses rencontres avec la Corée du Sud et les États-Unis. Pour Pyongyang, le succès se mesurera en fonction de sa capacité à alléger les sanctions sur le pays, mais sans démanteler ses programmes nucléaire et balistique. Si la communauté internationale devait imposer un tel démantèlement en échange d’allègements des sanctions, cela reviendrait à « reculer » pour Kim Jong-un, une situation qui lui est simplement impossible à accepter. Autrement dit, le leader nord-coréen doit réussir à concéder certaines demandes à la communauté internationale sans avoir l’air de céder devant celle-ci. Et pour cela, il faudra que la Corée du Sud et les États-Unis acceptent de faire aussi des concessions par bonne volonté.

En conclusion

Quelle est la plus grande inconnue dans ce jeu? Probablement le président Trump. Le président Moon Jae-in a adopté la même conduite depuis le début de son mandat et les options du régime nord-coréen sont relativement faciles à prévoir lorsqu’on connait ses intérêts. En revanche, il est difficile de savoir ce que recherche réellement le président Trump et encore plus de savoir s’il fera une autre sortie intempestive dont il a le secret…

Ceci dit, il ne faut pas non plus céder à un optimisme débordant dans ce dossier. Les tensions restent vives dans la péninsule coréenne et la situation peut dégénérer à tout moment. Comme on l’a rappelé plus tôt, Kim Jong-un peut aussi décider de relancer ses programmes militaires s’il estime que les négociations ne mènent nulle part.

Christian Picard est à la maîtrise en Science politique de l'Université Laval (Québec). Bilingue, il est un globe-trotter assumé, ayant été jusqu'en Corée du Nord! Ses intérêts incluent l'OTAN et l'actualité internationale.

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