Des élofs du Collège militaire royal de Saint-Jean virés pour avoir profané un Coran

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Plus de 180 élèves-officiers étaient sur parade samedi 16 mai, pour défiler devant parents et amis, lors de traditionnelle parade de fin d’année. (Nicolas Laffont/45eNord.ca)

Quatre élèves-officiers du Collège militaire royal de Saint-Jean ont reçu leur avis d’intention de libération des Forces pour avoir profané un Coran avec du bacon et des fluides corporels pendant la longue fin de semaine de Pâques.

L’incident allégué aurait eu lieu lors d’une fête dans un chalet et aurait impliqué en grande partie des étudiants de première année du collège militaire.

«Un incident de conduite inappropriée et d’actes disgracieux impliquant un petit groupe d’élèves-officiers a eu lieu à l’extérieur du campus. Cet incident déplorable va à l’encontre de tout ce que les Forces armées canadiennes représentent, et «dégoûtant» est la seule expression pour décrire la réaction des membres des Forces armées canadiennes qui ont été mis au fait de l’incident», a réagi la hiérarchie militaire.

Cet incident, survenu le 31 mars 2018, a été signalé aux autorités du Collège le 10 avril. Une enquête a été ouverte le jour-même. Elle est depuis terminée.

Les responsables du Collège n’auraient eu vent de ces gestes que lorsque des vidéos ont été montrées à d’autres étudiants, qui ont alors rapporté l’incident.

L’enquête a été menée conjointement par la police militaire et le Service national des enquêtes des Forces canadiennes et les résultats ont été transmis aussitôt à la Chaîne de commandement.

«Quatre de ces individus sont allés dormir à un moment donné et quatre autres individus sont restés debout et ont malheureusement profané un Coran, a confié le lieutenant-général Charles Lamarre, commandant du Commandement du personnel militaire. Ils l’ont profané avec, si je ne me trompe pas, des fluides corporels et il y avait peut-être du bacon aussi.»

Le lieutenant-général Lamarre n’a pas voulu préciser la nature des fluides corporels, mais il semble qu’il s’agirait de sperme. Dans la vidéo de l’incident, qui n’est plus depuis en circulation, on verrait un des quatre élofs se masturber et éjaculer sur le Coran.

L’enquête a suivi un processus méticuleux qui a permis d’administrer des mesures correctives aux élèves-officiers qui sont proportionnelles à leur niveau d’implication et de responsabilité dans l’incident.

Pour le moment, rien n’indique que l’un d’entre eux appartienne à quelque groupe raciste ou haineux que ce soit.

Deux des élofs ont reçu un avis d’intention de libération en raison d’un comportement insatisfaisant, un troisième a reçu lui aussi un avis d’intention de libération en raison d’une performance insatisfaisante et d’inaptitude au service et un quatrième un avertissement écrit et une période de probation. Il aura également une période de surveillance.

Deux des élofs ayant reçu l’avis d’intention de libération ont cependant décidé de faire appel et la décision finale devrait être connue d’ici mi-juin.

Des gestes contraires aux valeurs

Le lieutenant-général Lamarre a déclaré que la profanation de tout symbole religieux par un membre des Forces canadiennes ne serait pas tolérée. «Ça nous attriste vraiment. Cela nous donne l’impression qu’ils ne comprennent tout simplement pas parfois, a confié le général Lamarre. Mais le fait est que la grande majorité d’entre eux comprennent. Et c’est pourquoi j’ai été heureux que ce soient les jeunes élèves-officiers eux-mêmes qui ont dit que ce n’était pas correct et qui l’ont rapporté.»

Profaner un Coran est considéré comme blasphématoire par les musulmans et de tels gestes ont déjà déclenché de violentes manifestations et des émeutes meurtrières ces dernières années. Le lieutenant-général Lamarre voit comme une bonne chose le fait que les vidéos de l’incident présumé ne semblent pas avoir été partagées sur les médias sociaux. «C’était l’une des choses qui nous préoccupaient, car (les vidéos) peuvent être extrêmement choquantes pour un certain nombre de personnes», a-t-il dit.

Le commandant du Commandement du personnel militaire a précisé qu’il avait personnellement contacté l’imam de Montréal Hassan Guillet, porte-parole du Conseil des imams du Québec, connu du grand public pour son sermon après l’attentat de Québec qui a été remarqué partout dans le monde.

L’imam avait alors déclaré devant les veuves, les orphelins, des musulmans en larmes et une société en état de choc.«Il y a encore une victime dont on n’a pas parlé et cette victime s’appelle Alexandre Bissonnette», l’auteur de cette tuerie qui a fait six morts à la Grande Mosquée de Québec le 29 janvier 2017.

«Qui est responsable?» avait alors lancé l’imam «Nous tous!»

Cette fois, ce fut au tour de l’aumônier général des Forces armées canadiennes, le brigadier-général Guy Chapdelaine, de tendre la main à l’imam Guillet pour l’informer de l’incident et expliquer l’action prise par les Forces armées canadiennes en réponse à cet événement disgracieux impliquant des élèves officiers de Saint-Jean.

«Le Canada est un pays de grande diversité avec beaucoup de gens qui appartiennent à différentes religions et ont des croyances spirituelles uniques. En coopération avec le chef religieux local, les FAC prennent des mesures pour éduquer les élof diversité spirituelle.», insiste Ottawa en réponse à ces gestes.

Ce qui compte, indique également le ministère de la Défense, n’est pas tant la nature du symbole religieux que le comportement inapproprié de ce petit groupe de jeunes officiers ainsi que les mesures prises rapidement par les autorités pour remédier à situation.

Les élofs sont des membres des FAC et il leur est donc interdit de participer à des activités ou dans des groupes qui encouragent la haine, la violence et/ou la discrimination, y compris la rédaction ou le partage de déclarations en ligne, promouvoir, ou perçu comme promouvant, la haine, la violence et/ou la discrimination.

Les Forces armées canadiennes ont décliné de révéler l’identité des élèves-officiers impliqués puisqu’ils font l’objet de mesures administratives et non judiciaires.

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