La Colombie vote pour la première présidentielle de la paix avec les Farc

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Ivan Marquez du parti Farc vote lors des élections législatives, le 11 mars 2018 à Bogota, en Colombie. (Luius Acosta/AFP)

La Colombie a commencé à voter dimanche pour élire le premier président qui, depuis plus d’un demi-siècle, gouvernera sans la menace des guérilleros Farc, lors d’un duel inédit entre la droite dure et la gauche anti-système.

Dans une Colombie où la droite règne depuis toujours, son champion Ivan Duque, novice en politique, part favori pour ce premier tour, talonné par Gustavo Petro, ancien maire de gauche de Bogota et détaché des partis traditionnels.

Ce scrutin crucial va déterminer l’avenir de l’accord de paix signé en 2016 avec la plus puissante rébellion des Amériques, aujourd’hui désarmée, un pacte qui a polarisé une société meurtrie par la plus longue guerre interne du continent.

« Jusqu’à présent aucun bureau de vote n’a dû être transféré pour raison de sécurité », a déclaré le chef de l’Etat sortant Juan Manuel Santos, 66 ans, dimanche après avoir voté à Bogota, soulignant qu' »il y a de nombreuses décennies que cela n’était arrivé ».

« Avec les élections de mars dernier, pour élire le nouveau Congrès, nous achevons le premier cycle complet d’élections nationales sans la menace du conflit armé avec les Farc », avait-il souligné à la veille de ce scrutin, auquel plus de 36 millions d’électeurs sont appelés à voter jusqu’à 16H00 (21H00 GMT).

Après deux mandats depuis 2010, ce président de centre-droit ne peut se représenter. La consolidation de la paix, fragilisée par des retards dans l’application de l’accord, dépendra de son successeur.

La droite dure, opposée au pacte signé avec l’ex-guérilla Farc et aux pourparlers entamés avec l’Armée de libération nationale (ELN), dernière rébellion du pays, entend reconquérir la présidence avec un candidat jeune. Si ce n’est ce dimanche, ce sera au second tour le 17 juin.

L’accord de paix en danger?

Outre la révision de l’accord, qu’il juge laxiste envers les ex-guérilleros exemptés de prison s’ils admettent leurs crimes, Ivan Duque, 41 ans, promet d’éradiquer la drogue, la corruption et de relancer la 4e économie d’Amérique latine, en berne à 1,8% de croissance.

Parmi six candidats, cet avocat et économiste représente une coalition menée par le Centre démocratique (CD) du controversé, mais populaire ex-président Alvaro Uribe. Crédité de 37,6% à 41,5% des voix selon les sondages, Duque défend la liberté d’entreprendre, les valeurs traditionnelles de la famille et vilipende le Venezuela voisin en faillite.

Son principal rival, Gustavo Petro (crédité de 24,2% à 29,5% des voix), du mouvement Colombie Humaine, est un ex-guérillero du M-19 dissout. A 58 ans, il séduit les foules avec un programme favorable aux plus humbles, mais se voit reprocher ses accointances avec le socialisme vénézuélien.

Dans un pays allié des Etats-Unis, il défend l’accord avec l’ex-guérilla Farc et le dialogue avec l’ELN, qui a suspendu ses actions armées à l’occasion de l’élection, pour laquelle la sécurité a toutefois été renforcée, avec environ 150.000 militaires.

Premier producteur mondial de cocaïne, ce pays de 49 millions d’habitants reste confronté à la violence de groupes illégaux, qui se disputent le contrôle du narco-trafic dans les anciens fiefs des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), converties en parti politique sous le même acronyme.

En tête des nations les plus inégalitaires du continent, après Haïti et le Honduras, la Colombie peine à émerger d’un conflit qui, au fil des décennies, a impliqué une trentaine de rébellions, des paramilitaires et les forces de l’ordre, faisant plus de huit millions de victimes, entre morts, disparus et déplacés.

La Farc absente

En 2016, à la surprise générale, l’accord de paix avait été rejeté par référendum, avant d’être renégocié, puis voté au Parlement. Les résultats électoraux sont parfois imprévisibles et l’abstention flirte traditionnellement avec les 50%.

« Deux candidats sont clairement en tête et, sauf surprise et une grande erreur des sondages, Petro et Duque iraient au second tour, bien qu’il existe aussi la possibilité que Duque gagne au premier », a déclaré à l’AFP Nicolas Liendo, politologue de l’Université Sergio Arboleda.

Après avoir essuyé un échec cuisant en mars –lorsqu’elle s’est confrontée à la réalité des urnes et n’a pas réussi à dépasser 0,5% pour gagner plus que les 10 sièges parlementaires octroyés par l’accord de paix– la Farc a renoncé à la présidentielle.

La droite dure s’était imposée à ces législatives. S’il succède à M. Santos le 7 août, Duque devrait compter sur l’appui du Congrès. Mais il bénéficie surtout de l’aura d’Uribe. Après deux mandats (2002-2010), « le papa de la Colombie », comme l’a lancé l’animateur d’un meeting, ne peut se représenter. Il a donc adoubé son jeune poulain qu’il se défend de manipuler tel une marionnette.

« Cependant, les sondages montrent aussi un niveau élevé d’indécis ou de vote blanc, ce qui pourrait générer une surprise », avertit l’analyste Andrés Macias, de l’Université Externado.

Un outsider, tel l’ex-maire de Medellin, Sergio Fajardo (Coalition Colombie, centre-gauche), ou l’ancien vice-président German Vargas (Changement radical, centre-droit), pourrait donc jouer les trouble-fête.

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