Israël et les Occidentaux accusent Abbas de propos antisémites

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Le président palestinien Mahmoud Abbas, le 6 janvier 2016 à Bethléem. (Thomas Coex/AFP)

Le président palestinien Mahmoud Abbas s’est attiré mercredi les condamnations des Israéliens, des Américains et des Européens pour des propos largement considérés comme antisémites, alors qu’il paraît déjà très isolé.

M. Abbas, accusé d’antisémitisme par Israël dans le passé, a suggéré lundi soir que les massacres perpétrés contre les juifs d’Europe au cours de l’Histoire étaient moins dus à l’antisémitisme qu’à leur rôle dans la société, notamment dans le secteur bancaire.

Ces déclarations ont touché une corde très sensible en Israël. Les réactions ont été d’autant plus vives que les relations entre le gouvernement israélien et la direction palestinienne sont profondément détériorées. Les échanges d’invectives à distance sont monnaie courante.

« Apparemment, un négationniste reste un négationniste », a tweeté le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. « Il est temps qu’il disparaisse ».

Pour l’ambassadeur américain en Israël, David Friedman, juif lui-même, M. Abbas est « tombé plus bas que jamais ».

Les propos incriminés ont été prononcés lundi devant le parlement de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), en présence des journalistes, à Ramallah, en Cisjordanie, territoire occupé par Israël depuis plus de 50 ans.

« Du XIe siècle jusqu’à l’Holocauste qui s’est produit en Allemagne, les juifs vivant en Europe de l’ouest et de l’est ont été la cible de massacres tous les 10 ou 15 ans. Mais pourquoi est-ce arrivé ? Ils (les juifs) disent: +parce que nous sommes juifs+ », a déclaré M. Abbas, 82 ans, dans un discours en roue libre d’une heure et demie dont il est coutumier.

Il a cité « trois livres » écrits par des juifs comme preuves selon lui du fait que « l’hostilité contre les juifs n’est pas due à leur religion, mais plutôt à leur fonction sociale », en précisant qu’il voulait dire par là « leurs fonctions sociales liées aux banques et (prêts avec) intérêts ».

M. Abbas a contesté à nouveau le lien millénaire revendiqué par les juifs avec « la terre d’Israël », et a présenté la création d’Israël, il y a 70 ans, comme un projet « colonial » encouragé par les Européens pour faire partir les juifs.

« L’antisémitisme d’Abou Mazen n’a rien à envier à celui de Goebbels », le ministre de la Propagande d’Adolf Hitler, a écrit sur Facebook le ministre israélien de la Sécurité intérieure, Guilad Erdan, en employant le surnom de M. Abbas.

L’envoyé des Etats-Unis pour le Moyen-Orient, Jason Greenblatt, également juif, a qualifié les propos de M. Abbas de « très alarmants et terriblement décourageants ».

« Tous ceux qui pensent que c’est à cause d’Israël que nous n’avons pas la paix feraient bien d’y réfléchir à deux fois », a lancé M. Friedman, au moment où le processus de paix entre Israël et les Palestiniens est en panne depuis 2014.

L’Union européenne a fustigé « des propos inacceptables sur les origines de l’Holocauste et la légitimité d’Israël », se disant déterminée à combattre « toute tentative visant à cautionner, justifier ou banaliser grossièrement l’Holocauste ».

Ce n’est pas la première fois que M. Abbas est soupçonné ou accusé d’antisémitisme.

En juin 2016, il s’était défendu de tout antisémitisme quand il avait déclaré devant le Parlement européen que des rabbins avait demandé au gouvernement israélien « d’empoisonner l’eau pour tuer les Palestiniens ». Ces mots avaient été interprétés comme la version moderne d’une accusation médiévale contre les juifs.

M. Abbas avait ensuite reconnu avoir repris à tort des informations rapportées par les médias. « La Palestine est le berceau des trois religions monothéistes et nous rejetons les attaques contre toutes les religions », avait-il dit.

M. Netanyahu déclare régulièrement que l’absence de règlement du vieux conflit israélo-palestinien provient du refus de tout Etat juif dans quelque frontière que ce soit.

Les perspectives de règlement et d’indépendance à laquelle aspirent les Palestiniens sont très sombres. MM. Abbas et Netanyahu n’ont pas eu d’entretien direct substantiel sur la paix depuis 2010.

M. Abbas a aussi suspendu les relations avec les officiels américains après la décision du président Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et d’y transférer l’ambassade des Etats-Unis actuellement à Tel-Aviv.

L’autorité de M. Abbas, élu pour quatre ans en 2005 mais resté à son poste depuis faute d’élections, est considérée comme profondément affaiblie. Un effort pour surmonter les divisions délétères avec le mouvement islamiste Hamas a largement périclité.

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