Les États-Unis ouvrent leur ambassade à Jérusalem, au moins 52 Palestiniens tués à Gaza

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Un membre des forces de sécurité israéliennes devant le consulat américain à Jérusalem qui va accueillir l’ambassade. Photo prise le 13 mai 2018, la veille de l’inauguration de l’ambassade. (Ahmad GHARABLI/AFP)

Des heurts violents ont éclaté entre manifestants palestiniens et soldats israéliens à la frontière de la bande de Gaza, faisant 37 morts et des centaines de blessés parmi les Palestiniens peu avant l’inauguration prévue lundi à Jérusalem de l’ambassade américaine en Israël.
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Mise à jour 14-05-2018 à 16h54

Au dernier bilan, les soldats israéliens ont tué 55 Palestiniens lundi à la frontière de la bande de Gaza lors de heurts et de manifestations contre l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, concrétisation l’une des promesses les plus controversées du président Donald Trump.

Il s’agit donc de la journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de l’été 2014 dans la bande de Gaza.

à 12h52Cinquante-deux Palestiniens ont été tués lundi dans la bande de Gaza par des soldats israéliens à la frontière, selon un nouveau bilan du ministère de la Santé local.

Ces décès portent maintenant à 106 le nombre de Palestiniens tués dans la bande de Gaza depuis le début du mouvement de protestation.

à 10h29

Au moins 41 Palestiniens ont été tués lundi dans la bande de Gaza par des soldats israéliens près de la frontière, où des dizaines de milliers de personnes manifestent contre le transfert à Jérusalem de l’ambassade américaine en Israël, selon le dernier bilan.

Ces 41 décès, annoncés par le ministère de la Santé dans l’enclave, portent à 95 le nombre de Palestiniens tués dans la bande de Gaza depuis le début d’un mouvement de protestation massif le 30 mars.

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Certains groupes se sont détachés pour lancer des projectiles de fortune en direction des soldats et tenter de forcer, au péril de leur vie, la barrière frontalière lourdement gardée. Les forces israéliennes tirent en riposte.

Ivanka Trump et Jared Kushner, la fille et le gendre, mais aussi conseillers du président américain, prendront part à partir de 16h00 locales (9h00, heure de Montréal) avec des centaines de dignitaires des deux pays à la cérémonie en grande pompe qui concrétise l’une des promesses les plus controversées du président Donald Trump et enflamme à nouveau les passions.

Saluée comme «historique» par Israël, elle est largement perçue comme un acte de défi envers la communauté internationale dans une période de grande inquiétude pour la stabilité régionale.

À quelques dizaines de kilomètres de Jérusalem, des affrontements ont éclaté dans la bande de Gaza aux abords de la frontière israélienne entre manifestants palestiniens et soldats israéliens. Trente-sept Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens, dont un garçon de 14 ans, selon les autorités locales.

Plus de 500 personnes ont été blessées et au moins cinq journalistes palestiniens ont été atteints par balles, ont-elles ajouté.

Des Palestiniens manifestent à Gaza contre l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, le 14 mai 2018. (Mohammed Abed/AFP)

Des milliers de Palestiniens sont rassemblés à quelque distance de la frontière. Certains groupes se sont détachés pour lancer des projectiles de fortune en direction des soldats et tenter de forcer, au péril de leur vie, la barrière frontalière lourdement gardée par les tireurs israéliens.

L’armée israélienne avait largué auparavant des tracts mettant en garde les Gazaouis: «Vous prenez part à des rassemblements violents au risque de votre vie (…) Ne laissez pas le Hamas, de la manière la plus cynique, se servir de vous comme ses jouets».

Le ministre de la Défense Avigdor Lieberman a prévenu que l’armée emploierait «tous les moyens» pour défendre la frontière, les soldats et les civils israéliens riverains de l’enclave.

Bilal Fasayfes, 31 ans, a pris avec son épouse et ses deux enfants un des bus affrétés à Khan Younès (sud de Gaza) pour emmener les Gazaouis à la frontière. «On se fiche que la moitié des gens se fassent tuer, on continuera à y aller (à la frontière) pour que l’autre moitié vive dignement», dit-il.

Outre l’opposition au transfert de l’ambassade, les Palestiniens protestent aussi contre le blocus de Gaza et l’occupation. L’armée israélienne a dénié le caractère pacifiste de la mobilisation la qualifiant «d’opération terroriste» conduite par le Hamas, qui gouverne l’enclave palestinienne et auquel il a livré trois guerres.

L’armée israélienne redoute un enfoncement de la barrière frontalière. Elle a déclaré la périphérie de Gaza zone militaire close. Elle a pratiquement doublé ses effectifs combattants autour de l’enclave et en Cisjordanie occupée, où sont annoncés des rassemblements.

Des milliers de policiers israéliens sont aussi mobilisés dans tout Jérusalem, pavoisés de drapeaux américains et israéliens et d’affiches louant M. Trump comme un «ami de Sion». Un millier de policiers doivent être déployés autour de l’ambassade et ses alentours dans le quartier périphérique et verdoyant d’Arnona.

Réalisant un engagement de campagne de M. Trump, le transfert de l’ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem constitue une rupture de plus avec des décennies de diplomatie américaine et de consensus international. Le statut de Jérusalem est l’une des questions les plus épineuses de l’insoluble conflit israélo-palestinien.

«Acte d’hostilité»

La décision américaine comble les Israéliens comme la reconnaissance d’une réalité de 3000 ans pour le peuple juif. Elle coïncide avec le 70e anniversaire de la création de l’État d’Israël, en pleine effusion nationale et ferveur pro-américaine.

«Jérusalem restera la capitale d’Israël quel que soit l’accord de paix que vous imaginiez», a affirmé dimanche le premier ministre Benyamin Nétanyahou.

Mais l’initiative unilatérale américaine ulcère les Palestiniens pour lesquels elle représente le summum du parti pris outrancièrement pro-israélien affiché par M. Trump. Ils y voient la négation de leurs revendications sur Jérusalem.

Saëb Erekat, haut responsable palestinien, a dénoncé lundi «un acte d’hostilité notoire contre le droit international et le peuple de Palestine, plaçant les États-Unis du côté de la force occupante, Israël».

Les yeux sont braqués lundi vers l’ouverture de l’ambassade américaine à Jérusalem, mais ce n’est pas la première fois et pas la dernière qu’une ambassade s’installe dans la Ville sainte.

Pour le moment cependant, le transfert annoncé le 6 décembre par le président Donald Trump, au grand dam de la communauté internationale et des Palestiniens, reste loin d’avoir provoqué l’effet d’entraînement annoncé par Israël, à quelques exceptions près.

Dans le passé, plusieurs pays, notamment d’Afrique et d’Amérique du Sud, ont eu leur ambassade à Jérusalem. Certains pourraient y revenir.

Après la guerre d’octobre 1973 entre Israël et une coalition de pays arabes emmenée par l’Egypte et la Syrie, la Côte d’Ivoire, le Zaïre (actuelle République Démocratique du Congo) et le Kenya ont coupé les ponts diplomatiques avec Israël et fermé les portes de leur ambassade à Jérusalem.

Quand les relations ont été rétablies, les délégations diplomatiques se sont installées à Tel-Aviv.

En 1980, Israël a voté une loi déclarant Jérusalem sa capitale « unie et indivisible », incluant les quartiers palestiniens de la partie orientale conquise par L’Etat hébreu en 1967 et dont les Palestiniens veulent faire la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

Les Nations unies ont déclaré cette décision illégale et appelé les Etats qui avaient des missions diplomatiques à Jérusalem à se retirer.

La Bolivie, le Chili, la Colombie, le Costa Rica, la République dominicaine, l’Equateur, le Guatemala, Haïti, Panama, le Salvador, l’Uruguay, le Venezuela et les Pays-Bas ont obtempéré. Le Costa Rica et le Salvador sont revenus en 1984 à Jérusalem, avant d’en repartir en 2006.

Suite à la décision du président Trump, certains pays ont dit vouloir emboîter le pas et Israël tente d’en convaincre d’autres de suivre l’exemple.

Le président guatémaltèque Jimmy Morales a annoncé que son pays inaugurera mercredi son ambassade à Jérusalem tandis que le ministère des Affaires étrangères israélien a affirmé que le Paraguay ferait de même avant la fin mai.

Le gouvernement roumain social-démocrate, sous le feu de critiques américaines pour des réformes de la justice controversées, a adopté par surprise un mémorandum ouvrant la discussion sur un transfert de l’ambassade roumaine à Jérusalem.

Mais le président roumain de centre droit Klaus Iohannis s’oppose à un tel transfert, le jugeant contraire au droit international. Il a appelé la Première ministre Viorica Dancila à démissionner.

Cette dernière, en visite à Jérusalem en avril, avait déclaré: « C’est notre souhait (le transfert), mais malheureusement nous ne disposons pas du soutien de la part de toutes les parties comme nous le voudrions ».

Si elle menait à bien ce transfert malgré tout, la Roumanie serait le premier pays de l’Union européenne à imiter les Etats-Unis et à rompre avec la position européenne qui, suivant les résolutions de l’ONU, considère que le statut final de Jérusalem doit être négocié entre Israéliens et Palestiniens.

Le président tchèque Milos Zeman s’est exprimé en faveur du déplacement de l’ambassade de son pays à Jérusalem mais pour l’instant son gouvernement a juste annoncé la réouverture d’un consulat honoraire et l’installation d’un centre culturel tchèque dans la ville.

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe a assuré au président palestinien Mahmoud Abbas, lors d’une récente visite officielle, que son pays garderait son ambassade à Tel-Aviv, selon les médias palestiniens.

Israël s’est emparé de Jérusalem-Est en 1967 et l’a annexée. Tout Jérusalem est sa capitale «éternelle» et «indivisible», dit-il. Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’État auquel ils aspirent.

La sensibilité du sujet est exacerbée par la religion. Jérusalem est sainte pour musulmans, juifs et chrétiens.

La décision de M. Trump ignore aussi les objections des capitales arabes. La Ligue arabe tiendra une réunion d’urgence mercredi au niveau de ses représentants permanents au sujet du déménagement, a indiqué un responsable de l’organisation panarabe.

Pour la communauté internationale, Jérusalem-Est reste territoire occupé et les ambassades ne doivent pas s’installer dans la ville tant que le statut n’en a pas été réglé par la négociation entre les deux parties.

Le chef d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, a appelé dimanche au jihad contre les États-Unis.

Affiches louant Trump

L’inauguration de l’ambassade, provisoirement installée dans les locaux de ce qui était le consulat américain en attendant la construction d’une nouvelle représentation, a lieu dans une période éminemment sensible.

Les Palestiniens perçoivent comme une «provocation» la date choisie, précédant de 24 heures les commémorations de la «Nakba», la «catastrophe» qu’a constitué la création d’Israël pour des centaines de milliers d’entre eux chassés ou ayant fui de chez eux en 1948.

Gaza est depuis le 30 mars le théâtre d’une «marche du retour» qui voit des milliers de Palestiniens se rassembler le long de la frontière et qui met l’armée israélienne sur les dents.

Depuis cette date, 70 Palestiniens ont été tués par l’armée israélienne.

L’armée israélienne, en butte aux accusations d’usage excessif de la force, affirme ne tirer à balles réelles qu’en dernier recours.

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