Les Palestiniens marchent au nom du «droit au retour», après une journée sanglante

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Un Palestinien utilise un lance-pierre lors d’affrontements avec les forces israéliennes près de la frontière entre la bande de Gaza et Israël, le 14 mai 2018. (AFP/SAID KHATIB)

Israéliens et Palestiniens se préparent à de nouveaux affrontements mardi dans les Territoires, au lendemain de la journée la plus meurtrière du conflit depuis quatre ans, avec la mort de près de 60 Palestiniens sous les balles israéliennes.

Les Palestiniens de la bande de Gaza sous blocus et de Cisjordanie occupée commémorent la « Nakba », la « catastrophe » qu’a représenté à leurs yeux la création de l’Etat d’Israël en 1948 et l’exode de centaines de milliers d’entre eux.

La communauté internationale a continué d’exprimer son inquiétude devant le risque d’une escalade dans une région sous tension. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir à 14H00 GMT, à l’initiative du Koweït.

A travers toute la bande de Gaza, les Palestiniens ont terminé mardi d’enterrer les leurs tués la veille lors de violents affrontements avec l’armée israélienne le long de la frontière, coïncidant avec l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem, à quelques dizaines de kilomètres de là.

Tandis qu’officiels israéliens et américains célébraient en grande pompe un jour « historique » et l’alliance entre les deux pays, 59 Palestiniens, dont plusieurs mineurs, ont été tués par les tirs israéliens selon un nouveau bilan des autorités gazaouies. En outre, une fillette de huit mois a succombé aux inhalations de gaz lacrymogènes lors des heurts.

Des centaines de personnes ont suivi mardi matin les funérailles de Yazan Tubas, 23 ans. « Je suis heureux que mon fils soit (un) martyr », a dit son père Ibrahim, 50 ans, sans parvenir à contrôler ses larmes. « Il fait partie de tous ceux qui sont morts pour le bien de la Palestine et de Jérusalem », a-t-il ajouté, en assurant que son petit-fils Ibrahim prendrait la relève.

« Une génération se lèvera, puis une autre… ».

Au moins 2.400 Palestiniens ont été blessés, soit par les tirs israéliens, soit par les inhalations de gaz, selon le ministère de la Santé dans l’enclave.

Les Gazaouis devraient à nouveau prendre la direction de la barrière de sécurité israélienne dans l’après-midi.

Khalil al-Hayya, l’un des responsables du Hamas, le groupe islamiste qui dirige Gaza, a assuré lundi soir que le mouvement allait se poursuivre.

Le Hamas, auquel Israël a livré trois guerres depuis 2008, soutient ce mouvement tout en assurant qu’il émane de la société civile et qu’il est pacifique. Ses milliers de combattants n’ont pas pour l’instant ouvertement sorti les armes, mais Khalil al-Hayya a laissé entendre que cela pourrait changer.

La bande de Gaza est le théâtre depuis le 30 mars d’un mouvement, la « marche du retour », qui a culminé lundi avec des affrontements dans lesquels près de 60 Palestiniens ont été tués par des tirs israéliens.

Des clés pour comprendre.

Pourquoi cette mobilisation?

Elle tourne autour du « droit au retour », la revendication des Palestiniens à pouvoir retourner sur les terres dont ils ont été chassés par centaines de milliers à la création d’Israël en 1948. Depuis le 30 mars, « la grande marche du retour » draine ainsi des milliers, parfois des dizaines de milliers de Gazaouis, vers la frontière israélienne.

La protestation vise aussi le blocus imposé depuis plus de dix ans par Israël à Gaza pour contenir le mouvement islamiste Hamas, qui dirige l’enclave et auquel il a livré trois guerres.

La mobilisation est sous-tendue par la dégradation continue des conditions de vie à Gaza, affligée par les guerres, la pauvreté, le chômage, les pénuries et l’enfermement.

L’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, lundi, a attisé les flammes.

Que se passe-t-il à la frontière ?

Des foules de manifestants, hommes, femmes et enfants, convergent vers la frontière en plusieurs points de Gaza. Le plus grand nombre se tient à distance de la barrière de sécurité lourdement protégée par l’armée israélienne. Mais des groupes se rapprochent sous le couvert des fumées dégagées par le feu de pneus apportés par camions. Ils lancent des pierres et des bouteilles incendiaires et font rouler ces pneus en flammes vers les soldats. Les cerfs-volants faisant passer des bouteilles incendiaires de l’autre côté de la barrière sont devenus l’un des symboles de la protestation.

Les soldats israéliens ripostent à l’aide de gaz lacrymogènes et de moyens anti-émeutes, à balles réelles contre les Palestiniens jugés trop menaçants.

L’armée israélienne dit redouter le scénario cauchemar de Palestiniens forçant la barrière et s’infiltrant en Israël pour s’en prendre aux populations civiles riveraines, voire enlever un soldat.

Israël, accusé d’usage excessif de la force, dit ne tirer à balles réelles qu’en dernier recours. Mais il répète qu’il protégera par tous les moyens la barrière, ses soldats et sa population.

Depuis le 30 mars, 114 Palestiniens ont été tués, la quasi totalité par des tirs israéliens à la frontière.

A qui la faute ?

La mobilisation est censée avoir démarré à l’initiative de la société civile. Mais le Hamas a été de plus en plus impliqué, au moins dans son accompagnement, au fil des semaines. Il proclame que le mouvement est pacifique. Les milliers de membres de ses forces armées n’ont pas ouvertement sorti les armes.

Mais Israël accuse le Hamas de se servir des manifestations pour mêler des hommes en armes et en civil aux protestataires et tenter de s’infiltrer en Israël ou disposer des engins explosifs le long de la barrière.

Outre la riposte immédiate aux troubles, Israël a commencé à frapper ponctuellement avec son artillerie et son aviation des positions du Hamas, suivant le principe selon lequel le mouvement islamiste est responsable des évènements sur territoire.

Réagissant aux dizaines de morts de lundi, l’Autorité palestinienne a de son côté accusé Israël de « massacre ».

Les Etats-Unis, alliés d’Israël, ont accusé le Hamas de « provoquer intentionnellement et cyniquement » la réaction israélienne.

Que dit la communauté internationale ?

Le Conseil de sécurité de l’ONU se réunit en urgence à 14H00 GMT, à l’initiative du Koweït.

La Ligue arabe doit se réunir en urgence mercredi.

La Turquie et l’Afrique du sud ont rappelé leur ambassadeur en Israël. L’Irlande a convoqué l’ambassadeur israélien à Dublin, le premier pays de l’Union européenne à le faire.

Le président français Emmanuel Macron a condamné les « violences des forces armées israéliennes ».

L’UE et Londres ont appelé à la retenue, tout comme Pékin en s’adressant « surtout » à Israël.

Les Etats-Unis ont bloqué lundi soir l’adoption d’un communiqué du Conseil de sécurité qui entendait exprimer son « indignation » « face à la mort de civils palestiniens exerçant leur droit à manifester pacifiquement ».

Amnesty International a évoqué des « crimes de guerre » israéliens, tandis que Human Rights Watch (HRW) a parlé d’un « bain de sang que n’importe qui aurait pu voir venir ».

Et maintenant ?

Le Hamas a indiqué que le mouvement allait se poursuivre. Khalil al-Hayya, un responsable, a laissé entendre que les groupes armés, officiellement à l’écart de la mobilisation, pourraient s’en mêler, sans qu’il soit possible d’évaluer le sérieux de la menace.

L’armée israélienne s’est dite prête à une poursuite des évènements.

Difficile de prédire l’évolution de la situation. Le Ramadan commence mercredi ou jeudi. L’impact que pourrait avoir le mois de jeûne, synonyme traditionnellement d’un ralentissement des activités, n’est pas mesurable.

La « Nakba (« catastrophe » en arabe) désigne pour les Palestiniens, qui la commémorent chaque année le 15 mai, la création de l’Etat d’Israël, il y a 70 ans et la tragédie des réfugiés.

Plus de 760.000 Palestiniens se sont enfuis ou ont été chassés, et plus de 400 localités rasées par les forces israéliennes.

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion, le dirigeant du mouvement sioniste déclare l’indépendance d’Israël sur une partie de la Palestine mandataire au lendemain du départ des forces britanniques de ce territoire, entrainant l’invasion des forces militaires de plusieurs pays arabes.

Mais la première vague de départs de Palestiniens avait commencé dès le début des combats entre milices juives et palestiniennes fin 1947 après le vote par l’ONU du plan de partage de la Palestine.

Les dirigeants sionistes acceptent le plan, tandis que les pays arabes le refusent.

L’exode s’amplifie considérablement après le massacre commis en avril 1948 de plus d’une centaine de villageois palestiniens à Deir Yassine, près de Jérusalem, par deux groupes paramilitaires juifs.

A partir de mars 1948, les autorités sionistes lancent le « Plan Dalet », destiné à pousser les habitants palestiniens à évacuer les zones attribuées aux juifs dans le plan de partage.

Des centaines de milliers de Palestiniens vont fuir ou être chassés par les militaires notamment dans les localités de Lod et Ramla (centre) ainsi qu’à Tibériade en Galilée (nord).

Dès décembre 1948, l’Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 194 sur le droit au retour des réfugiés. Elle stipule que « les réfugiés qui désirent rentrer dans leurs foyers et vivre en paix avec leurs voisins devraient y être autorisés le plus vite possible » et que « des dédommagements devraient être versés pour les propriétés de ceux qui ne veulent pas revenir ».

Mais Israël rejette catégoriquement un tel droit, faisant valoir qu’autoriser même une fraction d’entre eux à revenir reviendrait à proclamer sa propre fin en tant qu’Etat juif.

De plus, l’Etat hébreu a adopté en 1950 une loi dite des « biens des absents », qui place sous la tutelle de l’Etat toutes les propriétés se trouvant sur le territoire israélien appartenant à des Arabes ayant fui ou installés à l’étranger lors de la création d’Israël.

Israël de son coté rappelle que plus de 850.000 juifs ont été chassés des pays arabes à la suite de la déclaration d’indépendance de mai 1948.

Plus de 12 millions de Palestiniens vivent à travers le monde, dont la moitié en Cisjordanie, à Jérusalem-Est occupés, dans la bande de Gaza et en Israël, selon des chiffres officiels palestiniens. Plus de 5,5 millions sont enregistrés comme réfugiés auprès de l’ONU, les descendants des Palestiniens réfugiés de 1948 ayant obtenu ce statut.

Soixante-dix ans après l’exode, les Palestiniens entretiennent leur rêve du retour.

Le souvenir est aussi entretenu par solidarité par les Arabes israéliens, les descendants des Palestiniens qui sont restés chez eux après 1948 et qui ont la nationalité israélienne.

La grosse clé rouillée d’une maison qui n’existe peut-être plus ou le titre chiffonné de propriété d’une terre sont devenus dans les camps de réfugiés le symbole de cette aspiration au retour entretenu de génération en génération. Et nombreux sont les réfugiés qui ont conservé précieusement cette clé.

Les manifestants palestiniens, qui commémorent tous les ans l’anniversaire de la Nakba, portent aussi une clé surdimensionnée, symbole traditionnel des maisons perdues et dans lesquelles ils espèrent revenir.

– « Riposte vigoureuse » –

L’armée israélienne s’inscrit en faux contre le caractère pacifiste et civil de la protestation, et accuse le Hamas de s’en servir pour mêler à la foule des hommes armés ou disposer des engins explosifs le long de la barrière de sécurité.

L’armée israélienne, qui a mobilisé des milliers d’hommes autour de la bande de Gaza et en Cisjordanie, a dit s’attendre à de nouvelles violences. « Toute activité terroriste appellera une riposte vigoureuse », a-t-elle prévenu.

Israël redoute le scénario cauchemar de Palestiniens forçant la barrière et s’infiltrant en Israël, où ils pourraient menacer les populations civiles. Il a prévenu qu’il emploierait « tous les moyens » pour protéger la frontière, ses soldats et les civils.

Dans le même temps, son armée assure ne recourir aux tirs à balles réelles qu’en dernier recours.

Des manifestations sont également prévues en Cisjordanie, distante de Gaza de quelques dizaines de kilomètres à travers le territoire israélien.

Les évènements de lundi ont de nouveau attiré à Israël de nombreuses critiques, dont des condamnations pour usage excessif de la force.

La direction palestinienne a crié au « massacre ». La Turquie et l’Afrique du Sud ont décidé de rappeler leur ambassadeur.

Dublin a convoqué l’ambassadeur israélien en Irlande, une première sur ces évènements pour un pays de l’Union européenne. L’UE et Londres ont appelé à la retenue, tout comme Pékin en s’adressant « surtout » à Israël.

Le président français Emmanuel Macron a « condamné les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants » palestiniens.

Le Kremlin a exprimé sa « préoccupation la plus profonde ».

Cependant, les Etats-Unis, allié historique d’Israël, ont bloqué lundi l’adoption d’un communiqué du Conseil de sécurité qui entendait exprimer son « indignation » « face à la mort de civils palestiniens exerçant leur droit à manifester pacifiquement ».

Amnesty International est allé jusqu’à évoquer des « crimes de guerre ».

La bande de Gaza est depuis le 30 mars le théâtre d’une protestation massive appelée « Grande marche du retour ». Elle vise à défendre la revendication des Palestiniens à retourner sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création d’Israël en 1948. Il s’agit aussi de dénoncer le blocus imposé depuis plus de dix ans à la bande de Gaza par Israël pour contenir le Hamas.

– « Marche du retour » –

Le mouvement a drainé des dizaines de milliers de Palestiniens, hommes, femmes et enfants, le long de la frontière avec, pour certains, l’intention de forcer la barrière de sécurité israélienne.

Tandis que la plupart des Gazaouis se tiennent à distance, des groupes résolus vont défier la mort en allant lancer des pierres et des engins incendiaires ou en faisant rouler des pneus enflammés vers les soldats.

Depuis le 30 mars, 114 Palestiniens ont été tués, la très grande majorité par les tirs israéliens. Un seul soldat israélien a été blessé.

La « marche du retour » était censée culminer avec les commémorations de la « Nakba ». Mais l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem a enflammé les passions.

La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par Donald Trump et le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem comble les Israéliens pour lesquels une réalité de 3.000 ans pour le peuple juif est reconnue.

Mais l’initiative unilatérale du président américain ulcère les Palestiniens qui y voient la négation de leur revendications sur Jérusalem, alors qu’ils veulent faire de la partie orientale de la ville la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

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