Les talibans préviennent les Kaboulis de nouveaux attentats

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Une attaque lundi 29 janvier depuis l’aube contre l’Académie militaire d’Afghanistan à Kaboul. (Wakil Koshar/AFP)

Les talibans afghans ont invité lundi la population de Kaboul à se tenir à l’écart des « sites militaires » qu’ils pourraient attaquer, dans le souci « d’éviter les victimes civiles », alors que, le même jour, le Pentagone admettait que les déclarations optimistes sur l’amélioration de la sécurité ne correspondent pas à la réalité sur le terrain.

« Les Moudjahidines ont soigneusement veillé à réduire le nombre de victimes civiles dans les différentes régions du pays. Mais le seul endroit encore touché est la ville de Kaboul », écrivent les insurgés sur leur site internet.

« La raison est que les principaux centres militaires et de renseignements des envahisseurs sont situés à Kaboul » justifient-ils, accusant « les forces spéciales, le NDS (renseignements afghans, NDLR) et autres services militaires » de se servir des civils comme de « boucliers humains ».

Les talibans annoncent de nouvelles attaques dans le cadre de leur offensive de printemps et affirment: « nous ne voulons pas qu’un seul civil innocent soit tué. »

« Par conséquent (…) nous appelons les habitants de Kaboul à se tenir à l’écart des sites militaires et des centres de renseignements. »

Dans un communiqué, le ministère de la Défense a réagi en dénonçant « la propagande de l’ennemi »: « les terroristes ont toujours visé les gens avec des explosions et attentats suicide en ville. Pareille propagande de l’ennemi ne nous fera pas reculer. »

Selon la mission de l’ONU en Afghanistan (Manua), qui décompte depuis 2009 les victimes civiles, la capitale est devenue depuis 2017 le lieu le plus dangereux du pays pour les civils en raison de la multiplication des attentats revendiqués par les talibans ou le groupe Etat islamique.

Les autorités provinciales de Kandahar, dans le sud-est du pays, ont d’ailleurs accusé lundi les talibans d’avoir tué cinq démineurs d’une compagnie privée, à l’œuvre le long du projet de gazoduc régional TAPI.

Au premier trimestre 2018, les attaques contre la population ont fait deux fois plus de victimes qu’au premier trimestre 2017, notait-elle en avril, avec 763 civils tués et 1.495 blessés entre janvier et mars, dont 39% dans des attentats – contre 30% lors d’engagements au sol.

Fin janvier, les talibans avaient revendiqué un attentat à l’ambulance piégée en pleine journée au cœur de Kaboul, qui avait fait au moins 105 morts et plus de 200 blessés, principalement civils.

Les insurgés avaient alors affirmé que seuls des policiers avaient été tués, et accusé la presse de mentir.

Pour l’analyste Nik Mohammad, ce message relève de « la propagande: si vous combattez en ville, vous savez que vous tuerez des victimes, aucun moyen de l’éviter ».

« Kaboul est surpeuplée, les installations militaires sont situées dans le centre, au milieu des maisons: le gouvernement devrait les déménager en périphérie », estime-t-il.

Mais outre les sièges des ministères de la Défense et de l’Intérieur, du NDS, de la police, de l’opération de l’Otan Resolute Support et de nombreux commissariats, Kaboul est ponctuée d’innombrables barrages qui sont autant de cibles potentielles, très difficiles à éviter pour les habitants.

Dans le Sud-Est, le porte-parole du gouverneur de Kandahar, Dawood Ahmadi, a indiqué qu’une attaque avait fait cinq morts parmi un groupe de démineurs lundi à 8H00 dans le district de Maiwand, dans l’ouest de la province, dans une région isolée marquée par une forte présence talibane.

Le général Abdul Raziq, chef de la police de Kandahar, joint par l’AFP, a confirmé le bilan et tous deux ont accusé les talibans, ainsi qu’un témoin, employé de la compagnie AMDC.

Selon cet homme, s’exprimant sous couvert d’anonymat, « une vingtaine de talibans à moto, le visage couvert, ont ouvert le feu sur nos collègues sans dire un mot. Nous étions seize démineurs, cinq ont été tués et un est porté manquant ».

Le TAPI, initiales des quatre pays traversés par le gazoduc – Turkménistan, Afghanistan, Pakistan et Inde – est un ambitieux chantier lancé en grande pompe en février après des années de retard.

Les talibans avaient alors assuré le projet de leur soutien, promettant « leur pleine coopération avec le TAPI qui va contribuer au développement des infrastructures économiques du pays ».

Pendant ce temps, les déclarations optimistes sur l’amélioration de la sécurité en Afghanistan ne correspondent pas à la réalité sur le terrain, indique un rapport officiel du Pentagone publié lundi, qui voit «peu de signes de progrès» dans ce pays après 17 ans de guerre.

Alors que le Pentagone réaffirme jour après jour que la sécurité s’améliore en Afghanistan, les attentats des talibans font toujours autant de victimes civiles, précise ce rapport de l’Inspecteur général du ministère de la Défense sur les opérations de l’armée américaine dans ce pays entre le 1er janvier et le 31 mars.

«Ce trimestre, les responsables américains ont affirmé que les talibans n’atteignaient pas leurs objectifs et que les événements tournaient à l’avantage de l’armée» afghane, indique le rapport. «Cependant, les chiffres disponibles montrent peu de progrès».

Le commandant des forces américaines et de l’OTAN en Afghanistan, le général John Nicholson, estimait en novembre que l’armée afghane avait «passé un cap» et prédisait qu’elle contrôlerait 65 % de la population et 80 % du territoire d’ici deux ans.

Or selon l’inspecteur général, il y a eu «peu de changements positifs» au premier trimestre, seuls 65 % des Afghans vivant dans des zones contrôlées par le gouvernement ou l’armée, contre 64 % au trimestre précédent.

Au même moment, les effectifs des services de sécurité afghans sont tombés de 331 708 à 313 728, un chiffre inférieur de 11 % aux effectifs souhaités (352 000).

Et selon les chiffres de la mission de l’ONU en Afghanistan (UNAMA), le nombre de victimes civiles au cours des trois premiers mois de 2018 est similaire à celui des mêmes périodes de 2016 et 2017, note le rapport.

«Cela montre que même si les forces américaines disent que l’armée afghane progresse et passe à l’attaque contre les talibans, le peuple afghan n’a peut-être pas un sentiment de sécurité renforcée», note le document.

Le président afghan Ashraf Ghani a proposé fin février des pourparlers de paix aux talibans: ceux-ci pourraient notamment être reconnus en tant que parti politique s’ils acceptent un cessez-le-feu et reconnaissent la Constitution de 2004.

Mais les attentats se sont poursuivis et la semaine dernière, les talibans ont tenté de s’emparer de la ville de Farah (ouest).

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