Iran: Pompeo annonce sa stratégie, le Pentagone étudie de nouvelles mesures

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Mike Pompeo, (Archives/House of representatives)

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a promis lundi que l’Iran n’aura «plus jamais carte blanche pour dominer le Moyen-Orient», en présentant une nouvelle stratégie de pression maximale sur Téhéran peu avant que le Pentagone annonce envisager pour sa part de prendre de « nouvelles mesures » pour contrer l’influence de Téhéran.

Mike Pompeo, ancien directeur de la CIA, a tenu un discours particulièrement dur contre le régime islamique lundi et assuré que les États-Unis allaient exercer une «pression financière sans précédent » sur le régime iranien, avec «les sanctions les plus fortes de l’Histoire».

Deux semaines après le retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien visant à empêcher Téhéran de se doter de l’arme atomique, M. Pompeo a aussi énuméré douze conditions pour conclure un «nouvel accord» avec l’Iran, avec des demandes beaucoup plus draconiennes sur le volet nucléaire, la fin de la prolifération balistique et de l’implication iranienne dans les conflits au Moyen-Orient.

En échange, les États-Unis sont prêts à lever, à terme, leurs sanctions. Mike Pompeo a demandé le «soutien» des alliés de Washington, notamment européens, même s’il les a prévenus: les entreprises qui feront affaire en Iran dans des secteurs interdits par les sanctions américaines «seront tenues responsables».

Dans son discours, le secrétaire d’État américain a également promis de «traquer les agents iraniens et leurs supplétifs du Hezbollah à travers le monde pour les écraser».

Allié du régime de Bachar al-Assad en Syrie et soutien des rebelles Houthis dans le conflit au Yémen, Téhéran est la bête noire de Washington, qui vient de se retirer de l’accord sur le nucléaire iranien au grand dam de ses alliés.

Le président iranien Hassan Rohani a pour sa part affirmé lundi que les Etats-Unis ne pouvaient pas décider seuls pour l’Iran et le monde, en réaction aux propos du chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo qui a menacé Téhéran de sanctions « les plus fortes de l’Histoire ».

« Le monde d’aujourd’hui n’accepte pas que les Etats-Unis décident pour lui (…) Qui êtes-vous pour décider pour l’Iran et le monde? L’époque de telles déclarations est révolue », a déclaré le président Rohani selon des agences iraniennes.

L’Europe prévient qu’il n’y a pas d’alternatives à l’accord avec l’Iran

La cheffe de la diplomatie européenne Federica Mogherini a affirmé de son côté lundi qu' »il n’y (avait) pas de solution alternative » à l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, en réponse au discours de son homologue américain Mike Pompeo qui a imposé des conditions draconiennes pour conclure un « nouvel accord » avec Téhéran.

« Le discours du secrétaire (d’Etat) Pompeo n’a démontré en rien comment le fait de se retirer du Plan d’action conjoint (JCPOA, le nom officiel de l’accord nucléaire iranien) avait rendu ou rendrait la région plus sûre de la menace de prolifération nucléaire ou comment il nous placerait dans une meilleure position pour influencer la conduite de l’Iran dans des domaines en dehors de la portée du JCPOA », a répondu Mme Mogherini dans un communiqué.

« Il n’y a pas de solution alternative au JCPOA », a conclu la haute-représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, après avoir écouté « attentivement » l’intervention du ministre américain.

« L’Union européenne est et restera engagée en faveur de la poursuite de la mise en oeuvre complète et effective du JCPOA aussi longtemps que l’Iran respectera tous ses engagements liés au nucléaire, comme il le fait jusqu’à présent », a réitéré Mme Mogherini.

L’UE a participé à la conclusion du Plan d’action conjoint signé à Vienne en juillet 2015, après des années d’âpres négociations entre l’Iran et le groupe 5+1 (Allemagne, Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Russie). Aux termes de l’accord, Téhéran a accepté de geler son programme nucléaire jusqu’en 2025.

« Cet accord appartient à la communauté internationale, ayant été entériné par le Conseil de sécurité de Nations unies », a rappelé Mme Mogherini à son collègue américain.

En outre, a-t-elle argué, le JCPOA « n’a jamais été conçu pour régler tous les problèmes en rapport avec l’Iran », en soulignant que l’UE soulevait régulièrement – parallèlement à la pression de sanctions – les problèmes du rôle régional de l’Iran, du terrorisme et du non-respect des droits de l’Homme avec Téhéran.

« La communauté internationale attend de toutes les parties qu’elles tiennent les promesses qu’elles ont faites il y a plus de deux ans », a exhorté la diplomate européenne à l’adresse de Washington.

Depuis Buenos Aires, où il participait à la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20, le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a annoncé lundi qu’il se rendrait cette semaine à Washington pour s’entretenir avec Mike Pompeo.

Le ministre allemand a dit qu’il n’avait pas été surpris par les déclarations de M. Pompeo, avant d’afficher la même position que Mme Mogherini: « Nous ne voyons pas en ce moment de meilleure alternative », a-t-il dit lors de la conférence de presse de clôture du G20.

« Nous pensons que sans cet accord, nous prendrions le risque que l’Iran reprenne son programme nucléaire », a-t-il ajouté.

Le Pentagone envisage de « nouvelles mesures » contre l’Iran

Le Pentagone envisage néanmoins de prendre de « nouvelles mesures » pour contrer l’influence de l’Iran au Moyen-Orient, a déclaré lundi un porte-parole du Pentagone après l’annonce par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo d’une nouvelle stratégie américaine à l’égard de Téhéran.

« Nous sommes en train d’évaluer si nous allons redoubler nos mesures actuelles ou si nous allons mettre en oeuvre de nouvelles mesures », a déclaré le colonel Rob Manning au cours d’un point presse.

Le ministère de la Défense n’est pas le seul à participer à cette approche qui concerne l’ensemble du gouvernement américain. « L’Iran reste une force déstabilisatrice dans la région et nous ferons tout ce que nous pourrons pour éviter ça », a-t-il ajouté.

Le porte-parole a refusé de préciser quelles mesures le Pentagone pourrait prendre.

Les Etats-Unis ont menacé l’Iran de sanctions « les plus fortes de l’Histoire » si Téhéran ne se plie pas à leurs conditions draconiennes pour conclure un « nouvel accord » beaucoup plus vaste, après le retrait américain controversé du texte sur le nucléaire iranien.

« L’Iran n’aura plus jamais carte blanche pour dominer le Moyen-Orient », a déclaré M. Pompeo. L’ex-directeur de la CIA a assuré que les Etats-Unis allaient exercer une « pression financière sans précédent sur le régime iranien ».

Il a exigé que la République islamique se retire de Syrie où elle soutient le régime de Bachar al-Assad, cesse de s’ingérer dans les conflits de la région (Yémen), de soutenir des groupes « terroristes » (Hezbollah libanais, Jihad islamique palestinien, talibans afghans et Al-Qaïda), de s’ingérer dans les affaires de ses voisins, comme en Irak ou au Liban, ou d’en menacer d’autres, comme Israël ou l’Arabie saoudite.

Il a aussi promis de « traquer les agents iraniens et leurs supplétifs du Hezbollah à travers le monde pour les écraser ».

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