15h55 (HNE) Chérif Chekatt, l’auteur de l’attentat de mardi contre le marché de Noël à Strasbourg, a été tué par la police jeudi soir dans le quartier Neudorf, a-t-on appris de source proche du dossier.

Pyongyang dit être toujours prêt au dialogue avec Washington

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Le leader nord-coréen le 21 décembre 2017 à Pyongyang. (KCNA VIA KNS/AFP)

La Corée du Nord a affirmé vendredi qu’elle était toujours prête à dialoguer avec Washington «à tout moment», malgré l’annulation par Donald Trump du sommet prévu dans moins de trois semaines à Singapour avec le leader nord-coréen Kim Jong-un, un revirement qui plonge une nouvelle fois la péninsule coréenne dans l’incertitude.
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Mise à jour 25/05/2018 à 23h03

La Corée du Sud a salué samedi le nouveau rebondissement par lequel le président américain Donald Trump a suggéré qu’il pourrait finalement maintenir sa rencontre au sommet avec le leader nord-coréen Kim Jong Un, moins de 24 heures après avoir affirmé le contraire.

« Nous estimons heureux que les braises des pourparlers entre la Corée du Nord et les Etats-Unis soient rallumées. Nous suivons avec attention l’évolution » de la situation, a déclaré le porte-parole de la présidence sud-coréenne, Kim Eui-gyeom.

à 10h22

Moins de 24 heures après avoir annulé son sommet avec Kim Jong Un, le président américain Donald Trump a affirmé vendredi que des discussions étaient en cours avec Pyongyang et que la rencontre pourrait malgré tout « avoir lieu le 12 » juin, comme initialement prévu.

« Nous leur parlons en ce moment », a-t-il déclaré depuis les jardins de la Maison Blanche. « Ils veulent vraiment le faire. Nous aimerions le faire. Nous verrons ce qui va se passer », a-t-il ajouté, ajoutant que la rencontre « pourrait même avoir lieu le 12 ».

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L’annulation du sommet Kim/Trump, annoncée jeudi par le président américain – qu’il a justifiée en évoquant l’«hostilité» de Pyongyang – est «extrêmement regrettable», a déclaré Kim Kye Gwan, le premier vice-ministre des Affaires étrangères nord-coréen, dans un communiqué publié par l’agence officielle KCNA.

«Nous réitérons aux États-Unis notre détermination à nous asseoir face à face, à tout moment et de quelque manière que ce soit, pour résoudre le problème», a ajouté ce responsable, soulignant que «l’annonce abrupte de l’annulation de la rencontre», par M. Trump, était «inattendue».

C’est par un courrier d’une vingtaine de lignes adressé à Kim Jong-un que le 45e président des États-Unis a fait part de sa décision de renoncer au face-à-face du 12 juin, qui s’annonçait historique et dont il avait lui-même accepté le principe début mars à la stupéfaction générale.

«J’estime qu’il n’est pas opportun, à ce stade, de maintenir cette rencontre», indique M. Trump dans ce texte rendu public le jour même où Pyongyang annonçait le démantèlement de son site d’essais nucléaires de Punggye-ri.

Nombre de dirigeants étrangers ont exprimé leur déception, au premier rang desquels le président sud-coréen Moon Jae-in qui a évoqué une tournure des événements «profondément regrettable».

«Il semble que (le Nord) reste sincère quant à la mise en oeuvre de l’accord et à ses efforts pour la dénucléarisation et l’instauration de la paix», a cependant commenté le ministre sud-coréen de l’Unification, Cho Myoung-gyon.

Pas opportun

De son côté Séoul «remplira ses engagements pour faire appliquer» l’accord conclu fin avril par les deux dirigeants coréens, Moon Jae-in pour le Sud et Kim Jong-un pour le Nord, en vue d’une dénucléarisation de la péninsule coréenne, a ajouté le ministre.

Le Pentagone s’est dit prêt à répondre à toute provocation de la Corée du Nord et a souligné que les États-Unis restaient déterminés à poursuivre la campagne de «pression maximale», qui associe sanctions économiques, pressions diplomatiques et déploiement militaire, pour que Pyongyang renonce à l’arme nucléaire.

Après plusieurs semaines de déclarations très optimistes –naïves, selon ses détracteurs–, M. Trump avait changé de ton ces derniers jours.

«J’étais impatient de vous retrouver là-bas», explique-t-il à Kim Kong-un dans sa missive qui oscille entre un certain formalisme et un ton par moments beaucoup plus direct.

«Malheureusement, au regard de l’énorme colère et de l’hostilité affichée dans votre dernière déclaration en date, j’estime qu’il n’est pas opportun, à ce stade, de maintenir cette rencontre», ajoute-t-il, tout en ne fermant pas la porte à une rencontre ultérieure.

«Si vous changez d’avis en ce qui concerne ce très important sommet, s’il vous plaît n’hésitez pas à m’appeler ou à m’écrire», ajoute le président américain qui avait beaucoup investi d’un point de vue politique dans ce sommet, allant jusqu’à évoquer à plusieurs reprises l’hypothèse d’un prix Nobel de la paix, mise en avant par certains élus républicains.

S’exprimant sous couvert d’anonymat, un responsable américain a évoqué jeudi une «série de promesses non tenues» et un «profond manque de bonne foi» pour expliquer la décision présidentielle.

Il a en particulier déploré que les Nord-Coréens ne se soient pas présentés lors d’une réunion préparatoire la semaine dernière à Singapour avec des responsables de la Maison-Blanche.

Un «merveilleux dialogue»

S’étonnant du ton «bizarrement chaleureux» de ce courrier, Abraham Denmark du Wilson Center à Washington a estimé qu’il allait donner à Kim «une énorme légitimité». «La Corée du Sud va probablement être en colère et l’alliance (avec Washington) va être affaiblie», a-t-il prédit.

Après des mois de rapprochement et de détente diplomatique, la Corée du Nord a opéré la semaine dernière un spectaculaire retour à sa rhétorique traditionnelle.

La dernière banderille a été plantée jeudi par la vice-ministre nord-coréenne des Affaires étrangères, Cheo Son Hui, qui a fustigé les propos «idiots et stupides» du vice-président américain Mike Pence, lequel avait lancé des mises en garde chargées de menaces à Kim Jong-un.

En première ligne sur ce dossier, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, qui a rencontré Kim Jong-un à deux reprises à Pyongyang, a expliqué que les conditions n’étaient pas réunies pour un «résultat positif».

Dans son courrier, le président américain évoque la puissance militaire américaine en guise de mise en garde: «Vous évoquez votre arsenal nucléaire, mais le nôtre est si massif et puissant que je prie Dieu que nous n’ayons jamais à en faire usage», écrit-il.

Mais il laisse aussi la porte ouverte à une rencontre à une autre date. «J’avais l’impression qu’un merveilleux dialogue était en train de s’instaurer entre vous et moi», écrit-il à Kim Jong-un, assurant qu’il serait très heureux de le rencontrer «un jour».

Pour Nancy Pelosi, cheffe des démocrates à la Chambre des représentants, le leader nord-coréen est «le grand gagnant» de cet épisode qui démontre que le président américain ne s’était pas préparé.

Avec l’annulation subite par Donald Trump de son sommet avec Kim Jong Un, le dirigeant nord-coréen semble avoir de meilleures cartes en main, insufflant une nouvelle vigueur à la relation avec Pékin et rapprochant les deux Corées, jugent des experts.

Un jour seulement avant la volte-face de M. Trump, des responsables américains laissaient entendre que ce sommet historique entre un président américain en exercice et un représentant de la dynastie régnante de Pyongyang avait toutes les chances de se tenir comme prévu le 12 juin à Singapour.

La rencontre aurait été le point d’orgue d’une relation passée en quelques mois des menaces apocalyptiques aux démonstrations de bonhomie amicale.

Après des décennies d’impasse dans imbroglio politique parmi les plus complexes du monde, il semblait y avoir eu de réels progrès, grâce, d’après les partisans de M. Trump, à son approche peu orthodoxe et sa disposition à parler à un paria international.

Pyongyang a libéré trois détenus américains, accepté de geler ses tirs de missiles balistiques et même détruit son seul site connu d’essais atomiques.

Mais à peine la poussière des explosions sur le site de Punggye-ri était-elle retombée, que M. Trump annonçait que le sommet était mort dans une lettre à M. Kim.

« Le timing de cette lettre (…) est éminemment discutable », commente Abraham M. Denmark, directeur du programme Asie au Centre Wilson.

« Elle survient quelques heures après la démolition du site nucléaire nord-coréen, garantissant ainsi que Washington porte le chapeau du coup porté à la diplomatie. La Corée du Nord fait figure de pays raisonnable ».

– Retenue nord-coréenne –

Pour l’heure, Pyongyang a renforcé cette impression en faisant mentir ceux qui prédisaient en réaction un tir de missile ou du moins une volée rhétorique de bois vert.

Le Nord a parlé d’une décision « regrettable » et s’est dit prêt à « s’asseoir face à face, à tout moment ».

Face à un tel sang froid, ajoute M. Denmark, les exigences américaines de maintien des pressions sur Pyongyang sonnent creux, en particulier pour un poids lourd régional.

« La Chine ne devrait pas manquer de soutenir plus ouvertement la Corée du Nord. L’application des sanctions sera moins stricte et je m’attends à la poursuite de contacts de haut niveau ».

Il y a quelques mois encore, Pékin semblait quasiment vouloir se laver les mains de son turbulent voisin, ce qui semble bien moins vraisemblable aujourd’hui.

« Si les Etats-Unis reparlent (d’attaquer la Corée du Nord), il faut s’attendre à ce que Pékin exprime plus explicitement sa volonté d’intervenir ».

La toute nouvelle retenue de Pyongyang s’est également attiré les applaudissements au Sud de la frontière fortement militarisée qui divise la péninsule.

Il est peu probable que le président sud-coréen Moon Jae-in, qui avait saisi l’occasion des jeux Olympiques d’hiver pour engager la détente avec son voisin, renonce à ce processus, même au prix d’une dégradation de l’alliance avec les Etats-Unis.

La volonté manifestée par le Nord de garder ouverte la porte du dialogue fournit à Séoul la couverture qu’il lui faut pour continuer sur cette voie, dit à l’AFP Go Myong-hyun, analyste à l’Institut Asan d’études politiques.

– « Fragiliser l’alliance » –

« Cela va être différent de l’année dernière quand la Corée du Sud et les Etats-Unis brandissaient la solidité de leur alliance et faisaient pression sur le Nord ».

« M. Moon est obligé de doubler la mise. En clair, il va poursuivre sur la voie de l’ouverture et se concentrer sur le dialogue avec le Nord. L’alliance entre la Corée du Sud et les Etats-Unis va être fragilisée ».

Mais, poursuit l’analyste, il n’y a pas que des mauvaises nouvelles pour le président américain.

Nombre d’experts avaient critiqué le rythme effréné des événements des derniers mois, estimant que l’homme d’affaires devenu président ne percevait peut-être pas tout de la complexité à traiter avec la Corée du Nord.

M. Trump, comme les faucons de son gouvernement, évoquaient la « dénucléarisation de la péninsule » comme une route à sens unique impliquant tout simplement que le Nord remise au placard son arsenal atomique.

Pyongyang définit ce concept de manière plus nuancée. Il est vraisemblable que pour le Nord, cela implique de garder une partie de ses armements nucléaires tout en demandant la réduction du nombre de soldats américains déployés en Corée du Sud et le relâchement de l’alliance entre Washington et Séoul.

Octroyer à Pyongyang un tête-à-tête sans pas concrets vers l’élimination de son arsenal nucléaire était chose risquée, relevaient les analystes.

Mais le fait que M. Trump soit disposé à claquer la porte de l’événement, stratégie prônée dans son livre autobiographique sur l’art de la négociation, pourrait uniformiser les règles du jeu.

« La Corée du Nord devra présenter des projets plus précis pour la dénucléarisation si elle veut discuter à l’avenir », dit M. Go.

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