Vétéran au Canada et gringo au Costa Rica (PHOTOS)

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Je dédie ce texte à Dominic Plourde, un vétéran qui s’est enlevé la vie et qui caressait le projet d’ouvrir un lieu de repos pour les vétérans blessés en Jamaïque. Je lui dois mon désir de comprendre l’intérêt et les éléments de réponses que les vétérans blessés trouvent ailleurs, dans d’autres pays, pour assurer leur survie et mettre en place une forme de rétablissement qui fait du sens pour eux.

Mon Vétéran-À-Moi et moi-même revenons d’un voyage de 2 semaines au Costa Rica dont l’objectif consistait évidemment à découvrir ses attraits touristiques prometteurs et aussi, à mieux comprendre les raisons qui amènent des vétérans canadiens à s’y installer d’une façon plus ou moins permanente.

Pour ce faire, nous avons loué un 4×4 -avec lequel nous avons parcouru 3000 km! – et avons été à la rencontre de vétérans canadiens dans leur «casa» costaricaine qu’ils considèrent dorénavant comme leur «chez-eux». Un chez-eux où il leur est bon vivre et où leur cerveau apprend à ralentir au rythme de l’océan qui n’est jamais bien loin. Un chez-eux où le temps n’existe pas, où leur existence est régie par la volonté de la nature et le cri des singes-hurleurs. Et malgré les démons de la Bosnie qui continuent de se frayer un chemin dans leur quotidien, pour ces vétérans, dans leur «chez-eux» entouré de vert, leur rétablissement passe par la Pura Vida costaricaine.

Le sort a fait en sorte que ceux qui ont répondu à mon appel partagent tous un profil similaire: des anciens-bad-boys-qui-se-tranquillisent-et-s’assagissent qui ont en commun la Bosnie, pour qui le Costa Rica est le résultat d’un long et douloureux processus par lequel les FAC les ont ignoré à leur sortie et les ont tenu dans l’ignorance des services auxquels ils avaient droit. Le récit de leur parcours, entre la fin de leur carrière militaire (entre le milieu des années 90 – début des années 2000) et leur arrivée au Costa Rica, est ponctué de mille misères, de mauvais choix de vie et de tragédies de toutes sortes.

Des années de noirceur plus tard, ils n’ont pas en haut respect ACC avec qui ils estiment devoir se battre pour se faire reconnaître et ne se reconnaissent plus dans ce que devient le Canada. Dans leur province d’origine, ils estiment être pénalisés par le système judiciaire et de santé publique d’avoir été militaire et, pis, d’en être ressorti blessé. Surtout, les gens significatifs (enfants, famille, frères et sœurs d’armes) sont séparés par des fossés quasi infranchissables: c’est comme si au Costa Rica, les vétérans apprenaient à faire le deuil de leur passé en apprenant à vivre «le ici et maintenant». Est-ce que ceux qui m’ont accueillie sont représentatifs de la majorité de la communauté des vétérans canadiens qui s’y trouvent? Je n’en ai aucune idée.

Pour certains, c’est l’opportunité qui s’est présentée: des frères d’armes déjà «établis» les ont invité à y passer quelques semaines ou encore, c’est la passion qu’ils ont développé pour un aspect de leur métier (ex: la plongée) qui a suscité l’intérêt pour le pays. Ceux que j’ai rencontrés s’organisent pour être en règle au Canada afin de conserver leurs privilèges (on m’a raconté que des vétérans canadiens auraient décidé de s’établir au Costa Rica sans faire de vérifications préalables avec le résultat de perdre leurs bénéfices d’ACC…). Leur revenu total mensuel actuel se situe généralement entre 3900$ et 5000$ et un certain nombre sont en attente de réponses dans d’autres dossiers (soit avec ACC, soit avec le Tribunal des Anciens Combattants). Si l’arrivée d’ACC dans leur vie tumultueuse a été bénéfique pour la stabilité financière qu’il permet, leur colère face à sa culture de «Delay, Deny and Die» transcende les frontières et les fuseaux horaires.

«Aujourd’hui, j’espère juste que j’ai vraiment fait une différence en Bosnie parce que j’ai l’impression que tout ce que j’ai fait au nom des valeurs de mon pays n’a servi à rien», que l’un d’eux m’a dit.

Au Canada, ils conservent un véhicule immatriculé (moto ou auto, dépendamment de la province de résidence) leur permettant une certaine autonomie lors de leurs visites. Ils fournissent une adresse (généralement celle d’un ami) aux différentes instances gouvernementales mais en réalité, leur chez-eux canadien est fictif: au Canada, faute de moyens, ils vivent une forme d’itinérance entre les chambres d’amis qu’ils peuvent emprunter quelques temps aux amis proches qui restent et les «voyages» qu’ils effectuent dorénavant par intérêt, à l’intérieur des frontières canadiennes.

Certains ont entreposés leur biens tandis que d’autres s’en sont complètement départis au moment de leur «transfert émotionnel» vers le Costa Rica. Ils reviennent au Canada strictement par obligation (ex: respect du nombre de jours à l’intérieur du pays, rencontre avec ACC, clinique TSO, Tribunal des Anciens Combattants, etc.). Leur vie est littéralement scindée entre deux statuts entre lesquels ils alternent constamment: vétéran canadien et gringo costaricain.

L’appel du gringo

Ils ont adopté le Costa Rica parce qu’ils ont ressenti un appel intérieur pour ce que le pays avait à offrir et pour ce qu’il signifiait, notamment l’éloignement d’avec leur patrie. La beauté sauvage de la biodiversité qui ne cesse d’émerveiller fait accepter bien des compromis face à la définition nord-américaine de confort et de modernisme: les douches n’y sont pas toujours chaudes et l’air climatisé pas toujours très performant.

En réalité, bien au-delà du soleil et des crocodiles, pour plusieurs, le Costa Rica est d’abord et avant tout un refuge où ils y ont construit une forme de paix intérieure par la distance physique de l’environnement dans lequel ils ne retrouvent plus leur place et qui génère colère et paranoïa.

Pour d’autres, le Costa Rica représentait le besoin de vivre une vie nouvelle et de développer une nouvelle «identité» après le service militaire. «Pendant ton service, tu apprends juste à penser aux autres. Ce n’est pas facile apprendre à penser à soi, connaître ce qu’on aime, se trouver des passions et des intérêts», que l’un d’eux m’a dit. Dans tous les cas, le Costa Rica était d’abord et avant tout, une question de survie: si les démons intérieurs demeurent les mêmes et continuent de se frayer un chemin dans leur quotidien, ici, c’est l’exposition à la nature qui amène les transformations intérieures significatives.

D’une façon générale, si les Costaricains (que l’on nomme les «Ticos» et les «Ticas») sont «gentils et courtois», ils ne sont pas pour autant « accueillants et chaleureux». Mais les vétérans ont les contacts dont ils ont besoin pour avoir leur paix d’esprit: ceux de qui ils achètent leur cannabis (le cannabis est illégal au Costa Rica), leur poisson-pas-cher, leurs fruits frais, leur bière froide.

Au meilleur de ma connaissance, les vétérans canadiens n’y ont pas érigé de véritable réseau -régional ou national- à eux, autour de la moto ou de leur identité commune de vétérans canadiens. Mais au sein d’une même communauté, les gringos (les «étrangers») se connaissent tous, se côtoient et se rencontrent au marché du samedi, au petit restaurant tenu par des Européens où ils achètent leur croissant tout chaud, ou encore, à l’un des nombreux bars locaux préférés que l’on reconnaît à l’affiche d’Impériale, Pilsner ou Bavaria.

Passer un peu de temps avec nos vétérans m’a fait voir l’importance de la présence de la communauté canadienne, américaine et européenne (et québécoise, notamment au sud du pays). (D’ailleurs, j’ai même eu le «privilège» de visiter un (magnifique) domaine surplombant l’océan, appartenant à des Hells Angels …québécois).

Avec le temps et grâce à l’influence de leur environnement drastiquement, une partie du militaire en eux s’efface doucement. Ils ne redeviennent jamais «civils» dans l’âme mais ils revêtent l’uniforme de gringo costaricain avec une certaine aisance et développent même une surprenante tolérance à l’égard de l’incohérence, la stupidité, et l’inefficacité civile.

«This is what Pura Vida is all about»

Même avec la richesse de sa biodiversité, de ses réussites sociales, diplomatiques, environnementales et politiques et de son image internationale de «pays performant comparativement aux autres pays d’Amérique Centrale», le Costa Rica n’est pas aussi cohérent qu’on le présente. Les vétérans m’ont parlé avec véhémence de Justin Trudeau, de sécurité nationale et de menace intérieure canadienne. Mais ils semblent oublier (ou ne plus voir) que leur Pura Vida n’est pas aussi idyllique qu’on veut bien la présenter. Le Costa Rica est magnifique à partir d’un autobus de tourismo du point A au point B ou vécu d’un tout-inclus au confort américanisé payé au gros prix. Il est thérapeutique si tu vis dans ta petite bulle isolée. Mais pour le reste, le Costa Rica est un pays de grandes contradictions.

Le Costa Rica est un pays de contradictions

D’une façon générale, leur «casa» est simple, relativement confortable et souvent isolée dans un environnement paradisiaque: il semble que le coût de la vie réel représenté par le montant final déboursé mensuellement (loyer, Internet, électricité, etc..) est similaire à celui qu’ils ont laissé (peu importe leur province d’origine). Les cigarettes sont moins dispendieuses et le cannabis, illégal, mais facilement trouvable et achetable. Quand vient le temps de comparer le prix d’un item à ce qu’il vaut chez-nous, le calcul « facile » est de se rappeler que 10 000 colones costaricains (CRC) équivaut à environ à 20$ US. Peu dispendieux, le Costa Rica? Je n’en suis pas si certaine, d’abord en raison de la valeur réelle de notre argent parce que le colon costaricain est basé sur le dollar US.

Même si on dirait le Costa Rica saturé de vendeurs itinérants de tous les produits frais et transformés que le pays produit de sa terre, de ses arbres ou de ses mains, le sentiment d’abondance alimentaire est loin d’être ressenti sur le prix d’achat en épicerie: se nourrir au Costa Rica est vraiment dispendieux.

Sans surprise, les vétérans qui y demeurent ramènent de leurs visites au Canada des items qui sont absolument hors de prix au Costa Rica: boîtes de céréales, riz aromatisé en enveloppe, pâte dentifrice, etc..

Par exemple, dans la région du volcan Poas, 1 petit casseau de fraises locales et 6 pommes ont coûté 8$ US. À l’épicerie d’Ojochal, 1 pain tranché, 1 petit pain baguette, 2 bouteilles de vin ordinaires, 2 ananas, 1 gros melon d’eau, 4 mangues, 4 oranges, un petit sac de café moulu et un paquet de filtres à café: 90$ US.

La surprise invariablement ressenti à la caisse enregistreuse d’une épicerie locale ou à grande surface des centres urbains fait réaliser à quel point il est nettement moins dispendieux de manger au restaurant (surtout dans les «sodas», ces petits restaurants locaux/familiaux au menu typiquement costaricain) où on peut avaler un excellent «Casado» (riz, fèves noires, salade/légumes et poisson, poulet ou bœuf) pour un prix variant entre 1800 à 5000 CRC (3,60 à 10$ US) selon la région. Pour un jus de fruits frais à base d’eau ou de lait (les meilleurs que j’ai bu de toute ma vie!), il faut calculer entre 1500 et 3000 CRC (3 et 6$ US). Une tasse de café toujours fraîchement moulu, entre 550 et 1000 RCR selon s’il contient du lait ou non.

Si j’ai adoré découvrir la gastronomie costaricaine «simple», exotique et ô combien savoureuse, n’en demeure pas moins qu’y vivre exige une transformation des habitudes alimentaires et non seulement en raison du prix du panier de l’épicerie. Les vétérans ont modifié leur façon de s’alimenter en raison du climat tropical et de leur appétit qui se transforme, mais aussi en raison du (peu) de convivialité de l’espace et de la fonctionnalité de la cuisine.

Par conséquent, ils s’approvisionnent sur une base régulière de fruits frais (par exemple, un régime entier de bananes!) et d’items divers qu’ils grignotent et qu’ils achètent d’un marchant local qu’ils aiment bien.

Quelquefois par semaine, ils consomment de «vrais repas complets», en fonction de ce qu’ils ont spécifiquement envie de manger. Que ce soit un petit-déjeuner «américain», une pizza, un steak, des pâtes, des vrais-bons-desserts, ils ont leur restaurant préféré qui ne les déçoit jamais, en fonction du goût du jour.

En matière de soins de santé, ceux qui ont eu à consulter ou à obtenir des soins médicaux expriment un bon taux de satisfaction par rapport à la Croix-Bleue et de la facilité du processus administratif à partir de la clinique ou de l’hôpital avec lequel ils ont fait affaires. Quand des frais supplémentaires ont été facturés, ils ont été minimes (ex: 10$ US pour le frais de transport d’un hôpital à l’autre avec une infirmière qui s’exprimait aussi en anglais) et certains services (soins dentaires, examen de la vue, etc..) sont considérés «très accessibles», ce qui justifie le boom de tourisme médical que connaît le pays.

Globalement, le niveau de satisfaction des services médicaux reçus est variable d’un individu à l’autre mais on qualifie le système de santé de «performant et moderne», notamment dans les grands centres urbains. Dans une farmacia d’une petite ville perdue, j’ai pu facilement obtenir une crème à base de cortisone, similaire à ce qu’on me prescrit ici pour l’eczéma, au coût de 6500 colones (15.04$ CAN).

Visiter le Costa Rica est assez dispendieux si vous avez besoin d’un certain niveau de confort (salle de bain privée, air climatisé, douche avec eau chaude, matelas queen «confortable»). Oui, il est possible de rester dans des Hostels à 14$US la nuit dans un dortoir et des salles de bains partagés. Oui, il est possible de voyager le pays grâce au réseau d’autobus bien développé, à moindre frais. Incluant les billets d’avions pour 2 personnes (1500$ CAN), la location d’un 4×4 pour 2 semaines avec toutes les assurances – sans GPS- (1119$ CAN), l’essence des 3000 km parcourus (461$ CAN), les hôtels d’un confort moyen incluant généralement les petit-déjeuner (1200$ CAN), un repas par jour au resto (incluant quelques repas payés à des vétérans), 704 $ CAN, excluant les fruits achetés sur le bord de la rue, les bouteilles d’eau, des grignotines et cie que nous avons payé comptant.

Chaque entrée à un parc national coûte entre 10 et 15$ US par personne, un tour de plantation de café, entre 25 et 35$ US par personne.. Au total, (incluant le stationnement à Montréal, les frais de bagages, l’argent converti en US et en CRC dont nous nous sommes servis pour les postes de péages, etc..) pour 2 semaines sans extravagances, mais dans des conditions de voyage qui donnaient à mon Vétéran-À-Moi le sentiment d’être le plus en contrôle et confortable possible dans un environnement où les éléments déclencheurs, étaient nombreux («Haïti» a souvent fait surface), s’est élevé à 5600$ CAN.

Pendant notre passage, nous avons été épargnés des tremblements de terre occasionnellement ressentis par les vétérans ou d’activités sismiques quelconques. N’en demeure pas moins que cette énergie est observable par les nombreux éboulis qui longent les routes (et qui bloquent des chemins de campagne reliant 2 villages) et par les routes déviées en raison de l’effondrement de l’une de ses sections. La location d’un 4×4 n’est pas seulement «préférable»: il a été nécessaire pour nous rendre chez les vétérans dont les casas sont inaccessibles par des voitures.

Et comme il y existe une règle de conduite qui pourrait être qualifiée de «au plus fort la poche» autant en ville où règne la plus totale des cohues qu’en campagne avec ses routes demandant une conduite exigeante. Dans un pays où il faut toujours aller vite, mais sans jamais être pressé, où chaque «merci», «avance donc», «attends là», «va chier» s’exprime par un «tut tut» de klaxon, souvent, j’ai remercié les FAC d’avoir fait de mon Vétéran-À-Moi un conducteur qui possède un si grand contrôle de sa témérité calculée et dangereusement efficace.

«Je me sens comme en mission!», qu’il m’a lancé en riant à quelques reprises.

Le Costa Rica pourrait, à certains égards, être considéré comme «conservateur». Ainsi, les églises sont nombreuses et rappellent les origines espagnoles du pays et les Ticos/Ticas sont pratiquants: des paroissiens écoutent la messes du perron de l’église quand elle est pleine à craquer. De même, les panneaux publicitaires qui longent les autoroutes à l’entrée des grands centres urbains sont extrêmement «sobres» dans ce sens où l’hypersexualisation de la femme n’existe à peu près pas (j’ai vu une seule annonce de Hooters et elle ne met pas en valeur une demoiselle-à-la-poitrine-gonflée-à-l’hélium). À l’opposé, la prostitution y est légale et bien visible, évidement beaucoup plus dans les zones très touristiques tels que San José,Jaco et Samana.

Le Costa Rica est une destination phare du tourisme sexuel (un peu comme la Thaïlande) où les enfants deviennent des proies monnayables pour les détraqués internationaux, majoritairement américains, qui viennent satisfaire leur perversion le temps d’un weekend. D’ailleurs, la crainte des Ticos et des Ticas pour leurs enfants est ressentie, toujours subtilement mais ils sont constamment sous la supervision d’un adulte. Même les grandes chaînes hôtelières laissent dans leurs chambres des panneaux rappelant que le personnel est à l’affût et veille à la protection et la sécurité des enfants et des adolescents. Néanmoins, pour un certain nombre de vétérans, l’accès à la prostitution constitue un attrait certain ainsi que pour leurs invités canadiens qui viennent les visiter. Il arrive que des milliers de dollars soient dépensés en prostitution en moins d’un mois. Selon le service demandé, ils déboursent entre 30 et 200$ US à chaque fois.

Un autre attrait est celui du monde de la moto. Au Costa Rica, la moto est le véhicule de choix pour se déplacer à faible coût et surtout, pour sa versatilité. Les routes sont étroites et sinueuses, les côtes abruptes, la majorité des ponts sont faits d’une seule voie, les camions larges et mal entretenus, les conducteurs imprudents et peu respectueux de la signalisation et les accidents sont nombreux: c’est en moto que l’on se déplace le mieux et le plus vite. Une visite chez le seul détaillant Harley-Davidson du Costa Rica a révélé l’impact du taux de change sur l’achat de ce type de moto neuve: par exemple, le FLHX-S 2018 se vend 39 000$ US (50 135$ CAN) comparativement à son prix de vente canadien de 38 000$. Il existe des regroupements de motocyclistes qui sont occasionnellement aperçus: par exemple, HOG (Harley Owners Group) réunit, dans tout le pays, une soixantaines de membres actifs.

Si l’industrie touristique est la deuxième source de revenu du pays, on ne le sent pas toujours. Être touriste peut parfois être «irritant» considérant le temps qu’exige parcourir 60 km (au moins 1h30 à 2h avec des limites de vitesse officielles variant entre 25 et 80km/h .. les autoroutes : 90 km/h) pour se rendre à une destination préalablement choisi de la maison afin de respecter un budget.

Par exemple, c’est une fois arrivé au Parc Nacional Santa Rosa, (fondé pour refléter une partie de l’histoire du nord du pays et dont la plage constitue le principal attrait) qu’on nous a avisé que pour le même coût de la visite (15$US par personne), seul un monument historique pouvait être visité: les sentiers (pour les voitures et les piétons) menant à la plage sont interdits aux touristes en raison de leur dangerosité et de leur manque d’entretien. Idem pour la Monumento Nacional Guayabo où nous sommes arrivés à 3h40..et dont les portes ferment à 3h30pm. Ou encore, se rendre au Parc Nacional du volcan Poas pour apprendre, une fois à l’entrée du parc, qu’il est fermé: aucune indication, ni sur le site Internet, ni sur le seul chemin qui y mène.

Les grands déceptions du Costa Rica réside dans ses contradictions: «protéger la biodiversité» n’est pas synonyme de «protéger son environnement ». Quel bonheur que de voir un paresseux, un singe, un toucan dans son environnement naturel..quel dépaysement que d’être plongée dans la jungle…de constater la force sauvage de l’océan Pacifique et des volcans..

Mais, mise à part quelques régions, le pays est malheureusement une vraie «dump», dont la contradiction avec le pays fait mal. C’est Sarchi et Grecia qui doivent être les villes-villages les plus propres (il y a même des enseignes qui rappellent aux gens de ramasser les besoins de pitou) mais en même temps, leurs résidents semblent être bien nantis. Partout ailleurs (ou presque), les déchets, les carcasses de véhicules, les électroménagers, l’exaust de véhicules mal entretenus, les dépotoirs à ciel ouvert juste à côté des hôtels accueillants des touristes, l’absence d’installations de recyclage et de gestion des déchets…

Pour mon Vétéran-À-Moi, l’odeur des déchets laissés au soleil ou brûlés par petits feux (autant près des grands centres que sur les plages qu’en plein milieu d’un champ..) a fait remonter des mémoires de son service. «Ça sent Haïti. Ça sent la mort» qu’il m’a dit.

Les vétérans m’ont vanté leur Costa Rica, leur bien-être et leur sentiment de liberté. Et moi, tout ce que je pouvais voir de ce pays qui n’a plus d’armée depuis 1948, ce sont ses barrières, ses barbelés militaires, ses clôtures électriques érigées devant chaque maison, riche ou pauvre, chaque école, chaque cimetière, chaque terrain de jeux. Ce qui m’a le plus frappé du Costa Rica, c’est la crainte perpétuelle de son voisin. Même au moment de prendre possession de la voiture de location, on nous a rappelé des règles de sécurité: «Si tu te fais rentrer dedans, ne t’arrête pas. Ne demande pas d’indications à des locaux. Ne laisse pas tes bagages sans surveillance dans la voiture. Stationne-toi là il y a un gardien de sécurité.» En effet, même le gardien de sécurité du terrain de stationnement du McDonald de Libéria est armé tout comme la grande majorité des gardiens de sécurité de stationnement des centre commerciaux, des postes de péages, des restaurants, que l’on retrouve partout. Au Costa Rica, on vit son bonheur derrière des portes barrées et des chiens de garde.

Il y a des contradictions auxquelles je ne m’attendais pas de voir, de vivre et d’observer. Et si le Costa Rica est un magnifique pays qui mérite d’être visité, en ce qui nous concerne, nous ne nous établirons jamais comme les gens qui nous ouvert leurs portes. Nous sommes heureux de l’avoir découvert et je suis contente d’avoir pu satisfaire ma curiosité pour l’attrait des vétérans canadiens. J’en reviens encore plus certaine que chaque individu doit être au cœur de son rétablissement et que de s’attendre à ce qu’il se fasse en fonction de ce que le système décide pour eux est une erreur.

Une chose est certaine: on a tous la réponse pour soi-même, en-dedans de soi. Parfois, c’est proche de ceux qu’on aime, d’autres fois, c’est loin de ceux qu’on a aimés: l’important est de ne jamais abandonner la quête d’une qualité de vie qui fait du sens.

À vous et à votre famille, ainsi qu’à toi, Dominic, merci de votre service.

Jenny Migneault est une activiste, militante et «advocate». Elle est également membre du comité aviseur sur les familles d'Anciens Combattants Canada et a recu la Mention élogieuse de l'Ombudsman des vétérans. Elle est actuellement en tournée pan-canadienne pour mieux comprendre les enjeux touchant les familles des militaires et des vétérans.

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