Afghanistan: les talibans acceptent un cessez-le-feu pour le ramadan

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Une attaque le 29 janvier 2018 depuis contre l’Académie militaire d’Afghanistan à Kaboul. (Archives/Wakil Koshar/AFP)

Les talibans ont annoncé samedi trois jours de cessez-le-feu avec les forces afghanes, pour la fin du ramadan, une première depuis 2001 qui intervient deux jours après l’annonce d’un cessez-le-feu unilatéral par le président afghan Ashraf Ghani.

Toutefois, dix-neuf policiers ont été tués dans l’attaque de leur base samedi à l’aube par les talibans dans le nord de l’Afghanistan, ont indiqué des responsables, quelques heures avant que les insurgés n’acceptent un cessez-le-feu temporaire.

Les talibans ont revendiqué l’assaut, qui d’après le porte-parole du gouverneur de la province de Kunduz, Nehmatullah Taimuri, a fait 19 morts et 5 blessés. Au total, 36 membres des forces de sécurité ont péri dans deux attaques séparés ces dernières heures, un assaut contre une base de l’armée dans la province d’Hérat (Ouest) ayant également tué 17 militaires, selon des responsables locaux.

Les talibans ont ajouté en outre, dans un communiqué diffusé via WhatsApp, qu’ils continueraient par contre leurs opérations contre les « forces occupantes » étrangères dans le pays et qu’ils se défendraient « avec virulence » s’ils sont attaqués.

Premier cessez-le-feu de la part des talibans

C’est la première fois depuis 17 ans et l’intervention d’une coalition internationale menée par les Etats-Unis qui les avait chassés du pouvoir que les talibans décrètent un quelconque cessez-le-feu.

« Tous les moujahidines ont pour ordre de cesser les opérations offensives contre les forces afghanes durant les trois premiers jours de l’Aid-el-Fitr », qui devrait commencer en fin de semaine prochaine. Mais s’ils « sont attaqués, ils se défendront », ont-ils poursuivi.

Jeudi, le président afghan Ashraf Ghani, dont les offres de paix sont restées jusqu’à présent sans réponse, avait annoncé un cessez-le-feu unilatéral avec les talibans mais pas avec le groupe Etat islamique.

Il doit commencer, avait-il précisé, le « 27e jour du ramadan (mardi) et se poursuivra jusqu’au cinquième jour de l’Aïd-el-Fitr », qui devrait commencer en fin de semaine prochaine, ce qui signifierait qu’il pourrait s’étendre du 12 au 19 juin.

Le général américain John Nicholson, commandant des forces de l’OTAN en Afghanistan dont les Américains constituent la majorité, avait également annoncé que celles-ci « honoreraient » la trêve, de laquelle était exclue « la lutte anti-terroriste ».

Ashraf Ghani avait expliqué que son offre, inédite à l’occasion d’une fête religieuse, était consécutive « à la fatwa historique des oulémas afghans », qui ont décrété lundi le terrorisme contraire à l’Islam.

– « Haram » –

Lundi, 3.000 oulémas de tout le pays se sont réunis pour publier une fatwa déclarant les attaques-suicide +haram+ (interdites) et recommandant un cessez-le-feu aux belligérants.

Une heure après la publication de cette fatwa, en direct à la télévision, un kamikaze se revendiquant du groupe Etat islamique se faisait exploser à l’entrée de la tente où se tenait l’assemblée des religieux, faisant sept morts.

Fin février, lors d’une conférence régionale, le président Ghani a proposé des pourparlers de paix aux talibans, qui pourraient devenir un parti politique s’ils acceptent un cessez-le-feu et reconnaissent la Constitution de 2004.

Depuis, les intéressés n’ont pas répondu officiellement. Mais ils ont continué les attentats meurtriers, ciblant en priorité les forces de sécurité, police et armée depuis le début du ramadan, tout en continuant de se battre âprement dans les provinces de Farah (ouest) et Ghazni (centre-est).

Alors que les civils sont en première ligne dans ce conflit qui s’éternise, avec une armée de plus en plus démotivée et qui, à l’exception des forces spéciales, peine à refaire ses rangs, Dewa Niazai, une militante pour les droits des femmes, a posté sur les réseaux sociaux : « longue vie aux talibans ».

« Finalement, nous pouvons pousser un profond soupir de soulagement pour ces jours de l’Aïd. J’espère que ces trois jours de cessez-le-feu se transformeront en un cessez-le-feu permanent », a-t-elle ajouté.

L’analyste politique afghan Haroon Mir, « très heureux que les talibans aient répondu positivement » à l’offre du président Ghani, a toutefois estimé qu’il était « trop tôt pour être très optimiste », interrogé par l’AFP. « Nous ne savons pas ce qui se passera les jours précédents ou suivants » l’interruption des combats.

« Je ne pense pas que le réseau Haqqani sera partant » pour un cessez-le-feu, a confié un diplomate étranger à l’AFP, ajoutant qu’il ne serait « pas surpris si des incidents se produisent et qu’ils sont revendiqués par Daesh », l’acronyme arabe de l’EI.

Certains responsables afghans et occidentaux soupçonnent l’EI de recevoir de l’aide d’autres groupes insurgés, notamment le réseau Haqqani, pour certains attentats.

Le général Nicholson avait affirmé récemment que les insurgés « négocient en secret » avec les autorités afghanes.

« Il y a des discussions intenses au sein des talibans, ce qui explique pourquoi nous n’avons jamais reçu de réponse formelle à l’offre de paix du président Ghani », avait-il indiqué.

Quelques heures avant qu’ils n’acceptent un cessez-le-feu temporaire, les talibans ont attaqué une base militaire dans l’ouest, tuant 17 soldats afghans, selon plusieurs responsables locaux. Les insurgés, qui ont revendiqué l’assaut, on fait état de 18 militaires tués.

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