15h55 (HNE) Chérif Chekatt, l’auteur de l’attentat de mardi contre le marché de Noël à Strasbourg, a été tué par la police jeudi soir dans le quartier Neudorf, a-t-on appris de source proche du dossier.

«Ce n’est pas de la tarte la transition militaire-civile !»

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Pour le professeur Dave Blackburn il faut mobiliser la société face au problème de la santé mentale des vétérans. (Archives/Bastien Duhamel/45eNord.ca)

Invitation à nous aider à changer l’état de la situation

Bien que le rapport du sous-comité sénatorial des Anciens combattants publié la semaine dernière fasse état d’importants manques à combler en matière de services et d’assistance à la transition à la vie civile, il n’y a rien de nouveau dans ce rapport.

Les travaux du sous-comité des Anciens combattants ont le mérite de diriger les projecteurs, une fois de plus, sur les lacunes des procédés actuels. Les sénateurs vont jusqu’à dire que le système de transition en place abandonne les hommes et les femmes qui ont servi le Canada. La triste réalité est que bien que les faits exposés dans le rapport soient connus, les changements concrets se font toujours attendre.

Ce n’est pas un secret pour personne, il existe une disproportion entre les investissements du ministère de la Défense nationale et des Forces armées canadiennes sur un candidat lors du recrutement en comparaison des investissements sur un militaire lors de sa libération. En effet, si le civil passera par de nombreuses étapes lors du recrutement dont un séjour de 12 à 15 semaines à l’École de leadership et des recrues, la libération d’un militaire, qui a donné 5, 10, 15, 20, 25 ou même 35 ans de sa vie à l’institution, sera l’affaire de quelques heures. Cette disproportion est difficilement explicable, considérant que les défis d’adaptation semblent plus complexes lors du retour à la vie civile et que les ressources d’aide sont disparates.

Un autre aspect important qui devrait justifier un investissement aussi considérable, est qu’au moment de la libération, les militaires sont généralement en moins bonne santé physique et mentale qu’à l’enrôlement et que les nombreuses affectations ont fait en sorte que leurs réseaux de soutien social se sont effrités. En effet, les missions répétées pendant des périodes de six à neuf mois en moyenne entraînent des absences prolongées auprès de leurs proches et de leur réseau social. Ainsi, en toute logique, nous pourrions nous attendre à ce que les militaires qui quittent la «famille» des Forces armées canadiennes reçoivent une attention particulière, car «Se séparer de la ‘famille’ militaire n’est pas un processus aisé pour bon nombre d’hommes et de femmes […]».

La transition de la vie militaire à la vie civile est beaucoup plus qu’un simple départ d’un organisme où vous avez passé une partie de votre carrière professionnelle. Les liens qui unissent le militaire ainsi que les membres de sa famille et l’institution militaire sont extrêmement forts et pratiquement nullement comparables avec toute autre organisation civile. En fait, l’institution militaire influencera directement, et cela pour le bien de sa mission, la vie du militaire et des membres de sa famille. Les affectations et les déploiements en sont des exemples flagrants. De plus, les compensations liées au fait de servir le Canada se traduiront par une multitude de services et de programmes mise en place pour faciliter au maximum la vie des militaires et des familles. Nous pouvons penser ici aux Services de santé des FAC ou encore au Programme de réinstallation intégrée.

Pour le militaire qui a évolué pendant des années selon des valeurs et normes militaires à prédominance masculine, la perte de points de repère importants comme l’uniforme, le rang, les médailles, la discipline, la camaraderie, la forme physique, le leadership, etc. peut contribuer à des questionnements identitaires et une transition ardue. Il ne faut pas perdre de vue que pour la population générale qui ne connait pas l’institution militaire, l’uniforme, le rang et les médailles ont peu ou pas de signification. Le retour à la vie civile pour les militaires implique aussi qu’ils feront face à des stéréotypes spécifiques à ceux qui ont porté l’uniforme (rigide, intransigeant et formel; manque de créativité, difficulté à penser en dehors de la boîte, autocratique, peu scolarisé, etc.).

Comme dirait un ami «ce n’est pas de la tarte la transition militaire-civile !»

En lisant ces lignes, je suis bien content si vous vous rappelez votre propre expérience de transition et vous vous dites que «ce n’était pas si pire que ça !» Vous avez probablement raison, car pour une majorité de militaires devenus des vétérans, la transition militaire-civile se déroulera sans trop de heurts et de difficultés. Pour la plupart, il s’agira d’une période d’adaptation similaire à celle suivant une affectation ou un déploiement et vous ferez appel à vos stratégies de «coping» pour négocier avec les défis. Petit à petit, les choses reviendront à l’ordre et vous vous sentirez de mieux en mieux dans votre rôle de civil à temps complet.

Cependant, nous ne pouvons pas nous fermer les yeux face aux expériences transitoires difficiles de certains frères d’armes ou certaines sœurs d’armes. Non seulement nous ne pouvons pas nous fermer les yeux, mais le temps est dorénavant aux mesures et aux actions concrètes !

La pire finalité d’une transition militaire-civile difficile d’un militaire est sans contredit le suicide. Il y a aussi une série de problématiques psychosociales qui peuvent se développer ou s’empirer à la suite d’une transition ardue, je pense ici à la toxicomanie, aux actes criminels, à l’itinérance, aux problèmes financiers et aux problèmes conjugaux et familiaux pour ne nommer que ceux-là. Regardez autour de vous, je suis certain que vous en connaissez qui ont vécu l’une ou plusieurs de ces difficultés, parfois passagères, mais parfois présentes pendant de nombreuses années.

Socialement, nous avons une responsabilité envers les hommes et les femmes qui ont servi notre pays et cette responsabilité doit demeurer en vigueur lorsque le temps de ranger l’uniforme est venu et aussi après. Personnellement, je suis un optimiste qui croit que fondamentalement si nous réussissons à aider une seule personne ce sera ça de fait !

Développer des connaissances sur le processus transitoire

Voilà pourquoi il s’avère essentiel, nécessaire et obligatoire de développer des connaissances sur le processus transitoire de la vie militaire à la vie civile et de réagir adéquatement. Je mets ici l’emphase sur des connaissances propres au contexte militaire canadien. Le temps des excuses est terminé !

Mieux comprendre les facteurs qui influenceront la transition militaire-civile est une nécessité, une obligation. Nous ne pouvons plus continuer de laisser aller les militaires et les familles qui ont donné leur vie au service du Canada après un séminaire de retour à la vie civile, une rencontre avec un gestionnaire de cas et un souper de départ. La complexité du retour à la vie civile des militaires exige des mesures adaptées et le développement de «bonnes pratiques».

Au Canada, il y a principalement deux façons qui permettent de faire avancer l’état des choses. Je dirais la méthode forte et la méthode douce.

Dans le premier cas, essayez de mobiliser des vétérans, des familles, la population générale, des acteurs influents et des politiciens et allez manifester légalement devant le Parlement ou encore devant le bureau des ministres de la Défense nationale ou des Anciens combattants.

Si vous êtes assez nombreux et que vous faites assez de bruits, vous arriverez à attirer l’attention des médias qui feront une couverture de vos revendications. Avec un peu de chance et beaucoup de patience, vous pourriez être écoutés et les changements qui se doivent seront mis en place. Je souligne le mot «patience» dans le dernier extrait qui se définit comme une «Qualité qui consiste à persévérer dans une entreprise longue et pleine d’obstacles».

Dans le second cas, mobilisez-vous personnellement ou mobilisez vos connaissances afin de participer à un processus de démonstration des besoins qui est faite par l’entremise de preuves scientifiques obtenues par des méthodes rigoureuses et reconnues.

Personnellement, j’ai beaucoup plus confiance dans la méthode douce. La recherche offre une tribune unique aux hommes et aux femmes qui vivent ou qui ont vécu une expérience (la transition militaire-civile) de s’exprimer en toute liberté sur le sujet. Les résultats saillants permettent de suggérer des éléments de réponse et par le fait même de suggérer des pistes de solutions aux besoins ou aux problèmes identifiés par une majorité de participants. De plus, la publication d’un rapport de recherche et d’articles permet de diffuser ouvertement les résultats et les recommandations afin que des actions concrètes soient prises.

Actuellement, il serait faux de prétendre qu’il n’existe pas de programmes ou des services pour les militaires et les familles qui s’aventureront dans la transition militaire-civile. Des programmes et de services, il y en a ! Toutefois, l’édification d’un processus intégré entre le ministère de la Défense nationale, le ministère des Anciens combattants, les gouvernements provinciaux et municipaux et les organismes communautaires et de vétérans est absent, ce qui rend ardu pour ne pas dire vraiment difficile l’accessibilité aux services et aux programmes. Cette accessibilité est encore plus laborieuse pour les membres de la famille qui vivent aussi cette transition.

Maintenant, vous désirez faire partie de la solution ou vous connaissez des militaires qui pourraient être intéressés à faire changer les choses ! Alors, je vous propose une occasion unique de participer à la plus importante étude longitudinale sur le bien-être et la transition militaire-civile de l’histoire de notre pays. En compagnie des professeures Heidi Cramm de l’Université Queen’s et Maya Eichler de l’Université Mont-Saint-Vincent, je suis le chercheur principal pour la partie francophone de cette étude. Pour les militaires/futurs vétérans francophones, cette étude revêt un caractère particulier, car nous serons en mesure de recueillir des données (et de les analyser) qui sont propres nos réalités et à notre culture (et aux sous-cultures militaires francophones).

Alors, vous voulez nous aider à changer les choses et à améliorer les lacunes identifiées face à la transition militaire-civile, nous vous invitons donc à consulter le lien suivant et à le partager avec toutes vos connaissances: https://www.daveblackburn.net/projet3-transition

C’est ensemble que nous pourrons aider nos prochains qui expérimenteront la transition militaire-civile !

Merci à tous et à toutes !

Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est docteur en sociologie de la santé et est professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

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