Dans la capitale du Yémen, des regards inquiets tournés vers Hodeida

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Un rebelle houthi parmi les décombres à Sanaa, le 5 décembre 2017 après un raid aérien mené par la coalition saoudienne. (AFP)

Dans la capitale du Yémen, à seulement deux heures de route du front à Hodeida, les fidèles ont afflué vendredi en nombre vers les mosquées pour célébrer l’Aïd el-Fitr avec leurs tapis de prières colorés, mais l’humeur était morose.

« Ce qui arrive à Hodeida nous inquiète profondément », a expliqué à l’AFP un habitant de Sanaa qui a tenu à garder l’anonymat. « Nous prions Dieu de nous épargner la guerre. La pauvreté nous suffit ».

Dans la capitale du Yémen contrôlée par des rebelles, les musulmans ont célébré la fin du mois sacré de ramadan dans la crainte que l’offensive progouvernementale en cours dans l’ouest du pays -et son cortège de violences- soit bientôt à leurs portes.

A Hodeida, les habitants sont eux restés cloîtrés alors que les combats et le bruit des canons s’approchaient de leur ville.

Depuis 2014, les rebelles Houthis venus du nord du pays et soutenus par l’Iran défient l’autorité du gouvernement yéménite, réfugié dans le sud et au secours duquel une coalition militaire sous commandement saoudien est intervenue en 2015.

Ce conflit a coûté la vie à plus de 10.000 personnes et provoqué la « pire crise humanitaire du monde » selon l’ONU.

L’aide humanitaire, cruciale dans un pays dont certaines régions sont au bord de la famine et où le choléra a tué plus de 2.200 personnes, arrive principalement par le port de Hodeida, tout comme les importations du pays.

Ce lieu stratégique sur la mer Rouge est actuellement dans le collimateur de forces progouvernementales appuyées par les Emirats arabes unis, pilier de la coalition avec l’Arabie saoudite.

Tapis de prière… et mitrailleuses

Les Houthis règnent sans partage sur Sanaa depuis qu’ils ont tué en décembre leur ancien allié, l’ex-président yéménite Ali Abdallah Saleh qui se rapprochait un peu trop de l’Arabie saoudite à leur goût.

Les hommes armés sont partout à Sanaa. A l’heure de la prière vendredi, certains d’entre eux postés dans une rue de la capitale ont précautionneusement installé leurs mitrailleuses sur leur tapis avant de s’agenouiller pour prier.

D’autres rebelles ont paradé avec la dépouille d’un homme enveloppé dans un drapeau vert -la couleur des Houthis-. Il a été tué au combat, disent-ils.

Dans une rue, un homme en veste bleu prend la parole pour exhorter les habitants à résister au gouvernement, en écho à l’appel lancé la veille par le chef des insurgés, Abdel Malek al-Houthi, à « affronter les forces de la tyrannie ».

S’exprimant pour la première fois depuis le début de l’offensive sur Hodeida, ce dernier a appelé ses partisans « à transformer la côte ouest (du Yémen) en bourbier » pour les loyalistes.

Des rebelles ont d’ailleurs coupé vendredi la route côtière au sud de Hodeida afin d’empêcher l’acheminement de renforts progouvernementaux.

« Obtenir mon traitement »

A 230 km de Sanaa, les forces loyalistes avancent vers Hodeida et ses quelques centaines de milliers d’habitants, et les ONG s’inquiètent d’un potentiel désastre humanitaire en cas de blocage ou de destruction du port.

L’impact de l’assaut à Hodeida pourrait en effet se faire sentir dans tout le pays, par exemple en termes d’approvisionnement en médicaments.

« J’ai du diabète depuis des années », explique Waheed Mustafa, un des fidèles qui a prié à Sanaa à l’occasion de l’Aïd. « J’ai beaucoup de mal me procurer mon traitement. Obtenir ce traitement, c’est ce qui me préoccupe le plus ».

Au Yémen, même les denrées alimentaires de base manquent, ou alors les gens ne peuvent se les offrir. Les Nations unies estiment que 8 millions de personnes sont au bord de la famine.

La population de Sanaa craint que l’offensive sur Hodeida n’entraîne encore une hausse des prix, dans un pays qui est déjà le plus pauvre du monde arabe.

« Nombre d’entre nous n’ont même pas pu acheter de nouveaux habits ou des bonbons pour leurs enfants à l’occasion de l’Aïd », qui est traditionnellement l’occasion de gâter les petits, assure Abdel Aziz Ali.

« Nous avons perdu toute notion de fête », interrompt Naji Ahmed, un autre habitant de Sanaa. « La guerre et l’inflation nous ont privés du sens véritable de la vie ».

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