Extrémisme de droite au Québec et SCRS: pas toujours facile de repérer les «démons intérieurs»

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Le Service canadien de renseignement de sécurité (SCRS). (Archives/SCRS)

Dans son rapport intitulé Bâtir pour demain:l’Avenir de la reddition des comptes en matière de renseignement de sécurité au Canada déposé mercredi, le Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité (CSARS), indique que le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) a finalement rouvert son enquête à la suite de l’attentat qui a fait six morts et plusieurs blessés à la grande mosquée de Québec, en janvier 2017.

Le SCRS avait clos son enquête sur l’extrémisme de droite au Québec 10 mois avant la fusillade meurtrière à la mosquée de Sainte-Foy.

La fusillade qui a coûté la vie à six musulmans au début de l’année 2017 dans une mosquée de Québec a soulevé des questions concernant la façon dont le SCRS enquête sur un comportement extrémiste qui n’est pas lié à l’extrémisme islamiste, dit le rapport du CSARS qui a passé en revue les activités d’enquête du SCRS sur l’extrémisme de droite depuis 2012, et «sondé l’éventuelle incidence de la tuerie de janvier 2017 sur les enquêtes du SCRS.».

Le SCRS définit l’extrémisme de droite au Canada comme un mouvement composé d’un éventail de groupes et d’individus disparates qui expriment diverses revendications et adhèrent à une vaste gamme d’opinions, notamment celles liées à la suprématie blanche, au nationalisme blanc, à la religion blanche, à l’antisémitisme, à l’homophobie, au nativisme, au racisme et à des positions hostiles à l’immigration, aux pouvoirs publics et aux lois, précise le rapport.

Déjà en décembre 2017, le rapport annuel 2017 de Sécurité publique Canada indiquait que le niveau de la menace terroriste n’a pas changé, la principale menace terroriste provenant des extrémistes violents inspirés par des groupes terroristes tels que Daech et Al-Qaïda, mais aussi de l’extrémisme de droite, presque inconnu au Canada il y a quelques années à peine.

Sécurité publique Canada faisait alors état d’une augmentation des rapports d’incidents haineux aux services policiers au Canada, pointant vers la probabilité que l’extrême droite se manifeste de façon violente à l’avenir, mais on est malgré tout resté focalisé sur la menace islamiste et ce n’est finalement qu’après la tuerie de la Grande Mosquée de Québec en janvier que le SCRS a rouvert son enquête sur l’extrémisme intérieur.

Alexandre Bissonnette.

Il aura donc fallu les six morts de la Moquée de Québec, abattu lâchement par le jeune Bissonnette contre qui la Couronne réclame 150 ans d’emprisonnement et dont la peine devrait être fixée d’ici septembre pour que le SCRS collabore plus largement et plus fréquemment avec la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et d’autres partenaires chargés du maintien de l’ordre pour mieux comprendre la menace posée par l’extrémisme de droite qui relèverait du mandat du SCRS.

Comme il n’y a pas eu de procès, on ne saura jamais avec certitude si Bissonnette, qui a plaidé coupable en mars dernier à six chefs d’accusation de meurtre au premier degré et six chefs de tentative de meurtre relativement à cet attentat était principalement motivé par l’extrémisme de droite ou, comme le prétendent ses avocats, un jeune homme troublé davantage qu’un raciste ou un xénophobe…

Dans la région de Québec, ajoute toutefois le Comité de surveillance, rapport avoir la participation du SCRS à la Structure de gestion policière contre le terrorisme, ainsi que les liens et les échanges d’informations avec des organismes chargés du maintien de l’ordre et les services de renseignement canadiens et étrangers, participaient «à combler les lacunes dans son enquête sur les menaces posées par l’extrémisme de droite.»

Le CSARS entend maintenant surveiller la façon dont l’enquête du SCRS sur l’extrémisme de droite s’adaptera à tout changement du niveau de cette menace au Canada et prévoit revenir sur ce sujet à moyen terme.

Bien que la majorité des activités rattachées à l’extrémisme de droite se traduisaient selon le SCRS par des activités tout à fait légales de défense de causes, de protestation ou de manifestation – qui ne menacent pas la sécurité nationale, on aurait tort d’oublier que tout type d’idéologie radicale peut alimenter le terrorisme, y compris l’extrémisme de droite.

Pas toujours facile d’affronter ses démons intérieurs.

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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