Force spatiale: Darth Trump Vader n’est peut-être pas prêt d’avoir son Étoile de la mort

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Même si Donald Trump a promis lundi 19 juin d’assurer l’hégémonie des Etats-Unis pour l’exploration de la Lune et de Mars, mais aussi dans toute éventuelle guerre spatiale, avec la création future d’une force de l’espace, il y a loin de la coupe aux lèvres et Darth Trump Vader n’est peut-être pas prêt d’avoir son Étoile de la mort.

«Tout changement de cet ordre devra être adopté par le Congrès », a souligné hier l’élu démocrate Adam Smith, membre de la commission de la Défense de la Chambre des représentants.

En outre, bien que ce président semble faire fi allègrement des traités signés par son pays, l’Amérique n’en a pas moins signé, comme 90 autres pays dont le Canada, un traité (le Treaty on Principles Governing the Activities of States in the Exploration and Use of Outer Space, Including the Moon and Other Celestial Bodies) prohibant en grande partie la militarisation de l’espace.

Entre 1959 et 1962, les puissances occidentales ont fait une série de propositions pour interdire l’utilisation de l’espace à des fins militaires. Leurs plans successifs de désarmement général et complet comprenaient des dispositions interdisant la mise en orbite et le stationnement dans l’espace des armes de destruction massive. S’adressant à l’Assemblée générale le 22 septembre 1960, le Président Eisenhower a proposé que les principes du Traité sur l’Antarctique soient appliqués à l’espace extra-atmosphérique et aux corps célestes.

Et c’est ainsi que les États-Unis ont signé et ratifié en 1967 le Traité sur l’espace extra-atmosphérique qui devenait ainsi le deuxième des traités dits de «non-armement»; ses concepts et certaines de ses dispositions s’inspiraient de son prédécesseur, le Traité sur l’Antarctique. Comme ce traité, il cherche à empêcher « une nouvelle forme de concurrence coloniale » et les dommages éventuels que l’exploitation égoïste pourrait causer.

Le contenu des dispositions relatives au contrôle des armes figure à l’article IV. Cet article restreint les activités de deux manières:

Premièrement, il contient l’engagement de ne pas placer en orbite autour de la Terre, de l’installer sur la Lune ou tout autre corps céleste, ou de stationner dans l’espace, des armes nucléaires ou d’autres armes de destruction massive.

Deuxièmement, il limite l’utilisation de la Lune et des autres corps célestes exclusivement à des fins pacifiques et interdit expressément leur utilisation pour établir des bases militaires, des installations ou des fortifications; tester des armes de toute sorte; ou effectuer des manœuvres militaires.

Comme le résumait avec beaucoup d’à-propos un lecteur de 45eNord.ca mardi, jour de l’annonce par le président américain d’une «Force spatiale», «pas de Deep Space Nine et pas d’Étoile de la Mort». Du moins si on s’en tient au traité.

Pendant ce temps au Pentagone, la porte-parole Dana White indiquait, sans enthousiasme, que le processus… serait long, dépendant des travaux d’une commission créée récemment. «En conjonction avec le Congrès, ce sera un processus mûrement réfléchi, qui prendra en compte les avis de multiples acteurs».

En effet, le secrétaire adjoint à la Défense, Patrick Shanahan, doit remettre au Congrès un rapport sur la question d’ici le 1er août, mais, passant outre aux objections du Pentagone et de son secrétaire à la Défense qui ne voient pas la nécessité d’ajouter une structure coûteuse et pas nécessairement utile, Darth Vader, pardon, Donald Trump n’a semble-t-il pas pu résister au désir d’annoncer la création d’une Space Force…

La Russie critique le projet de force armée spatiale de Donald Trump

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, craint que le projet de force armée spatiale de Trump n’engendre un «impact déstabilisateur» sur la sécurité internationale.(AFP)
La Russie a pour sa part exprimé mercredi sa préoccupation concernant la volonté de Donald Trump de créer une force armée de l’espace indépendante de l’armée de l’air, craignant un «impact déstabilisateur» sur la sécurité internationale.

«Le plus préoccupant dans cette annonce est que l’objectif a été clairement indiqué: assurer la domination dans l’espace», a estimé la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, lors de sa séance d’information hebdomadaire.

Lundi, Donald Trump a ordonné au département de la Défense et au Pentagone de commencer le processus nécessaire «pour établir une force spatiale comme sixième branche des forces armées». «Pour défendre l’Amérique, une simple présence dans l’espace ne suffit pas: nous devons dominer l’espace», a-t-il lancé.

Le renforcement du potentiel militaire dans l’espace «aurait un impact déstabilisateur sur la stabilité stratégique et la sécurité internationale», a mis en garde Maria Zakharova.

Pour la Russie, «l’exploration de l’espace à des fins pacifiques est prioritaire», a-t-elle souligné.

«Notre pays n’a pas intérêt à remplir de quelconques tâches dans l’espace en ayant recours à des moyens d’attaque », a insisté Mme Zakharova.

Donald Trump avait déjà indiqué qu’il était favorable à la création de cette sixième branche, aux côtés de l’armée de terre (la US Army), l’armée de l’air (la US Air Force), la marine (la US Navy), le corps des Marines et les garde-côtes.

La Russie dispose d’une force spatiale, qui dépend de l’armée de l’Air.

L’annonce de Donald Trump, qui nécessite le feu vert d’un Congrès divisé sur le sujet, intervient après des déclarations martiales de la part de Moscou et de Washington faisant craindre une nouvelle course aux armements.

Lors d’un discours en mars, Vladimir Poutine avait vanté les nouveaux missiles nucléaires « invincibles » conçus face aux projets de boucliers antimissiles américains en Europe de l’Est et en Asie.

Quelques jours plus tard, les deux présidents s’étaient entretenus par téléphone et s’étaient dits favorables à une coordination de leurs efforts afin de « limiter la course aux armements », selon le Kremlin.

Dans un contexte de vives tensions entre Moscou et Washington, l’espace est un rare domaine où les deux pays continuent de coopérer, notamment en participant à la Station spatiale internationale.

*Avec AFP

Nouvelliste et reporter à CKCV Québec et directeur de l’information à CFLS Lévis, dans les années 70, Jacques N. Godbout a aussi travaillé sur le terrain pour divers instituts de sondage. Intervieweur, animateur et recruteur, il a participé à plusieurs projets de recherche qualitative.

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