Le Pentagone réduit à appliquer des décisions qu’il désapprouve

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Le président américain Donald Trump et son secrétaire de la Défense James Mattis lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche le 23 mars 2018. (Archives/Nicolas Kam/AFP)

Loger des migrants, renoncer à des manœuvres en Corée du Sud, créer une Force spatiale: le ministre américain de la Défense Jim Mattis, un temps chouchou de Donald Trump, se retrouve de plus en plus souvent réduit à mettre en œuvre des décisions qu’il désapprouve.

Selon certains médias américains, le général des Marines à la retraite est relégué au second plan depuis l’arrivée à la tête de la diplomatie de l’ancien patron de la CIA, Mike Pompeo, qui est beaucoup plus actif que son prédécesseur Rex Tillerson, et la nomination du « faucon » John Bolton comme conseiller à la Sécurité nationale de M. Trump.

Le président américain s’est éloigné de M. Mattis parce qu’il pense que le ministre de la Défense le méprise et « traîne des pieds » pour mettre ses directives en œuvre, selon des responsables de l’administration Trump cités par la chaîne NBC.

Interrogé sur CNN à ce sujet, l’ancien patron du Renseignement américain, James Clapper, a estimé que M. Mattis pourrait être amené à démissionner si le président Trump n’écoutait plus du tout son avis. « S’il atteint le point où il sent qu’il n’est plus aussi efficace et qu’il n’a plus d’influence, je ne sais pas s’il va s’attarder », a-t-il dit.

De fait, les contrariétés se sont accumulées ces dernières semaines pour M. Mattis, qui reste considéré comme la voix de la modération au sein de l’administration Trump.

Outre le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien et les tarifs douaniers sur l’acier, deux décisions auxquelles il s’était publiquement opposé, M. Mattis a été pris plusieurs fois au dépourvu par des annonces surprises de M. Trump sur des sujets qui le concernent directement.

Début avril, le Pentagone a ainsi été pris de court lorsque le président a annoncé, en marge d’une rencontre avec les dirigeants des pays baltes à la Maison Blanche, qu’il allait déployer la Garde Nationale à la frontière « jusqu’à ce que nous ayons un mur et une sécurité adéquate ».

– Surprises –

Le ministère de la Défense a plaidé l’ignorance avant d’assurer la Maison Blanche de sa coopération, bien que la Garde nationale, corps de réserve de l’armée américaine, soit gérée par les États fédérés américains.

Le 12 juin, M. Trump a annoncé l’arrêt des manœuvres militaires conjointes américano-coréennes à l’issue de son sommet historique avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-Un, les qualifiant de « provocatrices » et trop chères. Une décision qui va à l’encontre de l’objectif de préparation optimale des militaires.

Il a fallu plusieurs heures au Pentagone pour affirmer dans un communiqué qu’il « soutenait les efforts diplomatiques en cours avec la Corée du Nord ». Les manoeuvres n’ont été formellement annulées que le 18 juin. Et deux semaines après le sommet, le Pentagone n’a toujours pas publié l’évaluation du coût de ces manoeuvres militaires, qui confirmerait les assertions de M. Trump.

La semaine dernière, M. Trump a ordonné au Pentagone de créer une sixième branche des forces armées américaines, une « force spatiale » (« space force ») qui serait indépendante de l’armée de l’air, alors que M. Mattis s’est publiquement opposé à cette idée à plusieurs reprises.

M. Mattis s’est abstenu de réagir immédiatement, mais sa porte-parole a indiqué, sans enthousiasme, que le processus serait long, dépendant des travaux d’une commission créée récemment. « En conjonction avec le Congrès, ce sera un processus mûrement réfléchi, qui prendra en compte les avis de multiples acteurs », a commenté Dana White.

Et ces derniers jours, le Pentagone s’est retrouvé pris dans l’imbroglio des migrants à la frontière mexicaine lorsque Donald Trump, dans son décret mettant un terme à la séparation à la frontière des familles d’immigrants clandestins, a donné l’ordre au ministère de la Défense de mettre, si nécessaire, à disposition tout bâtiment pouvant être utilisé pour loger des migrants, voire de construire de nouvelles installations.

M. Mattis, qui a évité soigneusement les questions des journalistes sur ce sujet depuis le début de la polémique, n’a pu que s’incliner: 20.000 enfants migrants non-accompagnés seront logés sur des bases militaires, dont deux ont déjà été sélectionnées, au Texas.

« Je reconnais l’aspect politique de tout ceci, mais pour nous, il s’agit d’un effort de soutien logistique » à l’administration, a-t-il déclaré lundi.

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