Les tarifs de Trump au nom de la sécurité: une insulte aux soldats canadiens

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En entrevue ce dimanche matin à l’émission du réseau américain NBC, Meet The Press, le premier ministre canadien a déclaré que le fait que les États-Unis invoquent l’argument de sécurité nationale américaine pour imposer des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium est «insultant et inacceptable».

L’entrevue avec l’animateur Chuck Todd a été diffusée dimanche matin, mais certains extraits avaient été dévoilés la veille, notamment ceux où M. Trudeau discutait de l’imposition de tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium, déplorant amèrement que l’administration Trump réserve ce traitement au Canada, qui «a été le partenaire le plus solide des États-Unis» au cours des 150 dernières années.

Alors que les mesures de l’administration Trump auraient fort probablement été illégales en vertu des lois sur le commerce international, c’est plutôt en vertu d’une loi de 1962 qui donne au président un large pouvoir d’augmenter ou de réduire les tarifs sur les biens jugés essentiels à la sécurité nationale que l’administration américaine a imposé ces pénalités sur l’acier et l’aluminium.

Un prétexte tout à la fois farfelu et insultant.

Le premier ministre Trudeau a été très sévère quant à cette décision. Selon lui, le fait que les États-Unis invoquent l’argument de sécurité nationale pour imposer ces tarifs est « insultant et inacceptable ».

«Le fait que des soldats des deux pays soient morts sur les plages lors de la Seconde Guerre mondiale et dans les montagnes de l’Afghanistan et qu’ils aient combattu côte à côte dans certains des lieux les plus difficiles de la planète, et le fait que nous avons toujours été là l’un pour l’autre, d’une certaine façon, ceci est insultant pour eux», a-t-il déclaré.

«L’idée que l’aluminium et l’acier canadien qu’on retrouve dans les véhicules militaires américains, l’aluminium dans les avions de chasse représentent maintenant une menace, l’idée qu’on soit en quelque sorte une menace à la sécurité des États-Unis est franchement insultante et inacceptable», de poursuivre le premier ministre Trudeau.

Ironie du sort, les pays du G7 se réuniront cette année les 8 et 9 juion à La Malbaie, à quelques kilomètres de la BFC Bagotville, qui héberge les CF-18 canadiens du NORAD et qui a été construite à l’origine, souligne Justin Trudeau, pour protéger les alumineries locales qui fournissaient l’industrie américaine de la défense.

Interrogé sur ce qu’il croyait que Donald Trump cherchait à accomplir ainsi, le premier ministre canadien n’a pu que manifester son incompréhension: «Il [Donald Trump] s’inquiète du déficit de la balance commerciale américaine alors qu’ils [les États-Unis]réalisent un surplus de 2 milliards $ dans le commerce de l’acier avec le Canada.»

«Il est reconnu que lorsque nous, Canadiens, nous apparaissons, que ce soient des soldats sur le terrain, des missions de maintien de la paix, des travailleurs humanitaires, des fonctionnaires [canadiens]qui aident à rebâtir une économie ou venant en aide à une institution multilatérale, les Canadiens sont là pour aider. Nous sommes attentionnés, engagés, polis, accueillants, mais nous sommes aussi fermes en ce qui a trait à nos valeurs. Nous avons été comme des lions sur les plages de la Deuxième Guerre mondiale et dans les tranchées de la Première Guerre. Nous avançons et nous levons quand nous le devons. Nous ne nous laisserons bousculer.», de conclure le premier ministre dont la patience devant le comportement de l’occupant de la Maison-Blanche n’exclut pas la défense des valeurs canadiennes.

Il faut noter également que, dans son opposition à l’attaque de Donald Trump, le premier ministre canadien a obtenu l’appui des autres partis, conservateurs comme néo-démocrates. Difficile en effet, quand on est Canadiens, de ne pas être outrés. Avis à Washington, il semble donc que, pro ou anti-Trudeau, les Canadiens soient à de très rares exceptions près unis dans la défense de leur pays et de leurs valeurs par delà leurs divisions partisanes.

Washington forcé de reconnaître les conséquences néfastes du conflit commercial

Le principal conseiller économique du président Trump a reconnu dimanche que le conflit commercial opposant les États-Unis à leurs alliés pourrait avoir des conséquences pour l’économie américaine.

Mais il a qualifié d’exagérées les critiques du premier ministre canadien Justin Trudeau, qui a estimé «insultant et inacceptable» l’argument officiel de Washington selon lequel les nouveaux tarifs douaniers américains visaient à défendre la sécurité nationale du pays.

«Je trouve qu’il réagit de façon excessive», a déclaré Larry Kudlow sur la chaîne Fox News. «Personne ne nie qu’il soit l’ami et l’allié des États-Unis. Mais nous devons nous protéger».

M. Kudlow a admis qu’il était possible que les diverses tensions commerciales pèsent sur la vigoureuse croissance économique américaine. «Je ne le nie pas. C’est à surveiller».

Mais les décisions de Donald Trump visent, selon lui, à réformer un système de commerce international miné par les tricheurs. Un système pourtant bâti par les États-Unis, jusqu’à Trump champions du libre échange.

Mais pour Larry Kudlow, c’est l’Amérique de Trump contre tous: «Ce n’est pas la faute de Trump. C’est la faute de la Chine, de l’Europe, de l’ALENA.», a déclaré celui dont le patron semble accorder plus d’importance aux emplois de ceux qui constituent sa base électorale qu’à la prospérité de l’ensemble de de l’Amérique et du monde.

L’Histoire nous apprend que le protectionnisme ne fonctionne pas

La ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, a pour sa part rappelé dimanche à l’émission State of the Union avec Dana Bash sur la chaîne CNN que les politiques protectionnistes ne marchaient pas: «C’est la leçon des années 1920 et 1930». «J’espère vraiment que les gens prendront le temps de tirer les leçons de l’histoire et qu’on ne reviendra pas à tout cela», a-t-elle dit.

«Ce que vous nous dites et à tous vos alliés de l’OTAN, c’est que nous représentons en quelque sorte une menace à la sécurité nationale pour les Etats-Unis ». Sérieusement ? S’il vous plaît, réfléchissez bien au message que vous envoyez à vos plus proches alliés.», a déclaré la cheffe de la diplomatie canadienne dimanche.

«Nous sommes blessés et nous sommes insultés», a déclaré la ministre canadienne des Affaires étrangères.

Mais les États-Unis persistent à affronter leurs partenaires, y compris au sein du G7, en frappant leurs industries de l’acier et de l’aluminium. Leur isolement était frappant lors du G7 Finances qui s’est achevé samedi au Canada sur une protestation unanime des principaux alliés de Washington, qui ont exhorté Donald Trump à revenir sur sa décision de leur imposer des tarifs douaniers.

Les dirigeants du G7 ont rendez-vous la semaine prochaine à La Malbaie, au Québec.

*Avec AFP

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