L’Iran fait monter la pression avec un plan sur l’enrichissement d’uranium

0
Photo publiée dans le site officiel du président iranien Hassan Rohani le montrant dans la salle de contrôle de la centrale nucléaire de Bouchehr le 13 janvier 2015 (Archives/Mohammad Berno/AFP)

Téhéran a annoncé mardi la mise en route d’un plan visant à augmenter sa capacité à enrichir l’uranium, faisant ainsi monter la pression sur les Européens qui cherchent à sauver l’accord international sur le nucléaire iranien.

Selon le vice-président Ali Akbar Salehi, cité par l’agence de presse Fars, l’Iran a informé lundi par lettre l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) du « commencement de certaines activités ».

« Si les conditions le permettent, peut-être que demain soir (mercredi soir), à Natanz (centre), nous pourrons déclarer l’ouverture du centre de production de nouvelles centrifugeuses », a-t-il poursuivi, précisant: « Ce que nous faisons ne viole pas l’accord » conclu en juillet 2015 à Vienne, dont les États-Unis se sont retirés le 8 mai.

« Ces démarches ne veulent pas dire que les négociations (avec l’Europe) ont échoué », a encore dit M. Salehi, faisant référence aux discussions entre l’Iran et l’UE, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne pour tenter de sauver le texte malgré le retrait américain.

L’annonce d’un accroissement du nombre de centrifugeuses permettant d’accroître la capacité à enrichir l’uranium fait toutefois assurément monter la pression sur les Européens, tant cette question est au cœur des craintes exprimées à propos du programme nucléaire iranien.

La limitation du nombre de centrifugeuses, que Téhéran veut au contraire désormais développer, est au cœur de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, dont les États-Unis ont décidé de sortir en mai.

L’accord sur le nucléaire, conclu à Vienne après douze ans de crise entre l’Iran et les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), plus l’Allemagne, avait pour objectif d’éviter que l’Iran ne soit en mesure de se doter de l’arme atomique, en échange d’une levée partielle de sanctions internationales.

– Qu’est-ce qu’une centrifugeuse ? –

Les centrifugeuses sont les machines qui enrichissent l’uranium transformé en gaz, en le faisant tourner à très grande vitesse, permettant l’augmentation de la proportion de matière fissile isotope (U-235) pour différentes utilisations.

L’uranium à l’état naturel contient 0,7% de U-235. Enrichi entre 3,5 et 5%, il est utilisé pour les réacteurs nucléaires, à 20% pour un usage médical et à 90% pour une bombe.

– Réduction des capacités nucléaires –

Dans l’accord de Vienne, Téhéran s’engage à réduire ses capacités nucléaires (centrifugeuses, stock d’uranium enrichi…) pendant plusieurs années.

Le but est qu’il soit quasiment impossible pour l’Iran de fabriquer une bombe atomique, tout en assurant à Téhéran, qui dément toute visée militaire, le droit de développer une filière nucléaire civile.

Conformément à l’accord, l’Iran a réduit à 5.060 le nombre de ses centrifugeuses en activité servant à enrichir l’uranium (contre 10.200 au moment de la signature de l’accord) et s’était engagé à ne pas dépasser ce nombre pendant 10 ans.

Téhéran a également accepté de modifier son réacteur à eau lourde d’Arak, sous le contrôle de la communauté internationale, de manière à rendre impossible la production de plutonium à usage militaire dans cette installation.

Ces mesures faisaient passer à un an le « breakout time », c’est-à-dire le temps nécessaire pour fabriquer une bombe atomique, contre deux à trois mois au moment de la signature de l’accord.

– Vers des capacités accrues –

Lundi l’Iran a notifié à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), chargée de contrôler régulièrement ses sites nucléaires, la mise en route d’un plan pour augmenter sa capacité à enrichir l’uranium en accroissant le nombre de ses centrifugeuses.

Le vice-président iranien Ali Akbar Salehi affirme que ce faisant Téhéran « ne viole pas l’accord ».

La production de centrifugeuses « ne veut pas dire que nous allons commencer l’assemblage des centrifugeuses » en vue de leur utilisation, assure-t-il.

– Marge de manœuvre –

L’enrichissement de l’uranium permet de produire du combustible pour les centrales nucléaires de production d’électricité ou peut avoir d’autres applications civiles, dans le domaine médical par exemple. Mais hautement enrichi, et en quantité suffisante, l’uranium peut permettre la fabrication d’une bombe atomique.

Accusé par les États-Unis et Israël de chercher à vouloir se doter de l’arme atomique, l’Iran répète inlassablement que son programme nucléaire est uniquement à visée pacifique et civile.

Mardi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dénoncé l’annonce de M. Salehi, affirmant y voir un plan destiné à « détruire l’État d’Israël ».

Selon ses partisans, l’accord de 2015 a permis de lever une partie des craintes de la communauté internationale vis-à-vis de ce programme nucléaire.

Ce pacte a permis un retour de l’Iran dans la communauté des nations après des années d’isolement et un allègement des sanctions internationales le visant en échange d’un engagement à ne pas se doter de l’arme atomique.

En plus de cette promesse, l’Iran a accepté de brider drastiquement ses activités nucléaires, et l’AIEA, agence de l’ONU chargée de vérifier que Téhéran applique bien ses engagements, certifie régulièrement que c’est bien le cas.

Mais la survie de l’accord est menacée depuis le retrait de Washington, qui ouvre la voie au rétablissement des sanctions économiques américaines.

Cette perspective commence à faire fuir les groupes étrangers revenus en Iran.

Dernier en date, le constructeur automobile français PSA a annoncé lundi qu’il se préparait à quitter le pays. Cette annonce témoigne de la marge de manœuvre très réduite des Européens, compte tenu du caractère extrêmement dissuasif des sanctions américaines.

Les dirigeants iraniens ont déjà averti en mai qu’ils ne donneraient pas plus de quelques semaines aux Européens pour négocier et qu’ils ne resteraient pas dans l’accord s’ils n’y trouvent plus leur compte.

Ils ont ainsi menacé que l’Iran se remette à enrichir de l’uranium à 20%, alors que le pays se limite à 3,67% aux termes de l’accord de Vienne.

Dans un discours public lundi, le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a de nouveau averti les Européens que l’Iran n’accepterait « jamais » de devoir être sous sanctions tout en continuant à brider son programme nucléaire.

– Préparatifs rapides –

Si les contours du plan annoncé par M. Salehi restent encore flous, le vice-président iranien a néanmoins déclaré que l’Iran ne comptait pas « commencer l’assemblage des centrifugeuses » en vue de les utiliser immédiatement.

Cette annonce semble découler d’un ordre exprimé lundi par M. Khamenei.

Celui-ci a en effet déclaré que l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (AIEA), dont Ali Akbar Salehi est le président, avait « le devoir de se préparer rapidement » à augmenter sa capacité de production d’uranium enrichi.

L’objectif affiché est de pouvoir atteindre, à une date non précisée, un seuil -largement supérieur à la capacité actuelle de l’Iran- correspondant à celui défini par M. Khamenei avant la signature de l’accord de Vienne comme étant à même de répondre aux besoins de l’Iran pour son programme nucléaire.

Ce développement risque fort d’inquiéter les Européens qui, tout en voulant garder l’Iran dans l’accord de Vienne, cherchent à amener la République islamique à discuter de l’après-2025, lorsque certaines clauses du texte seront tombées, en vue de permettre une poursuite de l’encadrement international de ses activités nucléaires.

Les commentaires sont fermés.