Nouvelle rencontre des deux ennemis sud-soudanais lundi

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Le président du Soudan du Sud Salva Kiir (g) et Riek Machar, son ancien vice-président ayant pris le maquis, le 9 mai 2014 à Addis Abeba. (Archives/Zacharias Abubeker/AFP)

Le président sud-soudanais Salva Kiir et son rival Riek Machar se rencontreront lundi à Khartoum pour leur deuxième série de discussions en près de deux ans pour trouver une solution à la guerre civile dans leur pays, ont annoncé vendredi les autorités soudanaises.

Les pourparlers, qui suivent un sommet régional des Etats d’Afrique de l’est en Ethiopie pour relancer le processus de paix au Soudan du Sud, auront lieu alors que l’ONU a donné jusqu’à fin juin aux belligérants pour arriver à « un accord politique viable », en brandissant la menace de sanctions.

« Le président soudanais Omar el-Béchir va accueillir des pourparlers directs entre les deux leaders du Soudan du Sud le 25 juin à Khartoum », a indiqué le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué à Khartoum.

Le Soudan fera tout son possible pour que les négociations « aboutissent », a-t-il ajouté.

Une équipe technique de l’Autorité intergouvernementale pour le Développement (Igad), une organisation régionale d’Afrique de l’est qui œuvre à réactiver le processus de paix, doit arriver à Khartoum ce week-end, selon la même source.

Le Soudan du Sud a obtenu son indépendance du Soudan en 2011. Le pays s’est enfoncé dans une guerre civile fin 2013 quand M. Kiir a accusé son ex-Premier ministre, Riek Machar, de fomenter un coup d’Etat.

Le conflit a fait des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Des centaines de milliers ont trouvé refuge au Soudan selon l’ONU.

Ce sera la première fois que les deux leaders sud-soudanais se rencontrent à Khartoum depuis 2013.

Un accord de paix a volé en éclat en 2016, poussant M. Machar à fuir son pays.

Laissant mal augurer du processus de réconciliation que tente de promouvoir l’Igad, le ministre sud-soudanais de l’Information Michael Makuei s’en est pris vendredi à Riek Machar, en disant que son gouvernement « en a assez » du chef rebelle et ne voulait pas de lui dans un gouvernement d’union nationale.

Mercredi à Addis Abeba, Riek Machar et Salva Kiir s’étaient rencontrés pour la première fois en deux ans.

En réaction à la rencontre de lundi à Khartoum entre les deux rivaux, annoncée également à Addis Abeba, M. Makuei a affirmé que « c’était une décision des chefs d’État (de l’Igad) et nous la respecterons ».

Tentatives d’écarter Machar des négociations

Les pourparlers de paix sud-soudanais avaient pris vendredi une mauvaise tournure, le président Salva Kiir s’efforçant de marginaliser le chef rebelle Riek Machar, même s’il a dû se résoudre à une nouvelle rencontre avec lui lundi à Khartoum.

Les différents acteurs d’une guerre civile déclenchée en décembre 2013, deux ans après l’indépendance du pays, et qui a fait des dizaines de milliers de morts, près de quatre millions de déplacés et provoqué une crise humanitaire catastrophique, continuent à souffler le chaud et le froid.

Mercredi soir, la rencontre à Addis Abeba entre Salva Kiir et Riek Machar avait laissé percer l’espoir qu’une solution négociée soit bientôt trouvée. Il s’agissait de la première entrevue en deux ans entre deux personnalités dont la rivalité est à l’origine de la guerre.

Les bureaux du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, qui préside l’Igad (Autorité intergouvernementale pour le développement), l’organisation régionale qui œuvre depuis de longs mois à réactiver le processus de paix, avaient publié des photos des trois hommes se donnant l’accolade.

Et jeudi, un sommet avait réuni à Addis Abeba plusieurs chefs d’État des pays membres de l’Igad, le Soudanais Omar el-Béchir, le Kényan Uhuru Kenyatta, le Somalien Mohamed Abdullahi Mohamed, mais pas l’Ougandais Yoweri Museveni, un acteur-clé, pour accentuer encore la pression.

Vendredi, le gouvernement sud-soudanais a douché l’enthousiasme des plus optimistes en affirmant que Riek Machar, chef du SPLM-IO (Mouvement populaire de libération du Soudan – Opposition), n’avait pas sa place dans le gouvernement d’union nationale.

« Nous en avons assez de Riek Machar, des dommages que Riek Machar a causés aux Sud-Soudanais », a déclaré en conférence de presse à Addis Abeba le ministre de l’Information Michael Makuei, un des durs du régime.

Il a appelé M. Machar, s’il veut être président un jour, « à attendre les élections », montrant, par cette prise de position, à quel point les inimitiés sont solidement enracinées, en dépit des sourires de façade.

La guerre avait éclaté en décembre 2013 à Juba, lorsque M. Kiir, un Dinka, avait accusé M. Machar, son ancien vice-président, de l’ethnie nuer, de fomenter un coup d’État.

Avant cette semaine, les deux hommes ne s’étaient plus parlés en face-à-face depuis juillet 2016, quand avaient éclaté dans la capitale Juba d’intenses combats entre leurs troupes.

La rencontre de lundi à Khartoum

Ces affrontements avaient forcé M. Machar à fuir en Afrique du Sud, et signifié l’échec d’un accord de paix conclu en août 2015 ayant permis au chef rebelle d’être réinstallé au poste de vice-président.

Malgré sa rhétorique anti-Machar, le gouvernement a cependant cédé à la requête des chefs d’État de l’Igad d’organiser une nouvelle rencontre entre MM. Machar et Kiir lundi à Khartoum, au Soudan.

« C’est une décision des chefs d’État et nous la respecterons », a assuré M. Makuei. Les deux camps négocient depuis des mois sous l’égide de l’Igad, mais cette nouvelle réunion doit permettre doit permettre d’accélérer le processus.

Elle est une des principales décisions adoptées cette semaine. Elle sera suivie d’une autre rencontre à Nairobi et l’accord final devrait être signé à Addis Abeba dans un délai de deux semaines, d’après le gouvernement sud-soudanais.

Dans cet intervalle, M. Machar sera autorisé à rester dans une de ces villes, mais le gouvernement sud-soudanais a affirmé avoir obtenu de l’Igad qu’il ne puisse ensuite demeurer « dans la région ou quelque part près du Soudan du Sud ».

Parmi les différends à régler figure le poste de vice-président, occupé actuellement par Taban Deng, un ancien allié de M. Machar qui avait fait défection en juillet 2016 avec une partie du SPLM-IO, selon un document transmis à la presse par le gouvernement.

Ce texte indique notamment qu' »aucun compromis sur le partage du pouvoir » au sein du gouvernement n’a été trouvé et qu’un désaccord persiste sur « le calendrier pour l’unification des forces armées ».

Le SPLM-IO a condamné les « propos irresponsables » de M. Makuei, estimant qu’ils étaient destinés à « faire dérailler le processus de paix ». La rébellion avait dès jeudi fait part de ses propres réticences, qualifiant d' »irréaliste » la manière dont sont menés les actuels efforts de paix.

Ce conflit a depuis le début été marqué par des revirements en tout genre, comme en témoigne le dernier cessez-le-feu en date, scellé le 24 décembre à Addis Abeba sous l’égide de l’Igad, et violé dès son entrée en vigueur.

Et malgré la pression internationale, rien ne dit que M. Kiir soit disposé à faire des concessions, ses forces semblant en passe de prendre le dessus militairement face à une rébellion de plus en plus éclatée.

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