Retour sur le sommet du G7: un divorce consommé

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Photo de famille finale du G7 de 2018, en l’absence du président américain Donald Trump. (Fabien Durand/G7)

Plusieurs s’attendaient à un sommet “G6+1”, pour illustrer les divergences et la crise politique entre le président Trump et ses homologues du G7. Le résultat final leur aura donné raison.

Un semblant d’accord sur le commerce

S’amenant à La Malbaie en critiquant les politiques commerciales et tarifaires du Canada, le président Trump aura néanmoins adopté un ton plus conciliant lors de ses discours au sommet. D’ailleurs, peu avant son départ, le président Trump a assuré avoir eu des “discussions fructueuses” sur le commerce. Ce dernier aura quand même réclamé l’abolition des tarifs commerciaux par ses partenaires, tarifs adoptés en réaction aux tarifs américains sur l’acier et l’aluminium. De même, les négociateurs américains auront forcé une déclaration commune sur le commerce diluée, s’apparentant davantage à l’énoncé de bons sentiments que d’orientations politiques – le prix à payer pour une signature conjointe.

Tout cela n’aura cependant pas suffit à faire oublier ses retards, ni son départ hâtif avant la fin de l’évènement… Et aura surtout laissé tout le monde complètement surpris (et choqués!) par le retrait américain de la déclaration finale du G7. Le président Trump, ulcéré par le discours final du premier ministre Trudeau, aura en effet déclaré sur Twitter qu’il reniait la signature américaine.

Une diplomatie américaine qui n’a plus aucune crédibilité

Le président américain avait fait savoir, avant d’assister au sommet, qu’il allait y perdre son temps, alors qu’il a une rencontre de prévue mardi, à Singapour, avec le leader nord-coréen Kim Jong-un. Visiblement, avec le résultat final du sommet, on peut donner raison au président Trump qu’il a perdu son temps. Mais si on pousse la réflexion plus loin, on réalise que la diplomatie américaine vient de perdre sa crédibilité, du moins sous son administration.

On savait déjà que le président Trump n’avait aucune difficulté à remettre en cause les accords internationaux auxquels participent les États-Unis. L’Accord de Paris sur le climat (COP21), le Partenariat transpacifique, l’ALÉNA et l’accord sur le nucléaire iranien en sont des exemples patents. Cependant, dans chaque cas, les États-Unis ont respecté les règles de retrait et de renégociations prévues. Les autres pays signataires ont certes été choqués à chaque fois, mais au moins la procédure de chaque retrait américain était prévisible pour tous.

La donne vient de changer avec le sommet du G7 de Charlevoix : alors que l’encre de la déclaration finale n’avait même pas terminée de sécher, le président américain a renié la signature de son pays sans prévenir personne, pas même son équipe. Dans le monde diplomatique, c’est le genre de comportement qu’on s’attend de la part d’un État voyou. Désormais, en plus de devoir composer avec le tempérament irascible du président américain, les pays devront aussi négocier avec les États-Unis en gardant à l’esprit que la signature de ceux-ci peut ne rien valoir. Autrement dit, que ça ne va servir à rien. La confiance nécessaire dans une négociation est donc simplement absente.

Des impacts jusqu’à Singapour, avec Kim Jong-un

Cela nous amène à la rencontre Trump-Kim de mardi prochain, à Singapour. Cette rencontre au sommet pourrait, en théorie, paver la voie à un réchauffement des relations entre la Corée du Nord et le reste de la communauté internationale. Un tel réchauffement est cependant conditionnel aux concessions que pourrait faire Pyongyang, concessions qui vont dépendre directement des assurances de protection que Washington va garantir.

Le problème pour les négociateurs nord-coréens ce trouve ici : comment croire les assurances américaines? Une des raisons derrière le programme nucléaire nord-coréen est le sort d’autres dictateurs, comme Saddam Hussein et Mouammar Kaddafi. Ces derniers, malgré les assurances américaines en échange de l’abandon de leurs programmes d’armes de destruction massives, ont été renversés (et tués) par des coalitions militaires américaines.

Dans ce contexte, les Nords-Coréens ne seront pas tenté de concéder grand chose à l’Occident, ne pouvant croire la parole du président Trump. Plus encore, le sommet du G7 étant un échec pour le président américain, ce dernier risque de chercher par tous les moyens d’avoir un certain succès à Singapour. Si ce n’est pas le cas, il va retourner aux États-Unis avec deux échecs en deux rencontres lors de son voyage. Cela vient donc renforcer la situation initiale de Kim Jong-un dans ses discussions avec homologue.

Un schisme entre les puissances occidentales?

Si on peut constater le divorce entre les États-Unis et les autres puissances du G7, il est encore trop tôt pour parler d’un schisme complet. La question ici est de voir à quel point le président Trump voudra (et pourra) rapprocher les États-Unis de la Russie, et à quel point les Russes pourraient avoir un tel rapprochement sans faire de concessions sur des dossiers que l’Ukraine et la Syrie.

En parallèle, il est cependant évident que le Canada et les puissances européennes ont besoin plus que jamais de revoir le système international afin de rehausser la place de l’Europe face à celle des Etats-Unis. Dans l’état actuel des choses, c’est probablement la meilleure stratégie à adopter pour se prémunir des dommages collatéraux de la diplomatie trumpienne, tout en préservant les grandes règles du système actuel.

Il n’y a pas à dire, ce sommet du G7 aura eu beaucoup plus d’impacts que d’habitude!

Christian Picard détient une maîtrise en Science politique de l'Université Laval (Québec). Bilingue, il est un globe-trotter assumé, ayant été jusqu'en Corée du Nord! Ses intérêts incluent l'OTAN et l'actualité internationale.

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