Sommet du G7: portrait des enjeux de sécurité internationale

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Les présidents français Emmanuel Macron et américain Donald Trump et la chancelière allemande Angela Merkel, le 7 juillet 2017 à Hambourg. (AFP/Archives/John MACDOUGALL)

Lorsque les pays du G7 se rencontrent, plusieurs thèmes sont abordés, incluant la sécurité internationale. À l’occasion du Sommet 2018, qui se déroule les 7 et 8 juin à La Malbaie, au Québec, ce thème, nommé « Un monde plus pacifique et plus sûr« , sera abordé sous l’angle du cyber, par le biais de la cybersécurité et de l’intelligence artificielle. Évidemment, les traditionnelles questions du terrorisme et du multilatéralisme ne seront pas oubliées!

Le coup d’envoi a été donné les 23 et 24 avril dernier, lors de la rencontre des ministres de la Défense du G7. Les thèmes que ces derniers se sont engagés à présenter à leur gouvernement respectif concerne le l’importance du multilatéralisme, mettre l’accent sur la non-prolifération et le désarmement, la lutte au terrorisme et le phénomène des “combattants terroristes étrangers” et, finalement, les questions de sécurité liées au cyberespace. Un mois plus tard, l’Institut des Hautes études internationales de l’Université Laval (HEI), organisait la rencontre Idées7 dans le cadre du sommet, afin d’offrir des recommandations d’experts aux dirigeants du G7. Sur le plan sécuritaire, ils ont mis l’accent sur l’importance de la sécurité numérique, notamment par le biais de la collaboration entre les secteurs public et privé. Finalement, et tout juste avant le G7, l’OTAN a tenu une rencontre des ministres de la Défense. Au terme de celle-ci, l’alliance a promis de renforcer la coopération OTAN-Union européenne, de maintenir ses efforts dans la lutte contre le terrorisme (notamment contre le groupe État islamique) et a relevé que depuis son engagement sur la cybersécurité (sommet de Varsovie, 2016), tous les alliés ont augmenté leurs cybercapacités.

Ces différents évènements pavent la chemin pour ceux qui vont découler du sommet du G7. On peut donc en déduire que l’importance du multilatéralisme et de la lutte au terrorisme seront au menu, mais aussi qu’une place particulière sera accordée aux questions cyber. Voici donc un petit tour d’horizon de ces enjeux.

Vers la quatrième cyber révolution militaire

Après l’avènement de l’ordinateur (première révolution), d’Internet (deuxième révolution) et de l’autonomisation des systèmes (troisième révolution), le domaine militaire commence à intégrer l’intelligence artificielle dans ses opérations. Les défis posés par cette quatrième révolution commencent à se dessiner et appellent à une prise de conscience sérieuse de la part des dirigeants politiques et militaires. En effet, malgré l’image qui s’en dégage (et que plusieurs croient), l’intelligence artificielle ne comprend pas le monde, mais relève plutôt des patterns dans les données qu’on lui fournit. L’interprétation que l’intelligence artificielle fait de ces patterns est celle que les humains lui auront appris à faire, avec tous les risques que cela comporte (la science ne compte plus le nombre de biais raciaux et sexistes que l’analyse d’image automatisée possède!) Autrement dit, l’intelligence artificielle, dans toute la puissance potentielle qu’elle promet, reste très loin d’avoir les capacités de Skynet dans Terminator!

Quand on considère ces limites, on comprend pourquoi il faut impérativement résister à la tentation de laisser une intelligence artificielle mener des pans entiers des affaires militaires (renseignements, drones, etc.) Et au-delà du domaine militiare, ce risque reste présent dans plusieurs autres activités civiles, incluant la conduite de la justice. D’ailleurs, afin d’assurer un développement et une réflexion ordonnés sur ce sujet, le Canada et la France ont lancé une initiative visant à créer un groupe international indépendant d’études de l’intelligence artificielle, sur le même modèle que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolutin du climat (GIEC), qui étudie le phénomène des changements climatiques.

Là où l’intelligence artificielle risque cependant d’être très utile, c’est dans l’aide à la décision. L’autonomisation de plusieurs systèmes militaires a déjà permis d’augmenter les capacités de plusieurs armées à de faibles coûts. Les drones armées sont un exemple parfait. Cependant, cette autonomisation exige la présence humaine à de multiples niveaux, que ce soit pour des considérations éthiques ou techniques (interpréter les images des caméras des drones, lancer une attaque, etc.) Intégrer l’intelligence artificielle permettrait de réduire considérablement la présence humaine sur le plan technique. On peut penser entre autre à la coordination des trajectoires de vol de dizaines de drones formant un essaim dans le ciel. De telles manoeuvres sont quasi-impossibles à réaliser par l’homme, mais sont facilement être exécutées par le biais d’algorythmes. Cependant, cette augmentation des capacités militaires à un (relativement) faible coût entraîne aussi un autre défi: les armées plus faibles pourront réduire encore plus leur écart avec les grandes puissances militaires de ce monde.

Au-delà de l’intelligence artificielle, la question de la cybersécurité reste toujours très d’actualité. Comme les nations semblent encore se refuser à ouvrir la boîte de Pandore que représenterait une “vraie” cyberguerre (avec destruction d’infrastructrres et morts humaines), elles continuent de rivaliser d’ingéniosité pour développer d’autres cyberoutils pour mener leurs actions disruptives. Le cyberespionnage est donc en pleine forme, ce qui met une pression de plus en plus forte sur la sécurité des différents réseaux informatiques et celle des données personnelles. Ici encore, on peut relever un changement dans le partage des capacités nécessaires pour conduire ces activités, alors que plusieurs entreprises sont plus puissantes que plusieurs gouvernements dans le cyberespace. La coopération public/privée n’est donc pas un simple souhait à formuler, mais une nécessité.

Une éternelle lutte au terrorisme?

Depuis l’annonce de la Guerre à la Terreur du président américain W. Bush, en 2001, l’Occident (et l’ensemble des grandes puissances mondiales) est lancé dans une lutte au terrorisme que de plus en plus de personnes considèrent comme vouée à l’échec. Pourquoi? Le terrorisme étant d’abord et avant tout une tactique de lutte politique armée, il est assez évident de comprendre qu’il ne s’agit pas d’un ennemi qu’on peut vaincre. Définir la lutte au terrorisme comme une guerre qu’on peut gagner, comme le fond de nombreux politiciens, est un non-sens flagrant. Cela permet aussi de comprendre pourquoi cette “guerre” semble impossible à gagner et pourquoi de nombreux gouvernements ont changé les fameuses conditions de victoire qu’ils s’étaient fixés dans cette lutte (vaincre Al Qaïda, vaincre la piraterie au large de l’Afrique, vaincre le groupe État islamique, etc.)

Il faut plutôt considérer la lutte au terrorisme pour ce qu’elle est dans les faits : un chapeau utilisé par plusieurs gouvernement pour définir différents adversaires qui ont recourt au terrorisme. À cet égard, il devient alors possible de fixer des objectifs militaires réalistes et donc de mieux coordonner une action internationale. C’est ce qu’on voit depuis quelques années, alors que si les discours politiques parlent toujours d’une lutte générale, ils s’attardent aussi davantage à des missions particulières. Les missions qui occupent actuellement les gouvernements du G7 (et, par ricochet, l’OTAN) sont la lutte contre le groupe État islamique (Syrie/Irak), le retour des Talibans en Afghanistan et les groupes agissant au Mali et au Nigeria.

Redéfinir la lutte au terrorisme selon diverses missions et enjeux ne signifient pas pour autant que les pays peuvent travailler seuls dans leur coin. Si les organisations terroristes opèrent très majoritairement de façon locale, il reste que les principales organisations mènent des actions dans plusieurs pays et ont des impacts internationaux. Une coordination internationale est donc nécessaire.

Un multilatéralisme mis à mal

L’édition 2018 du G7 a une saveur particulière alors qu’une guerre commerciale semble sur le point d’éclater entre les États-Unis d’un côté et le Canada et l’Union européenne de l’autre. D’ailleurs, des rumeurs ont eu cours pendant quelques jours à savoir si le président Trump allait assister au sommet, alimentées entre autre par des tweets de ce dernier à l’effet qu’il allait perdre son temps au Canada, avant de pouvoir rencontrer Kim Jong-un. Bonjour l’ambiance!

Sauf que ces évènement récents ne sont pas le début d’une mise à mal du multilatéralisme, mais un autre épisode. Le simple fait qu’on soit rendu à un G7 est évocateur, puisqu’il y a quelques années on parlait du G8. Le comportement de la Russie en Ukraine (annexion illégale de la Crimée et soutien aux rebelles séparatistes dans l’est du pays) aura mené à son expulsion du groupe. Au sein même de l’Union européenne, on assiste aussi à d’autres tensions importantes, allant du Brexit (Royaume-Uni) à l’élection de gouvernements anti-Europe (dont en Italie). À travers cela, la politique étrangère isolationniste et protectionniste du président Trump a l’effet d’un baril de poudre, attisant et créant plusieurs tensions internationales entre des pays traditionnellement partenaires.

Cette situation amène donc une réorganisation des pôles de pouvoir internationaux, offrant un rôle accru à des puissances moyennes comme le Canada, ainsi qu’à diverses organisations internationales, qui deviennent les tribunaux d’arbitrages face à diverses actions américains (l’OMC est d’ailleurs très sollicitée). Cette réorganisation du système internationale profite aussi à des puissances comme la Russie et, surtout, la Chine, qui en profitent pour augmenter leur influence à travers le monde.

Nous ne sommes pas dans un changement drastique de l’ordre international, comme on a pu le connaître en 1945 après la Deuxième Guerre mondiale ou en 1991 avec l’éclatement de l’URSS. Néanmoins, la réorganisation imposée par les tentatives de fermeture au monde des États-Unis, sous la présidence Trump, va créer des tendances lourdes qui peuvent finir par mener à un changement d’ordre international. Si les puissances du G7 veulent maintenir l’ordre actuel, fondé sur le libéralisme économique et le multilatéralisme politique, ils doivent impérativement se réorganiser pour travailler sans l’appui américain dans les grands enjeux internationaux. Un exemple de cette réorganisation se trouve dans la relation entre le Canada et la France, alors que plusieurs initiatives entre les deux pays voient actuellement le jour. Lors de sa visite pré-Sommet, à Ottawa, le président Emmanuel Macron a bien résumé les choses :

« [La relation France-Canada] est en plein essor, comme l’illustrent trois évènements récents. Il y a quelques mois, le Canada a pris la décision de s’engager au sein de la MINUSMA, un engagement fort et très positif dans notre engagement au Sahel. […] Le deuxième évènement important est lors de la visite du premier ministre canadien à Paris, nous avons signé un partenariat bilatéral sur l’environnement et le climat. […] Enfin, nous avons signé un plan d’action sur la coordination de nos efforts en matière d’aide au développement. »

– Emmanuel Macron, point de presse conjoint avec Justin Trudeau, 7 juin 2018

La question qui se pose ici est si on aura autre chose qu’un dialogue de sourds entre le président Trump et ses homologues lors du sommet.

Christian Picard est à la maîtrise en Science politique de l'Université Laval (Québec). Bilingue, il est un globe-trotter assumé, ayant été jusqu'en Corée du Nord! Ses intérêts incluent l'OTAN et l'actualité internationale.

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