Trump critique le G7 et réclame le retour de la Russie

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Le président américain Donald Trump le 10 avril 2018 à la Maison Blanche. (Nicholas Kam/AFP)

Donald Trump a appelé vendredi le G7 à réintégrer la Russie, exclue du club en 2014, nouvelle pique du président américain avant sa première confrontation collective avec les dirigeants du G7 depuis qu’il leur a imposé de nouveaux tarifs douaniers.

« Ils ont expulsé la Russie, ils devraient réintégrer la Russie. Parce que nous devrions avoir la Russie à la table de négociations », a-t-il dit, avant de quitter Washington vendredi matin. « Que ça vous plaise ou non, ce n’est peut-être pas politiquement correct, mais nous avons un monde à connaître ». La Russie avait été exclue après l’annexion de la Crimée, après 16 ans d’appartenance au groupe.

Le dirigeant américain sera le dernier à arriver au sommet, à la Malbaie, pittoresque ville québécoise surplombant le Saint-Laurent, et le premier à en partir, samedi matin, signe de l’intérêt qu’il porte au club des sept économies les plus développées du monde, saint des saints de la coordination multilatérale.

Il s’est en réalité montré plus focalisé, ces dernières semaines, sur un autre sommet: celui prévu le 12 juin avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un à Singapour. Il s’y rendra directement depuis le Québec.

« Je partirai peut-être un peu plus tôt, ça dépend de ce qui se passe », a aussi lâché M. Trump.

Attendu de pied ferme à La Malbaie par les six autres dirigeants, il a annoncé qu’il n’entendait aucunement fléchir.

« L’Union européenne nous traite très mal, le Canada, très mal », a-t-il dit à Washington.

Sur Twitter, il a répliqué vertement au Premier ministre canadien, Justin Trudeau, qui avec le président français Emmanuel Macron, en visite au Canada depuis mercredi, a ouvertement critiqué le repli protectionniste de l’Américain.

« Merci de dire au Premier ministre Trudeau et au président Macron qu’ils imposent aux Etats-Unis des taxes massives et créent des barrières non-tarifaires », a-t-il tweeté.

« Quand tout sera remis à plat, nous serons de nouveau amoureux », a ironisé Donald Trump, qui ne verra que MM. Trudeau et Macron en tête-à-tête au cours de son séjour canadien.

G7: les Européens unanimes contre un retour de la Russie

G7: les Européens réunis vendredi matin 8 juin 2018 unanimes contre un retour de la Russie (POOL/AFP/Ludovic MARIN)
France, Italie, Allemagne et Grande-Bretagne, les quatre pays européens présents au G7, sont tombés d’accord vendredi pour refuser le retour dans le cénacle de la Russie, réclamé quelques heures plus tôt par Donald Trump.

Les dirigeants Emmanuel Macron, Angela Merkel, Theresa May et Giuseppe Conte, réunis juste avant le début du sommet au Canada à l’initiative du président français, ont convenu que « la position européenne n’est pas un retour de la Russie » tout en rappelant la « vigilance du G7 » face à Moscou et en évoquant « la possibilité d’établir un dialogue », selon les conseillers d’Emmanuel Macron.

« Avant que des conversations ne commencent sur ce sujet, nous devons être certains que la Russie change de comportement et emprunte une nouvelle voie », a également déclaré la Première ministre britannique, Theresa May, sur Sky News.

La mention de la possibilité d’un « dialogue » avec Moscou est une concession faite à Rome, le nouveau président du conseil italien ayant affirmé plus tôt sur Twitter être favorable au retour de la Russie dans le groupe.

Mais « la Russie avait été écartée en 2014 suite à l’annexion de la Crimée. Aujourd’hui la Crimée est toujours annexée et les accords de Minsk pour trouver une solution à la crise ne sont pas pleinement mis en oeuvre, donc les conditions ne sont pas réunies pour revenir sur ce point », a détaillé un des sherpas français.

« C’était une discussion que nous devions avoir dans un format européen, pour bien comprendre la position italienne et être sûrs que les Européens soient bien alignés avant la discussion à sept », a-t-il commenté.

« M. Conte a expliqué que le mouvement élu au Parlement italien avait la volonté de souligner un rapprochement avec la Russie et qu’il devait en tenir compte dans le communiqué final. Nous avons donc examiné précisément la dernière version du communiqué et négocié pour trouver un paragraphe sur la Russie acceptable par tous », a expliqué l’Elysée.

A l’issue de cette discussion, les dirigeants européens se sont félicités de « ce premier moment d’unité européenne du nouveau gouvernement italien », a-t-il raconté.

Emmanuel Macron a voulu organiser cette réunion pour que les Européens, mais aussi le Canada et le Japon, présentent un front uni face à Donald Trump, auxquels ils reprochent d’avoir déclenché une guerre commerciale en imposant des taxes sur l’acier et l’aluminium.

Au vu des divergences avec les Etats-Unis, l’issue la plus probable de ce G7 est de déboucher non pas sur un communiqué collectif mais sur un simple texte de la présidence canadienne décrivant les sujets de consensus et ceux qui réunissent six pays sans les Etats-Unis, comme le commerce et le climat, selon le diplomate français.

Donald Trump est arrivé à La Malbaie vers 13H00 locales et a aussitôt demandé à rencontrer Emmanuel Macron, avec qui il a eu une discussion informelle « très cordiale », notamment sur le commerce et la Corée du Nord, a indiqué l’Elysée sans autre détail.

– Déclaration finale? –

Ottawa croit toujours possible d’élaborer un consensus sur trois thèmes: la pollution plastique des océans, l’éducation des filles, et la lutte contre les ingérences étrangères dans les processus démocratiques.

Mais c’est le commerce qui occupera véritablement les débats.

L’Union européenne a déposé une plainte contre les Etats-Unis devant l’Organisation mondiale du commerce, et préparé des droits de douanes contre des produits américains comme le bourbon, le beurre de cacahuète ou les motos.

Mais ces représailles ne sont pas encore entrées en vigueur, les Etats membres devant s’entendre sur la liste… or l’Allemagne pourrait préférer la prudence, craignant que Donald Trump ne surtaxe prochainement les automobiles étrangères.

Vendredi, après les habituels déjeuner de travail, photo de famille, séances de groupe et rencontres bilatérales, les sept dirigeants dîneront dans l’intimité d’un chalet québécois typique.

Une centaine de manifestants anti-capitalistes et anti-police ont tenté vendredi de bloquer une autoroute à la sortie de Québec avant l’intervention des forces de l’ordre. D’autres manifestations sont prévues à Québec, à 140 km de La Malbaie.

Samedi, le suspense diplomatique concernera la traditionnelle déclaration finale du sommet.

Au G7 en Italie, l’an dernier, la déclaration finale mentionnait pour la première fois l’exception américaine, en l’occurrence sur l’accord de Paris sur le climat. Depuis, au niveau ministériel, les Etats-Unis ont souvent refusé de signer un texte commun.

Si cette fois il n’y avait aucune déclaration commune, il est possible que Donald Trump s’en accommode parfaitement.

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