Washington accuse le Canada de «trahison» après le fiasco du G7

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U.S. President Donald Trump meets with Canada’s Prime Minister Justin Trudeau in a bilateral meeting at the G7 Summit in in Charlevoix, Quebec, Canada, June 8, 2018. REUTERS/Leah Millis

Les États-Unis ont accusé dimanche le Canada de « trahison » au cours du sommet du G7 qui s’est terminé sur un fiasco après la volte-face du président américain Donald Trump qui a menacé ses alliés de droits de douane alourdis.

Face à ce brusque revirement, la France a dénoncé l' »incohérence » de la délégation américaine tandis que l’Allemagne a accusé M. Trump de « détruire » la confiance des alliés à coups de tweets, même si, a insisté dans la soirée à la télévision la chancelière Angela Merkel, « ça n’est pas la fin » du G7.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau, cible des virulentes critiques américaines, a quant à lui pour l’instant choisi de ne pas répondre, mais sa ministre du Commerce Chrystia Freeland a dénoncé devant la presse les « attaques ad hominem » qui ne sont, a-t-elle martelé, ni « utiles », ni « productives ».

Samedi, dans l’avion qui l’emmenait à Singapour pour son sommet avec Kim Jong Un, Donald Trump a brusquement retiré son soutien au communiqué final du sommet de deux jours à La Malbaie (Québec, est du Canada), malgré le compromis forgé de haute lutte sur les questions commerciales quelques heures auparavant.

Après avoir couvert de louanges ses homologues du G7, Donald Trump a brusquement viré sa veste, niant sa signature dans la déclaration commune et en taxant Justin Trudeau de «malhonnête» et de «faible», entre autres épithètes peu flatteuses. Il a même menacé le Canada de s’en prendre à son industrie automobile en lui imposant des surtaxes comme il l’a déjè fait pour l’acier et l’aluminium.

Le président, un habitué des réactions épidermiques, réagissait à des déclarations de Justin Trudeau. Celui-ci avait répété que les nouveaux droits de douane imposés par les Etats-Unis au Canada sur l’acier et l’aluminium étaient « insultants », au regard de l’histoire entre les deux pays. Comme l’Union européenne, il a confirmé des représailles pour juillet.

Auparavant, le Premier ministre canadien avait salué le consensus trouvé par les sept (Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Japon). Un texte qui ne réglait pas le conflit en cours, mais qui était considéré comme un pas vers la désescalade et le dialogue.

« C’est une trahison, il nous a doublés, pas seulement le président Trump mais aussi les autres membres du G7 », a tonné dimanche Larry Kudlow, le principal conseiller économique de Donald Trump, qui a concentré ses attaques sur M. Trudeau.

« Il y a un siège réservé en enfer à tout dirigeant étranger qui s’engage dans une diplomatie de la mauvaise foi avec Donald Trump et tente de le poignarder dans le dos quand il s’en va », a renchéri le conseiller présidentiel pour le commerce, Peter Navarro.

– « Incohérence » et « inconsistance » –

Selon Larry Kudlow, la réaction du président américain était également destinée à ne pas « montrer de faiblesse » avant son sommet avec Kim Jong Un sur la dénucléarisation de la Corée du Nord.

Donald Trump est arrivé dimanche à Singapour, deux jours avant sa rencontre historique avec le dirigeant nord-coréen.

Le Premier ministre canadien, qualifié par M. Trump de personne « malhonnête et faible », s’est contenté de saluer sur Twitter un accord « historique » qui favorisera, notamment, « la prospérité des citoyens et l’économie ».

« C’est ce qui compte », a-t-il conclu.

La décision de Donald Trump de retirer par tweet son soutien au communiqué final a été une expérience « dégrisante et un peu déprimante », a commenté dimanche soir Angela Merkel, tandis que le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a accusé le président américain de « détruire très rapidement une quantité incroyable de confiance dans un tweet ».

« La coopération internationale ne peut dépendre de colères ou de petits mots », a pour sa part réagi la présidence française, dénonçant « l’incohérence » et « l’inconsistance » de la délégation américaine.

Le président russe Vladimir Poutine a quant à lui ironisé sur le « babillage inventif » des pays du G7, qu’il a invités à « se tourner vers les sujets concrets relevant d’une vraie coopération ».

A La Malbaie, le G7 a rejeté la proposition de Donald Trump de réintégrer dans le club la Russie, exclue en 2014 en raison de l’annexion de la Crimée, appelant Moscou à cesser de « saper les systèmes démocratiques ».

Surtout, le locataire de la Maison Blanche a réitéré sa menace de droits de douane accrus sur les voitures étrangères, notamment européennes, importées aux Etats-Unis. Un secteur qui pèse bien plus que les deux métaux jusqu’à présent frappés.

Unanimité au Canada contre les attaques de Trump

Au Canada, resserrant les rangs devant des propos aussi odieux, les politiques de tous les horizons ont dénoncé les attaques personnelles lancées par la Maison-Blanche contre le premier ministre Justin Trudeau.

Des personnes aussi diamétralement opposés à Justin Trudeau et à ses politiques qu’Andrew Scheer ou le premier ministre élu de l’Ontario, Doug Ford, se sont engagés solennellement à appuyer le gouvernement fédéral dans ses efforts à résoudre ce conflit avec les États-Unis.

L’ancien premier ministre Stephen Harper a pour sa part été jusqu’à remettre en cause «l’obsession de Donald Trump avec les relations commerciales avec le Canada» lors d’une entrevue qu’il a accordée à Fox News.

Selon le leader conservateur, Andrew Scheer, ce genre d’insultes n’aide en rien les relations entre deux pays qui sont des alliés depuis si longtemps. «On a toujours fait ce qu’on pouvait pour présenter un front uni lorsque vient le temps de parler des avantages de l’ALENA, lorsque vient le temps de parler des avantages du libre-échange, autant pour les Américains que pour les Canadiens».

Le comble, Doug Ford, décrit par certains comme le «Donald Trump canadien», s’est cette fois rangé du côté de Justin Trudeau, déclarant dimanche qu’il se tenait au coude-à-coude avec le premier ministre canadiens alors que des emplois sont en jeu dans sa province. «Ma priorité numéro 1 est de protéger des emplois en Ontario, particulièrement dans les secteurs de l’acier et de l’aluminium. Ce sera une priorité.Nous nous assoirons avec nos homologues fédéraux pour nous en occuper.»

Et la droite canadienne, traditionnellement libre-échangiste, n’est pas la seule à appuyer le premier ministre canadien. La chef du Parti vert Elizabeth May a jugé qu’il avait bien réagi aux «éclats et à l’intimidation» de Donald Trump et estimé que «tous les leaders canadiens doivent soutenir M. Trudeau».

Un député néo-démocrate, Charlie Angus, a pour sa part qualifié le comportement de Donald Trump de «lamentable». «Cet homme à l’esprit étroit n’est pas de taille à détenir une fonction élective. Le Canada ne doit pas être intimidé par cette crapule d’opérette.»

L’ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis, Derek Burney, a quant à lui conseillé gouvernement canadien et aux autres membres du G7 à rester calmes, disant espérer que les «dernières sottises» de Trump lui coûteront des appuis au Congrès et ailleurs aux États-Unis.

D’ici là, toutefois, il faudra apprendre à se méfier de ce président toujours prêt à dégainer à la moindre provocation, pour ne pas dire à la moindre contrariété, lui qui ne se prive pourtant pas d’écorcher les meilleurs alliés des États-Unis tout en louangeant les autocrates de ce monde.

Un président au comportement si étrange que le stratège démocrate Paul Begala en est arrivé hier à l’antenne de CNN à affirmer que la seule explication serait que le Kremlin possède de l’information compromettante sur Trump. Que cela soit vrai ou non, il n’en demeure pas moins inquiétant qu’on en soit arrivé à évoquer pareille hypothèse.

*Avec AFP

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