Yémen: les Emirats insistent sur un retrait des rebelles de Hodeida

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Le port de Hodeïda sur la mer Rouge au Yémen,tenu par les rebelles, est un point d’entrée clé pour l’aide des Nations Unies au Yémen déchiré par la guerre. (AFP/Archives/ABDO HYDER)

Les Emirats arabes unis, qui encadrent une offensive anti-insurgés à Hodeida au Yémen, ont insisté samedi sur un retrait inconditionnel des rebelles de cette ville clé pour l’entrée des importations et de l’aide humanitaire dans le pays en guerre.

Les Emirats sont un pilier d’une coalition de pays commandée par l’Arabie saoudite, intervenue en 2015 au Yémen pour aider le pouvoir à stopper la progression des rebelles chiites Houthis qui se sont emparés de vastes territoires dont la capitale Sanaa.

« La coalition gère sa campagne (militaire) à Hodeida avec retenue et responsabilité. La milice des Houthis qui tient en otages l’aide humanitaire et la population, doit se retirer sans condition du port et de la ville », a affirmé sur Twitter le ministre d’Etat des Emirats aux Affaires étrangères, Anwar Gargash.

Le 18 juin, M. Gargash avait déjà exigé un retrait « sans condition » des rebelles de cette ville de l’ouest du pays visée par une offensive des forces progouvernementales soutenues par la coalition.

Cette opération, lancée le 13 juin, a permis à ces forces de reprendre l’aéroport situé au sud de la ville et distant de 8 km du port.

Certaines sont arrivées par bus, d’autres en taxi mais toutes ces femmes déplacées à Sanaa ont du désarroi dans le regard. Elles disent avoir fui la ville de Hodeida pour ne pas exposer leurs enfants aux violences.

Fraîchement arrivées dans la capitale du Yémen en guerre, elles tentent de s’adapter à leur nouveau refuge, une école à la sortie sud de Sanaa, construite à l’ombre d’une montagne rocailleuse.

Ces Yéménites et leurs familles ont fui la ville portuaire clé de Hodeida, à 150 km plus au sud-ouest et cible depuis le 13 juin d’une offensive des forces progouvernementales qui veulent en déloger les rebelles Houthis.

« La situation était très, très mauvaise avec des bombardements, des raids aériens et des tirs de roquettes. Nous ne pouvions ni dormir, ni manger et on s’est ensuite enfui à Sanaa avec nos enfants », raconte Dorrah Ismaïl, une mère de famille.

Elle vient du « quartier des Indiens » situé à la périphérie sud de Hodeida proche de la ligne de front, non loin de l’aéroport de la ville, conquis mercredi par les forces progouvernementales soutenues dans leur opération par une coalition sous commandement saoudien.

Leur objectif est de contrôler le port de la ville, principal point d’entrée des importations du Yémen et de l’aide humanitaire tant nécessaire dans ce pays pauvre en proie à une guerre dévastatrice depuis 2015.

Ces forces n’ont pas néanmoins commencé un assaut sur la ville de 600.000 habitants, affirmant ne pas vouloir mettre en danger la population civile.

« C’est ma première fois à Sanaa et je le dois au conflit à Hodeida », ajoute Mme Ismaïl, mi-amère, mi amusée.

– Pas de quoi manger ou boire –

Selon le bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), plus de 30.000 personnes ont été déplacées depuis le 1er janvier, par les combats dans la province de Hodeida, dont 3.000 de la ville et chef-lieu éponyme.

« Toujours plus de gens fuient les zones de combat à la recherche d’un refuge dans des zones plus sûres, y compris la capitale Sanaa » contrôlée par les insurgés, a indiqué jeudi ce bureau.

« Ils (les Houthis) ont tiré sur nos maisons, coupé les rues et l’eau. On n’avait pas de quoi manger ou boire », déclare une autre déplacée qui se présente sous le nom d’Oum Ahmed et veut taire le nom de son quartier de Hodeida.

« Nous enfants avaient faim et n’arrêtaient pas de pleurer », dit-elle.

Dans la ville, les rebelles ont coupé les principaux axes avec des monticules de sable et ont creusé des tranchées, selon des habitants.

Le Conseil norvégien pour les réfugiés a indiqué que l’eau ne parvenait plus depuis mardi à plusieurs quartiers de la ville.

« Les habitants comptent désormais sur l’eau fournie par les mosquées », a ajouté l’ONG, exprimant son inquiétude face à une « situation d’urgence humanitaire à cause du choléra » qui a déjà fait plus de 2.000 morts en près d’un an au Yémen.

– « Pleurs des petits » –

« On était incapable d’envoyer quelqu’un au marché pour acheter de la nourriture en raison des tirs », renchérit Sabah Mohammed, une autre femme ayant fui Hodeida.

« On entendait des explosions et on ne pouvait pas dormir (…) J’ai décidé avec mes filles de quitter la ville. Je ne pouvais rien faire d’autre même si la taxi m’a coûté 32.000 riyals ».

Ce montant, soit environ 60 dollars, est équivalent au salaire mensuel moyen d’un fonctionnaire au Yémen.

En attendant d’être pris en charge par une ONG ou un service gouvernemental, les nouveaux déplacés, des membres d’environ 70 familles, ont pris place dans les salles de classe et les couloirs de l’école Abou Bakr al-Siddiq.

Des voisins leur ont apporté vivres, couvertures et vêtements, un signe de solidarité dans un pays pourtant éprouvé dans la guerre qui a fait près de 10.000 morts en plus de trois ans et provoqué une catastrophe humanitaire décrite par l’ONU comme la « pire au monde ».

Dans la cour de l’école, une femme déplacée avec ses enfants, se lamente: « On avait peur, pour nos enfants et pour nous-mêmes. Le bruit des avions déclenchait les pleurs des plus petits ».

Samedi, les Houthis ont continué de tirer au mortier sur l’aéroport et les forces progouvernementales ont riposté aux origine des tirs et à des snipers rebelles postés dans des quartiers proches, selon des sources militaires yéménites.

M. Gargash a assuré que « la coalition atteindra son objectif qui consiste à libérer la ville et le port. En attendant, elle soutiendra tous les efforts pour parvenir à un retrait pacifique et inconditionnel des gangs des Houthis ».

« Les informations sur le (déploiement) de snipers et du stockage d’armes dans des quartiers de Hodeida sont un argument supplémentaire pour demander un retrait inconditionnel des rebelles. Les civils ne doivent pas être utilisés comme boucliers humains », a-t-il dit.

L’émissaire de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, a indiqué qu’il poursuivait « des consultations avec toutes les parties pour éviter une confrontation militaire à Hodeida et revenir rapidement à des négociations ». Il est « confiant qu’un accord sera trouvé pour éviter toute escalade », selon son bureau.

Ryad et Abou Dhabi accusent les Houthis d’acheminer des armes iraniennes à travers le port de Hodeida. L’Iran chiite, principal rival régional de l’Arabie saoudite sunnite, dit soutenir les Houthis mais dément leur fournir des armes.

Depuis 2015, le conflit au Yémen a fait près de 10.000 morts. Le pays connaît « la pire crise humanitaire du monde », avec des millions de personnes au bord de la famine, selon l’ONU.

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