Afghanistan : enquête après une probable nouvelle bavure sur Kunduz

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L’hôpital de l’ONG Médecins sans Frontières avait été détruit par une frappe aérienne, le 3 octobre 2015 à Kunduz, en Afghanistan. (Archives/MSF/AFP/MSF)

Le gouvernement afghan a ordonné une enquête après qu’une opération militaire a fait « 14 morts et blessés » au sein de la population de la région stratégique de Kunduz, dans le nord de l’Afghanistan, a annoncé vendredi le ministère de la Défense.

Le ministère ne précise pas la nature de « l’opération » qui s’est déroulée jeudi matin, mais le gouverneur du district concerné a évoqué un « bombardement aérien des forces étrangères ».

« Nous avons reçu des informations indiquant qu’au cours d’une opération dans le district de Char Dara, à Kunduz, quatorze personnes ont été tuées et blessées parmi nos compatriotes. Une délégation de haut rang de l’armée et du gouvernement a été désignée pour mener l’enquête », a déclaré le ministère dans un communiqué.

Joint par l’AFP, le directeur de l’hôpital de Kunduz, Naeem Mangal, a fait état de douze morts dont « les corps ont été amenés à l’hôpital », affirmant que « toutes les victimes sont des femmes et des enfants ». Un correspondant de l’AFP qui s’est rendu sur les lieux a compté douze cadavres.

Les forces américaines à Kaboul ont confirmé à l’AFP avoir effectué un raid dans la zone « pour appuyer une opération au sol des forces afghanes ».

« Mais notre évaluation de ces frappes n’a pas montré la présence de victimes civiles », a ajouté un porte-parole, estimant que « les autorités afghanes en sauront plus dans les prochains jours ».

Au sein de la mission de l’Otan en Afghanistan, seuls les avions américains conduisent des frappes au nom de la lutte contre le terrorisme.

Selon le correspondant de l’AFP, le bombardement aérien ne fait pas de doute. Arrivé dans le village de Robat quelques heures plus tard, il a pu voir plusieurs maisons totalement détruites.

« Près de 40 villageois munis de pelles retiraient les corps des décombres. Il y avait de la poussière partout. J’ai moi-même compté douze corps », a-t-il raconté.

« Nous avons assez souffert. Treize personnes sont mortes, que des civils et que des femmes et des enfants », s’est lamenté Haji Shireen, 45 ans, qui a perdu plusieurs membres de sa belle-famille. « Si le gouvernement ne punit pas les coupables de ce raid, nous allons nous dresser contre lui et rejoindre les talibans », a-t-il menacé.

« Une délégation gouvernementale est arrivée sur place et a commencé son enquête pour savoir comment l’incident s’est produit et combien de personnes ont été tuées », a confirmé à l’AFP le porte-parole du gouverneur provincial, Naimatullah Taimor.

« Les forces étrangères mènent des raids aériens unilatéraux », a accusé Zalmai Farooqi, gouverneur du district de Char Dara. « Leurs opérations ne sont jamais coordonnées avec la police ni les forces armées. Et chaque fois les civils paient le prix fort. »

« Dans cette opération des femmes et des enfants sont morts en martyrs, mais ils n’ont tué aucun taliban », a-t-il dénoncé.

La province de Kunduz, dont les talibans contrôlent plusieurs districts, a été le théâtre de bavures récurrentes ces dernières années. La dernière en date, le 2 avril, a fait 36 morts dont 30 enfants et 71 blessés, selon un bilan établi par l’ONU.

Les forces aériennes afghanes avaient tiré des roquettes et à l’arme lourde sur un rassemblement religieux auquel participaient des centaines d’hommes et d’enfants du district de Dasht-e-Archi, sous contrôle taliban.

Les responsables gouvernementaux à Kaboul et Kunduz avaient d’abord nié la mort d’enfants.

En novembre 2016, 30 civils avaient péri dans une frappe menée en commun par l’armée afghane et les forces américaines sous mandat de l’Otan en périphérie de la ville de Kunduz.

La capitale régionale est par deux fois tombée brièvement aux mains des talibans, en septembre 2015 et 2016

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