Décès de trois élèves-officiers: le rapport final sort enfin

0
Cérémonie de fin d’année au Collège militaire royal du Canada, à Kingston. (Archives/CMRC)

Après presque un an d’enquête et deux ans après leur décès, trois élèves-officiers du Collège militaire royal du Canada se sont bien suicidés, selon un rapport sans appel qui révèle également que l’institution avait jusqu’à tout récemment des lacunes et des pratiques importantes et inquiétantes en tout ce qui touche la question du suicide.

Le rapport de près de 150 pages, très largement caviardé, a été commandé après une vague de décès suspects au Collège militaire royal du Canada, au printemps-été 2016.

Trois semaines avant la collation des grades en 2016, le 28 avril, c’est le jeune Harrison Kelertas, 22 ans, membre de l’escadron 4 Frontenac, qui a été retrouvé sans vie dans sa chambre du Collège militaire royal du Canada.

Quelques jours plus tard, c’est un de ses amis, Brett Cameron, 20 ans, également membre de l’escadron 4 Frontenac, qui disparaissait tragiquement, le 7 mai. L’élève-officier de 2e année devait être un des porteurs du cercueil de son ami.

Finalement, en plein cœur de l’été, c’est l’élève-officier Matthew Sullivan, 19 ans, qui décédait dans des circonstances troublantes. Le jeune homme se trouvait dans un «peloton d’attente», après avoir effectué sa première année au sein de l’escadron 2 La Salle. Mi-août, il venait de quitter le Collège pour sa ville natale de Saint-John (Nouveau-Brunswick) et se trouvait en congé annuel jusqu’au 23 août 2016, date de sa libération des Forces armées canadiennes pour raisons médicales.

Un seul décès, qu’il soit accidentel ou un acte volontaire, est tragique, mais cette série, à laquelle il ne faut pas oublier l’élève-officier Sage Fanstone, de l’escadron 12 Fraser, décédé en mai 2015 après s’être jeté du haut d’un bâtiment, dépasse le tragique pour devenir inquiétante.

Un des premiers points inquiétant la commission qui a rédigé le rapport est que la chaîne de commandement du Collège ne pouvait même pas dire avec certitude combien il y avait eu de tentatives de suicides entre janvier et juin 2016 et même ce qui constitue une tentative de suicide ou comment elle doit être traitée, rapportée et suivie.

Une autre constatation est l’utilisation de «veilles-suicides» avec d’autres étudiants, c’est à dire la surveillance par les pairs, et ce, même si des études ont démontré que de telles veilles augmentaient le risque de suicide chez les observateurs et que la branche médicale de l’armée les considérait déjà comme étant préoccupantes. Le rapport demande clairement que comme l’a d’ailleurs déjà dit le Médecin général des Forces, cette pratique doit cesser.

Même si des outils existent dans la prévention du suicide, le CMRC n’a pas de stratégie globale, constate encore la commission.

Un autre facteur aggravant: le Collège n’a pas de protocole existant pour réduire les effets d’un décès parmi les autres élèves-officiers restants.

Pourtant le phénomène est connu puisque les données canadiennes démontrent que 23% des jeunes entre 18 et 24 ans qui sont décédés l’ont été par suicide. C’est l’une des causes les plus importantes de morts chez ce groupe d’âge.

L’enquête a de plus été plus compliquée que prévue pour la commission, alors qu’elle-même a eu des difficultés d’accès à l’information et à la preuve, en particulier du Service national des enquêtes des Forces canadiennes, qui a été jusqu’à remettre en vertu de la Loi sur l’Accès à l’Information, des documents caviardés «malgré l’autorisation de la Commission de recevoir des éléments de preuve non expurgés».

Les détails pour chacun des trois décès sont totalement caviardés, mais il est certain que la pression vécue par les élèves-officiers est un des facteurs clés et que le fait de demander de l’aide aurait pu être à tort mal perçue par les pairs ou la chaîne de commandement.

La commission fait pas moins de de 53 recommandations, parmi elles:

  • Instaurer un environnement dans lequel les élèves-officiers demanderont de l’aide médicale sans craindre les préjugés ni les répercussions sur leur carrière.
  • Le CMR établira une stratégie de prévention du suicide propre au Collège qui tiendra compte des risques propres aux élèves-officiers du CMR, et une procédure pour réduire les risques dans ce groupe.
  • Le CMR cessera d’employer les élèves-officiers pour fournir des soins et de la supervision à d’autres élèves-officiers afin de les empêcher directement de se suicider.

En interview pour 45eNord.ca, le colonel Jean Bernier, commandant-adjoint du Collège militaire royal du Canada reconnaît que la profession militaire est difficile, mais avoir également une grande responsabilité envers celles et ceux qui s’engagent. « On s’est beaucoup améliorer au cours des dernières années. Il faut jamais s’arrêter de se questionner et on se doit d’évoluer pour une institution vieille de 142 ans », affirme-t-il.

Il rappelle que suite à la visite d’état-major spéciale et aux recommandations formulées dans le rapport, plusieurs initiatives ont été implémentées avec succès, comme la réouverture au sein même du Collège d’une clinique médicale offrant un accès à des services pour la santé mentale et la physiothérapie notamment.

Un nouveau Centre du succès a aussi été mis en place cette année et permet une centralisation de nombreux services, académiques, financiers, spirituels.

Pour sa part, le lieutenant-général Chuck Lamarre, commandant du Commandement du personnel militaire, estime « tragique » le décès de « ces jeunes gens, promis à un brillant avenir ». « En tant que parent et haut dirigeant au sein des Forces armées canadiennes, je suis sincèrement désolé de la perte subie par leurs proches et leurs amis, ainsi que par toutes les membres de la grande communauté des forces armées. »

Il indique avoir communiqué le contenu du rapport aux membres de la famille des trois élèves-officiers et avoir fait ainsi part des progrès réalisés quant à l’application des recommandations. « Nous espérons ainsi leur procurer un certain réconfort, même si cela ne compensera jamais la perte de leurs chers », déclare encore le lieutenant-général.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

Les commentaires sont fermés.