Des patriarches chrétiens du Moyen-Orient plaident pour un retour des chrétiens en Syrie

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Le pape copte Théodore II alors qu’il visitait le Colisée à Rome en mai 2013. (Archives/M.MIGLIORATO/CPP/CIRIC)

Des patriarches chrétiens de Syrie et du Liban sont venus à Bari (sud de l’Italie) pour appeler à une aide internationale au retour des réfugiés syriens dans leur pays, saisissant l’occasion d’une rencontre au sommet samedi avec le pape François.

Le pape argentin et presque tous les patriarches orthodoxes et catholiques des Églises du Moyen-Orient se sont retrouvés samedi dans la ville portuaire pour montrer leur solidarité avec les chrétiens d’Orient.

François les a accueilli chaleureusement sur le parvis de la basilique où se trouvent les reliques de Saint Nicolas de Myre (Turquie actuelle), mort au IVè siècle et vénéré par orthodoxes et catholiques. Ils ont ensuite prié ensemble sur le front de mer, où des solistes ont chanté en arabe et en araméen (un dialecte syriaque proche de la langue parlée au commencement du christianisme).

Le pape a exprimé ses craintes de voir « effacée » la présence des chrétiens au Moyen-Orient, « défigurant le visage même de la région », un effacement opéré « dans le silence de beaucoup et avec la complicité de beaucoup ».

« Nous voulons être une voix qui lutte contre l’homicide de l’indifférence », a-t-il lancé, évoquant une région « carrefour de civilisations et berceau des grandes religions monothéistes », abritant « les racines de nos âmes ».

Le pourcentage de chrétiens au Moyen-Orient est passé de 20% avant la Première guerre mondiale, à 4%, estime le Vatican.

Les dignitaires religieux se sont ensuite retirés à huis clos pour parler des questions brûlantes de la région.

Pour le cardinal libanais Béchara Raï, le patriarche des maronites, les États occidentaux doivent désormais « encourager » les réfugiés syriens à rentrer en Syrie, « un droit de citoyen » qui doit être séparé du volet politique.

Les gouvernements doivent « aider financièrement les gens chassés de leur terres à réparer leurs maisons » au lieu de « répéter qu’il n’y a pas la paix » au moment où « les bombardements sont extrêmement localisés », a expliqué ce prélat à l’AFP.

Pour lui, le Liban, rare pays de pluralité culturelle et religieuse de la région, est en train d’être « sacrifié » pour avoir ouvert solidairement ses portes à 1,750 million de réfugiés syriens, essentiellement musulmans, pour une population totale de 4 millions. « Ces réfugiés qui vivent misérablement constituent un champ fertile pour le recrutements du terrorisme », a-t-il prévenu.

Ses interlocuteurs catholiques et orthodoxes de Syrie interrogés par l’AFP, prônent une aide au retour des chrétiens réfugiés dans des pays limitrophes, à l’instar de l’archevêque grec-catholique d’Alep, Mgr Jean-Clément Jeanbart. « Le régime est une chose, le terrain une autre », confie cet homme qui n’a jamais abandonné sa ville bombardée.

Il a lancé une campagne intitulée « Alep vous attend », finançant les retours des chrétiens grâce à des bienfaiteurs suisses.

Les chrétiens d’Orient, dont le Pape a dit samedi craindre l’effacement de la présence dans une région où ils sont enracinés depuis les débuts du christianisme, sont des communautés minoritaires, confrontées à des conflits régionaux et à des attaques jihadistes.

Le pourcentage de chrétiens au Moyen-Orient est passé de 20% avant la Première Guerre mondiale, à 4%, selon le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’union des chrétiens.

Les coptes orthodoxes constituent la communauté chrétienne la plus nombreuse du Moyen-Orient et l’une des plus anciennes.

Ils représentent 10% des plus de 96 millions d’Egyptiens et sont présents dans tout le pays, avec des concentrations plus fortes dans le centre. Ils sont faiblement représentés au gouvernement et se disent marginalisés.

Les coptes sont depuis longtemps la cible de violences, aggravées depuis l’apparition d’organisations jihadistes comme le groupe Etat islamique (EI).

Depuis décembre 2016, plus d’une centaine de personnes sont mortes dans des attaques anti-chrétiennes revendiquées par l’EI.

En avril 2017, les coptes ont été visés lors d’attaques par des kamikazes contre deux églises qui ont fait 45 morts, en pleine célébration du dimanche des Rameaux, conduisant les autorités à déclarer l’Etat d’urgence. Le mois suivant, 28 pèlerins chrétiens se rendant dans un monastère ont été tués dans un attentat contre leur bus.

La communauté copte soutient le président Abdel Fattah al-Sissi, qui a fait du retour de la sécurité sa priorité.

Les chaldéens représentent la majorité des chrétiens d’Irak.

L’Irak comptait 1,5 million de chrétiens avant la chute de Saddam Hussein en 2003 et depuis la communauté s’est réduite, pour s’établir entre 400.000 et 500.000 personnes, selon le patriarche de l’Eglise catholique chaldéenne, Louis Raphael Sako, nommé cardinal par le pape fin juin.

Beaucoup de chrétiens irakiens ont fui les violences qui ont ensanglanté leur pays depuis 15 ans.

Qaraqosh, qui était la plus grande agglomération chrétienne d’Irak, a été reprise à l’EI en octobre 2016.

En Syrie, les chrétiens représentaient entre 5 et 9% des 22 millions d’habitants avant la guerre déclenchée en 2011.

Mais selon l’évêque chaldéen d’Alep, Mgr Antoine Audo, la moitié des 1,5 million de chrétiens de Syrie auraient quitté le pays, fuyant la guerre.

Les chrétiens ont très souvent essayé de se tenir à l’écart du conflit, mais nombre d’entre eux ont pris le parti du président Bachar al-Assad, notamment par crainte de l’islamisme de certains groupes rebelles.

Ils ont été pris pour cibles par le groupe jihadiste Etat islamique (EI), qui a eu recours aux enlèvements de masse et à la destruction d’églises avant qu’il ne soit chassé de tous les centres urbains d’Irak en 2017.

Les chrétiens libanais, essentiellement maronites, sont la deuxième plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient. Le Liban, où le partage du pouvoir est fondé sur des quotas communautaires, est le seul pays de la région à être traditionnellement dirigé par un président chrétien.

Depuis l’indépendance en 1943, le système politique garantit une parité entre musulmans et chrétiens, alors que la communauté chrétienne est devenue minoritaire au fil des décennies. Elle représente aujourd’hui moins de 35% de la population, même si aucune statistique officielle n’est publiée à ce sujet en raison de la sensibilité de la question.

En Cisjordanie occupée et à Jérusalem, on dénombre près de 50.000 chrétiens, principalement implantés à Bethléem et Ramallah.

Lieu de naissance du Christ selon la tradition, Bethléem, à majorité chrétienne il y a un demi-siècle, est aujourd’hui à majorité musulmane. Mais les chrétiens ont un rôle central dans d’importants secteurs de l’économie palestinienne.

Dans la bande de Gaza, leur nombre est en baisse régulière, notamment depuis la prise du pouvoir par le mouvement islamiste Hamas en 2007.

Israël compte environ 160.000 chrétiens (2% de la population), dont près de 80% appartiennent à la minorité arabe formée des descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d’Israël en 1948.

Les chrétiens représentent 6% de la population jordanienne, évaluée à 9,5 millions d’habitants. Des chrétiens occupent des postes importants et cette communauté a droit à une représentation parlementaire.

– « Aidez-nous chez nous! » –

Sur 170.000 chrétiens de la ville avant la guerre (11 dénominations différentes), il en reste peut-être 60.000, calcule-t-il, jugeant que ceux partis en Occident ne reviendront pas.

Malgré les critiques, le régime syrien « a le mérite d’insister sur la laïcité, le pluralisme et l’égalité de tous les citoyens », dans un pays mosaïque d’ethnies et de confessions, juge-t-il. Car la seule alternative, selon lui, est « un régime fondamentaliste musulman » dans un pays non préparé à la démocratie à l’occidentale.

« Ce qui m’empêche de dormir c’est l’exode, le plus grand mal qui soit pour notre Église et notre pays », confie-t-il, ému, en jugeant qu’il n’est plus opportun d’organiser des « corridors humanitaires » vers l’Europe.

« Certains pensent qu’avec un visa ils ont un billet pour le ciel, mais ils vont être un numéro parmi des dizaines de milliers de réfugiés. Maintenant que la sécurité est revenue, aidez-nous chez nous! », lance-t-il.

Le patriarche syrien-orthodoxe Ignace Ephrem II, qui vit à Damas, juge que « l’Occident a été trop obnubilé par un changement de régime ».

« En tant que chrétiens nous avons le sentiment d’avoir été abandonnés », résume-t-il, « les programmes d’aides gouvernementales internationales ne nous parviennent pas, au lieu de nous aider, on nous accuse d’être des suppôts du gouvernement ».

A l’issue de leur rencontre à huis clos, le pape a prôné « la paix ».

« Cela suffit, l’occupation de terres qui lacèrent les peuples! », a-t-il dit, « cela suffit, l’utilisation du Moyen-Orient à des profits étrangers! ».

« Nous pensons à la Syrie martyrisée, en particulier à la province de Deraa », a précisé François.

Une offensive militaire de Damas, lancée le 19 juin, a fait au moins 325.000 déplacés, selon l’ONU, dans cette région du sud de la Syrie. Un cessez-le feu a toutefois été scellé vendredi permettant le retour des déplacés.

Le pape et les patriarches d’Orient, rejoints par des enfants, ont ensuite lâché des colombes dans le ciel.

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