Embargo sur le pétrole iranien: «pure imagination» des É.-U. pour le président iranien

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Le président iranien Hassan Rouhani lors d’une conférence de presse, le 17 janvier 2016 à Téhéran. (Archives/AFP/ATTA KENARE)

Le président iranien Hassan Rohani a affirmé mardi que les États-Unis ne pourront jamais empêcher l’Iran d’exporter son pétrole, en qualifiant l’annonce du département d’État américain de «pure imagination».

Depuis leur retrait en mai de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015, les États-Unis ont annoncé le rétablissement de sanctions contre l’Iran et veulent notamment «réduire à zéro» ses revenus tirés de ses ventes de pétrole brut, comme l’a annoncé lundi le directeur politique du département d’État, Brian Hook.

«Ce sont en fait des propos exagérés qui ne pourront jamais se réaliser», a répondu le président iranien, lors d’une conférence de presse à Berne avec le président de la Confédération helvétique, Alain Berset.

«Un tel scénario signifierait de la part des États-Unis d’imposer une politique impérialiste en violation flagrante des lois et règlements internationaux», a ajouté M. Rohani.

«Il s’agit vraiment de pure imagination, infondée, injuste, qu’un jour, tous les producteurs de pétrole soient autorisés à exporter leur pétrole, sauf l’Iran», a-t-il conclu.

Brian Hook a confirmé lundi le rétablissement de sanctions américaines contre le secteur automobile, le commerce de l’or et autre métaux précieux avec l’Iran dès le 6 août. Il a également annoncé des sanctions contre les transactions liées au pétrole et avec la banque centrale iranienne à partir du 4 novembre.

Washington a par ailleurs menacé de punir les entreprises étrangères qui feront affaire avec Téhéran.

Le responsable du département d’État a ajouté que les États-Unis étaient «confiants qu’il existe une capacité mondiale suffisante pour la production supplémentaire de pétrole».

«Les sanctions aveugles imposées contre une grande nation sont en soi la plus grande violation des droits de l’homme que l’on puisse imaginer», a affirmé le président Rohani lors de sa conférence de presse conjointe.

Les ministres des Affaires étrangères des cinq États membres de l’accord sur le nucléaire iranien se réuniront vendredi à Vienne pour la première fois depuis le retrait des États-Unis de ce pacte en mai, a rapporté mardi l’agence officielle iranienne Irna.

« Lors de cette réunion seront discutés l’ensemble de propositions de l’Union européenne (pour répondre aux garanties demandées par l’Iran) et les moyens de préserver (l’accord) après le retrait des États-Unis », a ajouté Irna.

L’accord international sur le nucléaire avait été conclu à Vienne en juillet 2015 entre l’Iran et le Groupe 5+1 (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie et Allemagne), puis validé par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies.

Selon Irna, la réunion de vendredi doit se tenir sous l’égide de la Commission conjointe de l’accord sur le nucléaire iranien. Présidée par l’UE, cette instance est chargée d’assurer le suivi de l’application de l’accord.

Sa dernière réunion, au niveau des ministres délégués, s’était tenue le 25 mai à Vienne.

L’administration de Donald Trump a annoncé le 8 mai le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord conclu sous son prédécesseur Barack Obama. Ce retrait a ouvert la voie à un renforcement des sanctions américaines contre la République islamique d’Iran.

Les autres partenaires de l’Iran au sein de cet accord proclament leur volonté d’aller de l’avant sans les Etats-Unis et de maintenir l’adhésion de Téhéran à ce pacte.

Mais l’Iran a demandé aux Européens de lui fournir un ensemble de garanties économiques qui lui permettraient de continuer à observer l’accord.

L’accord de Vienne a permis de sortir l’Iran de son isolement en levant temporairement une partie des sanctions économiques internationales le visant. En échange, il a accepté de brider drastiquement son programme nucléaire et s’est engagé solennellement à ne jamais chercher à acquérir la bombe atomique.

L’Iran a menacé de reprendre une partie des activités nucléaires qu’il a mises en sommeil si ses demandes ne sont pas satisfaites.

Il a ajouté que l’Iran et la Suisse étaient «d’accord pour dire que l’accord nucléaire a été vraiment un acquis important et il est dans l’intérêt du monde entier que cet accord soit préservé pour la paix internationale».

«Tant que nos intérêts seront respectés dans le cadre de l’accord nucléaire et tant que l’Iran pourra profiter des avantages (prévus par l’accord), nous resterons dans cet accord», a-t-il répété.

Le président iranien, arrivé lundi en Suisse, a eu deux séries d’entretiens avec le président Berset, consacrés aux questions bilatérales, mais aussi à l’accord nucléaire. Il doit ensuite se rendre mercredi à Vienne.

«Nous sommes tous conscients que le retrait annoncé par les États-Unis risque de freiner ou de remettre en cause les progrès réalisés», a regretté M. Berset.

«Du point de vue de la Suisse, cet accord a été un succès sans précédent. Mais il y a aujourd’hui une certaine insécurité que nous souhaitons diminuer», a-t-il ajouté.

Le président de la Confédération helvétique a par ailleurs relevé que la question des droits de l’homme avait été abordée lors de ses entretiens.

«Nous avons un dialogue franc et ouvert. Nous souhaitons le poursuivre (…) même quand nous ne sommes pas du même avis», a-t-il dit, évoquant notamment le droit à l’existence d’Israël.

Sur ce point, le président Rohani lui a répondu que l’Iran «considère le régime sioniste comme illégitime».

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