Indignation aux États-Unis face aux égards de Trump pour Poutine

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Poignée de main entre Donald Trump et Vladimir Poutine le 16 juillet 2018 à Helsinki. (SPUTNIK/AFP/Aleksey Nikolskyi)

Les propos de Donald Trump aux côtés de Vladimir Poutine ont scandalisé lundi la classe politique américaine jusque dans les rangs républicains, où l’on s’inquiète de la « faiblesse » affichée par le président des Etats-Unis, accusé de traiter son homologue russe en allié plutôt qu’en adversaire.

Comme souvent, l’un des plus virulents a été le sénateur républicain John McCain. Cet élu respecté a dénoncé l' »un des pires moments de l’histoire de la présidence américaine ».

« Il est clair que le sommet d’Helsinki était une erreur tragique », a-t-il estimé dans un communiqué au vitriol, jugeant que la conférence de presse commune des deux hommes au terme de leur rencontre dans la capitale finlandaise était l’une « des performances les plus honteuses d’un président américain ».

Washington, D.C. – U.S. Senator John McCain (R-AZ), Chairman of the Senate Armed Services Committee, released the following statement today on President Trump’s meeting and press conference with Vladimir Putin in Helsinki:

“Today’s press conference in Helsinki was one of the most disgraceful performances by an American president in memory. The damage inflicted by President Trump’s naiveté, egotism, false equivalence, and sympathy for autocrats is difficult to calculate. But it is clear that the summit in Helsinki was a tragic mistake.

“President Trump proved not only unable, but unwilling to stand up to Putin. He and Putin seemed to be speaking from the same script as the president made a conscious choice to defend a tyrant against the fair questions of a free press, and to grant Putin an uncontested platform to spew propaganda and lies to the world.

“It is tempting to describe the press conference as a pathetic rout – as an illustration of the perils of under-preparation and inexperience. But these were not the errant tweets of a novice politician. These were the deliberate choices of a president who seems determined to realize his delusions of a warm relationship with Putin’s regime without any regard for the true nature of his rule, his violent disregard for the sovereignty of his neighbors, his complicity in the slaughter of the Syrian people, his violation of international treaties, and his assault on democratic institutions throughout the world.

“Coming close on the heels of President Trump’s bombastic and erratic conduct towards our closest friends and allies in Brussels and Britain, today’s press conference marks a recent low point in the history of the American Presidency. That the president was attended in Helsinki by a team of competent and patriotic advisors makes his blunders and capitulations all the more painful and inexplicable.

“No prior president has ever abased himself more abjectly before a tyrant. Not only did President Trump fail to speak the truth about an adversary; but speaking for America to the world, our president failed to defend all that makes us who we are—a republic of free people dedicated to the cause of liberty at home and abroad. American presidents must be the champions of that cause if it is to succeed. Americans are waiting and hoping for President Trump to embrace that sacred responsibility. One can only hope they are not waiting totally in vain.”

Debout face aux journalistes avec le maître du Kremlin, le locataire de la Maison Blanche s’en est pris à l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016. Il a semblé mettre sur le même plan les conclusions du renseignement américain en ce sens et les dénégations de Vladimir Poutine.

Une telle attitude n’a pas trouvé beaucoup de défenseurs à Washington, au sein d’une classe politique globalement hostile à Moscou. D’autant que l’issue du sommet était scrutée à la loupe, tant planait sur le milliardaire républicain le soupçon de vouloir se réconcilier à tout prix avec le président russe, pour concrétiser une promesse électorale qui butait jusque-là sur l’enquête Mueller et sur les soupçons de collusion entre son équipe de campagne et le Kremlin.

« Il n’y a pas moralement d’équivalence entre les Etats-Unis et la Russie, qui demeure hostile à nos idéaux », a réagi le chef de file des républicains au Congrès, Paul Ryan, appelant Donald Trump à « réaliser que la Russie n’est pas notre alliée ». Le président de la Chambre des représentants a tenu à écarter tout « doute »: « la Russie a interféré dans notre élection et continue à tenter de fragiliser la démocratie ici et dans le monde ».

Il avait quitté Washington remonté, avec l’envie d’en découdre avec les alliés de l’Amérique et de « bien s’entendre » avec la Russie.

Le déplacement de Donald Trump en Europe, qui s’est achevé lundi, fut un incroyable tourbillon dont il est difficile de dégager une ligne directrice ou une cohérence.

Nicholas Burns, ancien diplomate et professeur à Harvard, a parlé du « voyage le plus chaotique et destructeur » jamais effectué par le président américain.

A bord d’Air Force One, dans la salle de conférence de presse de l’OTAN ou dans les salons du palais présidentiel d’Helsinki, un sentiment d’improvisation dominait.

Bruxelles, Londres, Helsinki: les semaines et mois à venir diront jusqu’où ces sept jours auront distendu – ou irrémédiablement abîmé – les liens transatlantiques.

Reste pour l’heure un périple présidentiel qui renforce l’impression tenace qu’aucune voix – ministres ou conseillers – ne pèse véritablement dans l’équipe Trump, à part celle de Trump lui-même.

L’impression aussi d’un président qui s’est enhardi, fonce sans retenue ou presque, porté par la fidélité à toute épreuve de sa base électorale qui raffole de « L’Amérique d’abord ».

Retour en quatre temps sur un voyage pas comme les autres.

– Coup de sang au petit déjeuner

La journée débute a priori paisiblement dans un salon de la résidence de l’ambassadeur États-Unis en Belgique par un petit déjeuner entre Donald Trump et le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg.

Le locataire de la Maison Blanche lance d’emblée unE charge d’une violence inouïe contre ses alliés. Dans le viseur ? L’Allemagne, accusée d’être « totalement contrôlée par la Russie ».

Le malaise est palpable, les visages de figent, Ses conseillers ne bronchent pas, comme tétanisés.

Stoltenberg tente un ton conciliant, explique que la force de l’Otan est précisément, malgré les « différences » entre ses 29 membres, de rester unis. Trump se cabre, insiste, en rajoute.

Quelques heures plus tard, il évoque sans sourciller sa « très très bonne relation » avec « Angela ».

Le ton de la deuxième tournée européenne du 45e président des Etats-Unis est donné.

– Feux d’artifice à l’Otan

Au deuxième jour du sommet de l’Otan, des rumeurs font état de la menace qu’aurait formulé le président américain de quitter l’Alliance.

L’atmosphère est tendue.

Le « génie très stable » comme il se qualifie lui même, explique, au cours d’une conférence de presse tourbillonnante où il bondit d’un sujet à l’autre sans crier gare, que sa « fermeté » a payé.

Il vante des « progrès extraordinaires ». « Maintenant, nous sommes très heureux et nous avons une Otan très très forte, plus forte qu’elle ne l’était il y a deux jours ».

Sur le papier pourtant, les objectifs et le calendrier n’ont pas bougé, les engagements des pays membres restent identiques: consacrer 2% de leur PIB aux dépenses de défense d’ici à 2024.

Il expliquera plus tard qu’en dépit de quelque tensions initiales, il n’y avait que de « l’amour » dans la pièce.

– La bombe du Sun

« J’aurais fait les choses différemment. J’ai dit à Theresa May comment procéder (…) mais elle ne m’a pas écouté ».

Nombre de Britanniques s’étranglent à la lecture de l’entretien que le président américain a accordé au tabloïd The Sun, publié au moment où s’achève le diner donné à son honneur par Mme May dans le cadre somptueux du palais de Blenheim, près d’Oxford.

Le lendemain, lors d’une conférence de presse houleuse, il s’attaque aux médias avec une violence redoublée, déplore que « choses gentilles » n’aient pas été mises en titre.

L’étape anglaise sera une succession de faux-pas, ou de provocations, suivant les interprétations.

Comme lorsque sa porte-parole tweete une photo de lui à Chequers, la résidence de campagne des Premiers ministres britanniques, assis dans le fauteuil de Winston Churchill, avec un air satisfait, dans une posture de défi.

Comme une revanche, Theresa May attendra qu’il soit parti jouer au golf en Ecosse pour expliquer calmement que Trump lui avait recommandé… d’attaquer l’UE en justice. Et de souligner que le conseil n’a pas été retenu.

– Le fiasco d’Helsinki

Le pari était osé. Un tête-à-tête, sans conseillers, avec Vladimir Poutine, le dirigeant que les services du renseignement américain accusent d’ingérence dans campagne présidentielle.

L’étrange conférence de presse qui a suivi a tourné au fiasco pour Donald Trump qui, d’approximations en questions alambiquées, a donné l’impression de prendre le parti de l’homme fort du Kremlin contre les agences de renseignement de son pays.

Avant même qu’Air Force One ne quitte la paisible capitale finlandaise, les réactions indignées fusaient déjà à Washington, y compris au sein de son propre parti.

Donald Trump avait prédit que l’étape finlandaise serait « la plus facile » de son périple. Il y est apparu en position de faiblesse face à un Poutine redoutablement habile et sûr de son fait.

Elle pourrait, in fine, lui coûter cher politiquement.

– « Incroyable capitulation » –

Pour le sénateur républicain Lindsey Graham, souvent en phase avec Donald Trump, ce dernier a « raté une occasion » de « lancer un avertissement ferme au sujet des prochains scrutins », et cela « sera considéré par la Russie comme un signe de faiblesse ».

D’autres membres du Sénat sont allés plus loin, qualifiant ses propos de « honte » comme Jeff Flake, ou, comme le président de la commission des Affaires étrangères Bob Corker, estimant que Vladimir Poutine était sorti « largement gagnant » de ce sommet.

De manière plus attendue, l’opposition démocrate a aussi vivement condamné le comportement du président des Etats-Unis.

« C’est de la folie », a attaqué l’ex-secrétaire d’Etat John Kerry, dénonçant une attitude « indéfendable ». « Irréfléchi, dangereux et faible », a renchéri le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer.

« Qu’est-ce qui peut bien pousser Donald Trump à mettre les intérêts de la Russie au-dessus de ceux des Etats-Unis ? », a-t-il questionné. Selon lui, « des millions d’Américains vont continuer à se demander si la seule explication possible à ce comportement dangereux est la possibilité que le président Poutine possède des informations nuisibles au président Trump ».

Mais au-delà d’Helsinki, c’est toute la tournée présidentielle en Europe, au cours de laquelle Donald Trump a étalé ses critiques vis-à-vis de ses alliés avant d’afficher une certaine entente avec Vladimir Poutine, qui « a été un doigt d’honneur géant » à l’égard « de son propre pays », de l’avis du sénateur démocrate Chris Murphy.

La communauté du renseignement est aussi montée au créneau.

L’actuel directeur du renseignement Dan Coats a défendu dans un bref communiqué les évaluations « claires » de ses services sur une ingérence russe dans la présidentielle de 2016 et sur les « efforts en cours » de Moscou pour « saper » la démocratie américaine.

Son prédécesseur James Clapper a lui carrément dénoncé sur CNN « une incroyable capitulation » du président des Etats-Unis, qui « semblait intimidé par Vladimir Poutine ».

Quant à l’ex-patron de la CIA John Brennan, en poste sous la présidence démocrate de Barack Obama, il a estimé que la « performance » de Donald Trump à Helsinki n’était « rien de moins qu’un acte de trahison ».

Lors de son vol de retour d’Helsinki, le président américain a tenté d’apaiser la controverse en clamant sur Twitter son « IMMENSE confiance » dans les agents du renseignement, tout en réaffirmant sa volonté de tourner la page.

Une ressortissante russe a été arrêtée pour avoir tenté d’influencer en secret des organisations politiques américaines au profit de la Russie, notamment la NRA, le puissant lobby pro-armes, a annoncé lundi la justice américaine.

L’annonce est intervenue quelques heures après le sommet entre les présidents américain Donald Trump et russe Vladimir Poutine à Helskini, où M. Trump a semblé exonérer son homologue des accusations de la justice américaine sur l’ingérence de Moscou dans la présidentielle de 2016.

Mariia Butina, 29 ans, est accusée d’avoir agi « en tant qu’agente d’un responsable d’un gouvernement étranger » pour « infiltrer des organisations » politiques « en vue de promouvoir les intérêts de la Fédération de Russie », détaille l’acte d’accusation, qui fait référence à une « organisation militant pour le droit au port d’arme ».

La jeune femme n’aurait pas révélé officiellement, comme le requiert la loi, qu’elle travaillait pour le gouvernement russe.

Mariia Butina a comparu lundi devant un tribunal de Washington, au lendemain de son arrestation.

Entrée aux Etats-Unis en 2016 pour suivre des cours à l’Université américaine (UA) dans la capitale fédérale, elle est accusée d’avoir travaillé entre 2015 et 2017 pour un haut responsable du gouvernement russe, identifié par la presse américaine comme Alexandre Torchine.

Ce responsable politique et banquier proche du président Poutine est sous le coup de sanctions américaines. Il serait également « membre à vie » de la National Rifle Association (NRA), le premier lobby des armes américain, largement favorable au parti républicain.

En mai 2016, M. Torchine avait rencontré Donald Trump Jr., le fils aîné du président américain, lors d’un évènement organisé par la NRA.

Mariia Butina aurait aussi été, selon la presse américaine, membre d’une organisation pro-armes russe, le « Droit aux armes ». Sur les réseaux sociaux, la jeune femme aux longs cheveux roux apparaît souvent l’arme à la main. Elle a aussi été photographiée avec l’ancien président de la NRA, David Keene, et le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker.

Selon l’accusation, Mariia Butina et Alexandre Torchine ont tenté de développer des relations avec des responsables politiques américains pour créer des « canaux officieux » de communication qui pourraient « être utilisés par la Fédération de Russie pour pénétrer dans l’appareil décisionnaire national ».

Il s’agissait d’assister aux conférences de la NRA pour établir des contacts avec des responsables républicains ou d’organiser des dîners « d’amitié et de dialogue » en vue de favoriser une « diplomatie informelle » pour réchauffer des relations très tendues entre les deux puissances.

L’administration Trump est embarrassée depuis plus d’un an par une enquête sur l’ingérence de la Russie dans l’élection de novembre 2016. Le procureur spécial Robert Mueller tente également de déterminer s’il y a eu collusion entre l’équipe de campagne de M. Trump et des responsables russes pour favoriser la victoire du candidat républicain. Aucune preuve de collusion n’a été révélée et Donald Trump dénonce une « chasse aux sorcières ».

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