Syrie: le Canada va accueillir 50 Casques blancs et leurs familles

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Un membre des Casques blancs pleure ses collègues lors de funérailles à Sarmin en Syrie, le 12 août 2017. (Archives/AFP/OMAR HAJ KADOUR)

Le Canada va accueillir jusqu’à 50 Casques blancs évacués de Syrie ainsi que les membres de leurs familles, a annoncé dimanche le ministère des Affaires étrangères.

Plus de 400 Casques blancs, secouristes volontaires dans les zones rebelles en Syrie, et membres de leurs familles ont été évacués dans la nuit par Israël vers la Jordanie alors qu’ils semblaient pris au piège face à l’offensive du régime dans le sud syrien.

Soulignant qu’un groupe de pays s’est « engagé à réinstaller un certain nombre de membres des Casques blancs », une porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères, Elizabeth Reid, a déclaré que le Canada réinstallerait « jusqu’à 50 membres des Casques blancs ainsi que leurs familles, et travaille avec la communauté internationale pour évaluer les autres besoins potentiels ».

La chaîne publique CBC a précisé que le total des personnes accueillies par le Canada pourrait atteindre 250.

Le Premier ministre Justin Trudeau s’était entretenu samedi au téléphone avec son homologue israélien Benjamin Netanyahu « de la sécurité dans la région et de l’évacuation des Casques blancs de Syrie », a rapporté dimanche son bureau dans un communiqué.

La cheffe de la diplomatie canadienne Chrystia Freeland a souligné de son côté un peu plus tôt qu’Ottawa menait, « en étroite collaboration avec le Royaume-Uni et l’Allemagne, un effort international afin d’assurer la sécurité des Casques blancs et de leurs familles ».

« Le Canada appuie les Casques blancs sans équivoque. Lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères dans le cadre du sommet des dirigeants de l’Otan tenu à Bruxelles il y a une semaine, j’ai recommandé que les dirigeants fassent preuve de leadership à l’échelle mondiale pour appuyer et aider ces héros », a-t-elle dit dans une déclaration.

« Le Canada est un partenaire-clé des Casques blancs, et il est fier de leur avoir fourni du financement en soutien à leur formation d’urgence et en vue d’augmenter le nombre de femmes qui en font partie. Nous ressentons une responsabilité morale profonde envers ces personnes qui font preuve de bravoure et d’altruisme », a ajouté la ministre, en assurant que son pays continuerait à « fournir de l’aide humanitaire significative aux personnes affectées par le conflit en Syrie ».

Le gouvernement de Justin Trudeau a accueilli plus de 40.000 réfugiés syriens depuis novembre 2015.

L’évacuation des Casques blancs intervient alors que le pouvoir de Bachar al-Assad est sur le point, avec l’aide de son allié russe, de reprendre aux rebelles les derniers secteurs qu’ils contrôlent dans le sud syrien –notamment dans la province de Qouneitra qui borde la partie du Golan occupée par Israël.

Cette mesure a été réclamée par la Grande-Bretagne, l’Allemagne et le Canada, trois pays qui ont apporté un soutien aux Casques blancs, devenus célèbres pour leurs opérations de sauvetage dans les zones rebelles de Syrie où le conflit a fait plus de 350.000 morts depuis 2011.

À Londres, le chef de la diplomatie britannique Jeremy Hunt et la ministre du Développement international Penny Mordaunt ont affirmé que les Casques blancs avaient été « la cible d’attaques ». « Nous avons estimé (…) que les volontaires avaient besoin d’une protection immédiate », ont-t-il ajouté dans un communiqué conjoint.

À Berlin, une source diplomatique a confirmé à l’AFP que « l’Allemagne participera avec plusieurs partenaires internationaux à l’accueil des Casques blancs évacués ». Depuis 2016, Berlin a financé le groupe à hauteur de 12 millions d’euros, selon la même source.

Samedi matin, la radio militaire israélienne a annoncé que 800 Syriens, des membres des Casques blancs et leur famille, avaient été évacués vers Israël puis transférés en Jordanie, sans préciser la date de l’opération.

Les autorités d’Amman ont indiqué de leur côté avoir autorisé l’ONU à organiser « le passage d’environ 800 citoyens syriens à travers la Jordanie pour qu’ils soient réinstallés dans des pays occidentaux après une demande (…) de la Grande-Bretagne, l’Allemagne et du Canada », selon le porte-parole des Affaires étrangères, Mohammed al-Kayed.

Interrogé par l’AFP, le chef des Casques blancs, Raëd Saleh, a confirmé qu' »un certain nombre de bénévoles », sans donner leur nombre, « avaient été évacués avec leurs familles pour des raisons purement humanitaires ».

– « Protection immédiate » –

Selon lui, les Casques blancs étaient pris au piège dans les provinces de Qouneitra et Deraa, où le régime mène son offensive.

Ils étaient en danger en raison des « menaces répétées contre eux par la Russie et le régime », a-t-il précisé. Moscou et Damas accusent en effet les secouristes d’être liés à des groupes jihadistes et de véhiculer des « mensonges » quant aux opérations militaires du pouvoir syrien.

Les forces gouvernementales contrôlent désormais l’immense majorité des provinces de Deraa et de Qouneitra, à la faveur d’une offensive militaire lancée le 19 juin ayant donné lieu à des accords de capitulation négociés par Moscou.

Le porte-parole du ministère israélien des Affaires étrangères a confirmé sur Twitter « une opération humanitaire » pour évacuer les secouristes.

Les 800 Syriens doivent être hébergés en Jordanie pour une période de trois mois maximum, avant d’être transférés vers la Grande-Bretagne, l’Allemagne et le Canada, selon le porte-parole des Affaires étrangères d’Amman.

La Jordanie a accepté de les accueillir « pour des raisons purement humanitaires (…) en raison du risque pour leur vie », a-t-il assuré, soulignant l’engagement d’Amman à accomplir son devoir humanitaire malgré le fardeau que représente la présence d’un grand nombre de réfugiés syriens pour le royaume.

Les Casques blancs, dont des centaines ont été évacués cette semaine vers la Jordanie depuis le sud de la Syrie où le régime de Bachar al-Assad mène une offensive, sont des secouristes bénévoles qui travaillent dans les zones tenues par les rebelles.

– 3.700 bénévoles –

Le groupe a vu le jour en 2013, deux ans après les manifestations pro-démocratie de 2011, réprimées dans le sang par le régime. C’est en 2014 qu’ils sont surnommés les « Casques blancs ».

Ces bénévoles, qui étaient avant la guerre des étudiants ou exerçaient des professions variées, sont sortis de l’anonymat grâce à des vidéos poignantes relayées sur les réseaux sociaux, les montrant, casques sur la tête, se ruer sur les lieux bombardés pour extraire des survivants, notamment des enfants, ensevelis sous les décombres des immeubles détruits.

Plus de 3.700 Casques blancs, dont une poignée de femmes, opèrent actuellement en Syrie, selon leur chef Raed Saleh. Plus de 250 ont été tués depuis 2013.

Il y a quelques années, leur réseau était actif dans tous les territoires insurgés de la Syrie, notamment dans la Ghouta orientale, ex-bastion rebelle aux portes de Damas.

Mais alors que le régime accumule les victoires en reprenant l’un après l’autre des fiefs de l’opposition, les activités des Casques blancs se retrouvent aujourd’hui principalement limitées aux territoires insurgés dans le nord et le nord-ouest.

Certains ont reçu une formation à l’étranger, prenant ensuite la relève en Syrie pour former à leur tour d’autres volontaires aux techniques des opérations de recherche et de sauvetage.

Le groupe a été financé par plusieurs pays, dont la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Japon ou les Etats-Unis. Il a également reçu des dons de particuliers pour l’achat de matériel, dont leurs fameux casques.

– « Indépendants » –

Candidats au prix Nobel de la paix en 2016, ils ne l’ont finalement pas remporté.

Ils ont cependant été récompensés cette même année par le prix suédois Right Livelihood, qui se veut un « Nobel alternatif ». Ce dernier a loué « leur courage exceptionnel, leur compassion et leur engagement humanitaire ».

En février 2017, un documentaire retraçant leur travail avait remporté l’Oscar du meilleur court métrage documentaire.

Leur slogan « Qui sauve une vie sauve toute l’Humanité » est tiré d’un verset du Coran. Les Casques blancs insistent sur la neutralité des volontaires, qui volent au secours de toutes les victimes, indépendamment de leur religion.

« Nous sommes indépendants, neutres et impartiaux, nous ne sommes affiliés à aucun groupe politique ou armé », a affirmé à l’AFP leur chef Raed Saleh.

– Dénoncés par le régime –

Le groupe n’est pourtant pas épargné par ses détracteurs, partisans du régime syrien ou de la Russie.

Certains l’accusent d’être une marionnette aux mains des gouvernements soutenant la rébellion. D’autres affirment que des combattants rebelles ou même des jihadistes font partie des secouristes volontaires.

Le président Assad lui-même, dans un entretien avec l’AFP en avril 2017, avait accusé les membres du groupe de faire partie du groupe jihadiste Al-Qaïda.

« Ils ont rasé leurs barbes, porté des casques blancs, et sont apparus comme des héros de l’humanitaire. Ce qui n’est pas vrai », avait-il asséné.

Bénévoles, les Casques blancs sont sortis de l’anonymat grâce à des vidéos poignantes relayées sur les réseaux sociaux, les montrant, casques sur la tête, se ruer sur les lieux bombardés pour extraire des survivants, surtout des enfants, ensevelis sous les décombres des immeubles détruits par les bombardements du régime ou de son allié russe.

Ces secouristes insistent sur leur neutralité et leur non affiliation avec un groupe politique ou armé.

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