Les rebelles syriens acceptent une reddition dans une zone près du Golan

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Un combattant du groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham regardent passer des bus en direction de Foua et Kefraya, deux villages assiégés de la province d’Idleb, d’où seront évacuées des milliers de personnes, le 18 juillet 2018 en Syrie (AFP/OMAR HAJ KADOUR)

Des rebelles syriens ont accepté jeudi de céder les territoires sous leur contrôle dans la province de Qouneitra, qui borde la partie du Golan annexée par Israël, au terme d’une série d’accords ayant permis au régime de reprendre des secteurs clé.

Cette annonce intervient après un autre accord conclu cette semaine ayant conduit à l’évacuation jeudi de milliers d’habitants de deux localités prorégime assiégées par les insurgés dans le nord de la Syrie.

Ces deux accords, négociés par Moscou, grand allié du régime, sont perçus comme une nouvelle victoire pour Bachar al-Assad dans la guerre qui ravage le pays depuis plus de sept ans.

Recourant à la puissance de feu et à des négociations pour des accords de reddition, les forces gouvernementales ont capturé ce mois plus de 90% de la province méridionale de Deraa, où les première manifestations contre le régime de Damas avaient éclaté en 2011.

L’aviation du régime a ensuite lourdement bombardé la province de Qouneitra, voisine de Deraa et limitrophe de la zone tampon avec le Golan occupé en majeure partie par Israël.

Sous pression, les rebelles ont accepté de céder Qouneitra et la zone tampon aux forces du régime, ont indiqué jeudi à l’AFP l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et un membre de la délégation de négociateurs rebelles.

L’accord prévoit « un cessez-le-feu, l’abandon (par les rebelles) de l’artillerie moyenne et lourde et le retour des institutions gouvernementales » à Qouneitra (sud-ouest), a affirmé le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Selon lui, les forces gouvernementales prendront le contrôle du territoire dans la zone tampon, et les insurgés refusant de rendre les armes seront évacués vers des zones rebelles dans le nord du pays.

– 6.9000 personnes évacuées –

L’accord n’inclut pas les membres du groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham, ancienne branche d’Al-Qaïda en Syrie, selon l’OSDH.

L’agence officielle Sana a indiqué être au courant d’un accord permettant au régime de récupérer ses positions d’avant 2011, année du début de la guerre, sans donner plus de détails.

Un membre de la délégation rebelle impliquée dans les pourparlers a confirmé à l’AFP qu’un accord avait été trouvé pour permettre aux forces gouvernementales d’entrer dans la zone tampon. Il n’était toutefois pas en mesure de dire à quelle date cela interviendrait.

Depuis la guerre de 1967, Israël occupe 1.200 km² du plateau du Golan, dont l’annexion en 1981 n’a jamais été reconnue par la communauté internationale, alors que les quelque 510 km² restants sont sous contrôle syrien.

Appuyé par ses alliés indéfectibles, Iran et Russie en tête, le pouvoir de Bachar al-Assad est déterminé à asseoir son pouvoir sur le pays. Multipliant les victoires face aux rebelles et aux jihadistes, il contrôle déjà plus de 60% du territoire syrien.

Jeudi, les 6.900 habitants de deux localités prorégime dans la province d’Idleb (nord-ouest) –qui étaient les dernières zones assiégées de Syrie– ont été évacués en territoire gouvernemental en vertu de l’accord conclu mardi entre Moscou et la Turquie, soutien des rebelles.

Foua et Kafraya, en majorité de confession chiite, ont été encerclées pendant trois ans par des rebelles et le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham.

Les opérations ont débuté jeudi après minuit, et quelque 120 bus ont quitté les deux villages. Ils ont franchi l’un après l’autre le point de passage d’Al-Eis, séparant les zones sous contrôle des rebelles et du gouvernement, dans le sud de la province d’Alep.

« Nous avons laissé nos maisons. Certains enfants n’ont jamais vu une pomme de leur vie », a témoigné Chilan Chuweich, une habitante de Foua, évacuée avec son mari et ses deux enfants.

Le siège de Foua et de Kafraya a commencé en 2015 lorsque rebelles et jihadistes ont envahi la province d’Idleb, empêchant l’accès de la nourriture et des médicaments.

– Premiers prisonniers libérés –

« Avec l’arrivée des bus dans les territoires sous contrôle du régime, ce dernier a commencé à libérer les prisonniers selon l’accord », a souligné l’OSDH.

Le texte prévoit la libération de 1.500 prisonniers détenus par le régime en échange de ces évacuations.

« Les combattants de Hayat Tahrir al-Cham sont entrés dans les deux localités » après la fin des évacuations, a indiqué une source au sein du groupe jihadiste.

Selon l’OSDH, l’accord russo-turc garantirait également qu’Idleb ne subisse pas une offensive militaire du régime.

Cette province est limitrophe de la Turquie au nord-ouest, mais elle est presque totalement entourée par des territoires contrôlés par le régime.

Elle abrite plus de deux millions de personnes, y compris des civils syriens et des rebelles qui sont venus s’y réfugier en provenance d’autres territoires dans le cadre d’accords de reddition.

Déclenché en 2011, après la répression par le régime de manifestations pacifiques demandant des réformes démocratiques, le conflit en Syrie s’est complexifié au fil des ans avec l’implication de pays étrangers et de groupes jihadistes, sur un territoire de plus en plus morcelé.

Il a fait plus de 350.000 morts et déplacé des millions de personnes.

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