L’évacuation de Casques blancs par Israël est «criminelle», prétend la Syrie

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Le régime Assad a dénoncé lundi 23 juillet 2018 l’évacuation par Israël de centaines de secouristes des Casques blancs et leurs familles qui se trouvaient dans le sud de la Syrie. (AFP)

Les autorités de Damas ont dénoncé lundi une «opération criminelle» après l’évacuation par Israël de centaines de secouristes des Casques blancs et leurs familles qui se trouvaient dans le sud de la Syrie, a rapporté l’agence officielle Sana.

Israël avait annoncé dimanche avoir évacué vers la Jordanie des secouristes des Casques blancs et leurs familles, une opération exécutée dans le plus grand secret, à l’initiative de plusieurs pays occidentaux, notamment la Grande-Bretagne, l’Allemagne et le Canada.

«Les mots de condamnation ne suffisent pas pour exprimer la colère de tous les Syriens face à ces complots méprisables et au soutien sans limite apporté par les pays occidentaux, Israël et la Jordanie à l’organisation des Casques blancs», indique une source du ministère syrien des Affaires étrangères, citée par Sana.

«L’opération criminelle menée par Israël […] a montré la véritable nature» des Casques blancs, souligne la source, assurant que Damas avait «déjà mis en garde contre les dangers [de cette organisation de secouristes bénévoles]pour la sécurité et la stabilité du pays et de la région, en raison de sa nature terroriste».

Moscou et Damas accusent régulièrement les secouristes d’être liés à des groupes djihadistes et de véhiculer des «mensonges» sur leurs opérations militaires.

Les Casques blancs sont devenus célèbres pour leurs opérations de secours en Syrie, où le conflit a fait plus de 350 000 morts et des dégâts considérables depuis 2011. Leur travail, très médiatisé, leur avait valu d’être considérés pour le prix Nobel de la paix en 2016.

Au total 422 personnes ont été évacuées selon les chiffres fournis par les autorités jordaniennes, alors que dans un premier temps Israël avait évoqué 800 personnes.

Les évacués doivent être hébergés en Jordanie pour trois mois maximum avant d’être transférés vers la Grande-Bretagne, l’Allemagne et le Canada, qui se sont manifestés pour les accueillir, selon les autorités à Amman.

A Montréal, une source gouvernementale canadienne a indiqué qu’un second groupe « n’a pu arriver à la frontière à cause de la situation sur le terrain », durant le laps de temps pendant lequel la frontière israélienne a été ouverte.

De même source, ce groupe se trouve toujours en Syrie et il n’est pas certain qu’une nouvelle opération puisse être montée, tant la situation sur le terrain est « précaire ».

– « Purement humanitaires » –

Le chef des Casques blancs, Raëd Saleh, a affirmé à l’AFP qu' »un certain nombre de bénévoles avaient été évacués avec leurs familles pour des raisons purement humanitaires » car ils étaient en danger dans les provinces de Qouneitra et Deraa, en raison de « menaces répétées contre eux par la Russie et le régime ».

Moscou et Damas accusent les secouristes d’être liés à des groupes jihadistes et de véhiculer des « mensonges » sur leurs opérations militaires.

Il est pour l’heure impossible de savoir combien de secouristes se trouvent toujours dans le sud syrien.

L’un d’eux, dans la ville de Deraa, était toutefois déterminé à rester. « Je ne vais pas abandonner mon pays. Ce pays est à nous et nous avons le droit d’y vivre en sécurité », a-t-il confié à l’AFP sous le couvert de l’anonymat.

Selon l’armée israélienne, l’opération s’est déroulée dans la nuit de samedi à dimanche et les proches des Casques blancs évacués sont surtout des enfants.

D’après le quotidien israélien Haaretz, les évacués, dont l’armée israélienne avait une liste des noms, ont convergé vers deux points de rassemblements distincts. L’armée a ouvert ces deux passages et fait monter les personnes dans des bus qui les ont transportés directement à un poste-frontière avec la Jordanie.

« Ces personnes ont sauvé des vies et la leur était maintenant en danger, c’est pourquoi j’ai accepté de les emmener via Israël vers un pays tiers », a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

« Nous nous félicitons que ces courageux volontaires, qui ont sauvé des milliers de vies, soient désormais hors de danger », a commenté le Département d’Etat américain, félicitant Israël, la Jordanie, l’Allemagne, le Canada et la Grande-Bretagne pour leur rôle dans cette opération.

Les médias d’Etat syriens n’ont pas soufflé mot de l’évacuation mais ont affirmé qu’un raid aérien israélien avait visé dimanche une « position militaire » du régime dans l’ouest du pays, faisant « uniquement des dégâts matériels ».

– « Vivre en sécurité » –

A Londres, le chef de la diplomatie, Jeremy Hunt, et la ministre du Développement international, Penny Mordaunt, ont indiqué dans un communiqué avoir « estimé (…) que les (Casques blancs) avaient besoin d’une protection immédiate », rappelant qu’ils avaient été « la cible d’attaques » par le passé.

A Berlin, une source diplomatique a confirmé à l’AFP que l’Allemagne, qui a financé le groupe à hauteur de 12 millions d’euros depuis 2016, « participera avec plusieurs partenaires internationaux à l’accueil des Casques blancs évacués ».

Le ministre de l’Intérieur allemand Horst Seehofer a ainsi confié au quotidien Bild que son pays accueillerait huit secouristes et leur famille, soit une cinquantaine de personnes selon la publication.

Le ministère canadien des Affaires étrangères a de son côté assuré qu’Ottawa allait accueillir jusqu’à 50 Casques blancs avec leurs familles, soit environ 250 personnes, selon la chaîne publique CBC.

Pour sa ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, le Canada « ressent une responsabilité morale profonde envers ces personnes qui font preuve de bravoure et d’altruisme ».

Bénévoles, les Casques blancs sont sortis de l’anonymat grâce à des vidéos poignantes relayées sur les réseaux sociaux, les montrant, casques sur la tête, se ruer sur les lieux bombardés pour extraire des survivants, surtout des enfants, ensevelis sous les décombres des immeubles détruits par les bombardements du régime ou de son allié russe.

Ces secouristes insistent sur leur neutralité et leur non affiliation avec un groupe politique ou armé.

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