Sommet 2018 de l’OTAN: une alliance qui reste divisée

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Le président américain Donald Trump, au nouveau Quartier général de l’OTAN, le 25 mai 2017. (OTAN)

Quel bilan pour le sommet 2018 de l’OTAN? Celui de la continuité avec la rencontre 2017 de l’alliance atlantique, et du récent sommet du G7. Autrement dit, la division transatlantique se poursuit, alors que le président Trump souffle continuellement le chaud et le froid avec les partenaires et alliés des États-Unis. Cela n’empêche pas l’OTAN de progresser sur plusieurs dossiers, ni le Canada de continuer à participer aux activités de l’alliance, mais le tout reste dans l’ombre.

Une nouvelle ligne de fracture?

Depuis une décennie, on assistait à une division Nord/Sud entre les alliés européens. Les alliés plus nordiques voulaient une position de l’OTAN plus ferme face au comportement plus belliqueux de la Russie, alors que les alliés du sud voulaient que l’alliance garde son focus sur le Moyen-Orient et la question du terrorisme. Ainsi, la question de la Russie est notamment traitée à travers la Présence avancée rehaussée de l’OTAN (NATO Enhanced Forward Presence), qui assure le déploiement de plus de 2000 soldats de l’alliance dans les pays baltes et l’Europe, ainsi qu’un retour plus affirmé de la région des Balkans dans les secteurs d’intérêt de l’alliance. Pour ce qui est du Moyen-Orient, le sommet 2018 a vu la création du « Package on the South », afin d’assurer le déploiement de plusieurs ressources et initiatives des alliés dans la région méditerranéenne.

Mais voilà, alors que l’OTAN semble enfin avoir résolu sa fracture Nord/Sud, les sorties intempestives et continuelles du président Trump contre les alliés ont renforcé la division qu’on avait vue à la rencontre de l’an dernier. Même si le président a affirmé qu’il «croît en l’OTAN», ses gestes le contredisent. Démontrant à nouveau qu’il ne comprend pas comment fonctionne l’alliance, il continue de parler de « factures » que les alliés doivent payer aux États-Unis, en plus de les critiquer durement en public, notamment l’Allemagne et le Canada.

Il faut noter que plusieurs des critiques du président sont des critiques traditionnelles américaines à l’égard de l’alliance. Cependant, les administrations précédentes avaient l’intelligence de les formuler sans s’aliéner les alliés. Il faut garder à l’esprit que l’OTAN n’est pas qu’une simple organisation internationale, où l’on s’attend à voir des divergences fortes être exprimées (comme à l’ONU ou à l’OMC). Il s’agit d’une alliance militaire à la base et, en tant que tel, un esprit d’unité (ou, à tout le moins, une image unie) doit prévaloir, afin d’assurer la crédibilité de l’alliance face à ses adversaires. C’est cette crédibilité que le président Trump remet en cause par son attitude.

Les grands points à retenir du sommet

Au-delà du président Trump, que retenir du sommet? Évidemment, les critiques sur le financement ont teinté le communiqué final, alors qu’on met en évidence l’augmentation soutenue des dépenses militaires des alliées depuis quatre ans. Cet accent est flagrant, alors qu’on en parle dès le début du communiqué et que cela vient teinter plusieurs autres propositions contenues dans le document.

En dehors du financement, la Russie reste encore bien présente, alors que son comportement en Ukraine, en Mer noire et en Syrie reste qualifié de déstabilisateur. Tout en condamnant Moscou, l’OTAN maintient sa porte ouverte pour un renouveau dans la relation avec les Russes. Cependant, comme l’alliance affirme ouvertement qu’elle est prête à recevoir de nouvelles candidatures pour la joindre (et, à la limite, les encourage) de la part des pays dans les Balkans, on doit s’attendre à d’autres tensions avec la Russie. D’ailleurs, cette invitation marque une sorte de retour de l’alliance dans les Balkans, alors qu’elle avait été un peu plus en retrait, politiquement, de la région depuis une décennie.

Fait notable, la question du terrorisme reste présente, mais perd en importance, au profit de la Russie et, surtout, du développement de nouvelles capacités (militaires, techniques et de commandement) et de mesures d’assurances de l’OTAN. On voit que l’épisode afghan est de plus en plus laissé en arrière et que les nouvelles missions de l’alliance dans le cadre du terrorisme sont beaucoup plus limitées.

Et la participation du Canada?

Le bilan canadien cette année est semblable à celui de l’an dernier: correct, mais sans « wow ». Le gouvernement Trudeau s’est assuré d’avoir quelques annonces concrètes, démontrant ainsi sa participation continue à l’alliance, mais à cet égard il n’aura pas fait plus que les autres alliés.
On a ainsi appris que le pays va diriger la première année de la nouvelle mission de formation des troupes irakiennes, une contribution qui devrait être appréciée de plusieurs alliés. Cependant, le premier ministre Trudeau s’est assuré de présenter cette mission comme en étant une « de formation, sans combat », afin d’éviter de créer un débat dans la population canadienne, où l’idée d’une mission militaire dans la région irakienne reste sensible depuis l’intervention américaine en 2003. Le problème avec une telle posture, c’est que ça envoie aussi le message aux alliés que si la mission de formation doit devenir plus « musclée », le Canada n’aura peut-être pas la volonté nécessaire. Et quand on regarde tous les délais et tractations qui ont entouré l’annonce de la mission canadienne au Mali, cela ne fait que renforcer cette impression.

Que pourrait faire le Canada pour avoir une contribution plus forte? Ses dernières grosses contributions, qui ont marqué les esprits, sont à la mission en Afghanistan et le commandement du bataillon en Lettonie de la Force avancée rehaussée de l’OTAN. C’est le leadership et la profondeur de l’engagement qui font la différence de ces missions et opérations de celles auxquelles le pays vient d’annoncer sa participation. Dans le cas de l’Afghanistan et de la Lettonie, le Canada s’est engagé, dès le départ, à long terme et avec des rôles de premiers plans. De plus, ces missions ont été plus que du simple brassage de structures dans l’alliance et impliquent des déploiements militaires importants. Lorsqu’une puissance moyenne de l’alliance s’implique de cette façon, ça marque toujours les esprits.

Ce qui nous amène à la contribution future canadienne à l’OTAN. Pour l’instant, il n’y a pas de nouvelles « grosses » missions, mais le pays pourrait adopter une posture (et des moyens) plus engagée dans des dossiers actuels. Le sommet actuel de l’OTAN a remis l’emphase sur les capacités nucléaires de l’alliance, ainsi que de son besoin d’un bouclier antimissile. Le gouvernement canadien pourrait cesser son hypocrisie voulant qu’il ne participe officiellement pas au bouclier antimissile nord-américain, alors qu’il y participe par le biais du NORAD, en assumant la participation. Non seulement cela permettrait d’apaiser momentanément les critiques de l’administration Trump, mais ça permettrait aussi d’avoir ensemble tous les alliés impliqués directement dans les deux boucliers antimissiles de l’alliance.

L’autre possibilité pour le Canada serait d’enfin faire un véritable réinvestissement dans ses forces. Comme on l’a vu avec la dernière politique de défense canadienne, le pays n’augmente pas réellement ses dépenses militaires. Il se contente d’annoncer des reports sur 10 à 20 ans de programmes d’acquisitions qui traînent déjà depuis 10 à 20 ans.

Qu’on se comprenne, la cible de l’OTAN du 2% du PIB reste d’abord et avant tout une cible politique, qui ne garantit absolument pas l’efficacité des forces armées de l’alliance. La politique officielle du Canada que c’est la façon dont on dépense qui compte, pas combien, est une position tout à fait valable et méritoire. Le problème est que les dépenses militaires prévues par le gouvernement canadien démontrent que celui-ci ne respecte pas sa propre philosophie, alors que les flottes aériennes et marines du Canada ont besoin plus que jamais d’investissements importants.

Christian Picard détient une maîtrise en Science politique de l'Université Laval (Québec). Bilingue, il est un globe-trotter assumé, ayant été jusqu'en Corée du Nord! Ses intérêts incluent l'OTAN et l'actualité internationale.

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