Syrie: l’EI enlève une trentaine de femmes et d’enfants

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Photo diffusée par l’agence de presse officielle syrienne Sana montrant les cercueils de certaines victimes des attaques commises le 25 juillet 2018 par le groupe jihadiste Etat islamique (EI), lors de funérailles le 26 juillet 2018 dans la ville de Soueida, dans le sud de la Syrie. (SANA/AFP/Handout)

L’organisation État islamique (EI) a enlevé une trentaine de femmes et d’enfants de la minorité druze en Syrie lors d’un assaut sanglant mené la semaine dernière dans la province de Soueida par ce groupe ultraradical responsable de terribles exactions.

Le 25 juillet, l’EI a lancé une série d’attaques coordonnées, dont des attentats suicide, contre la ville de Soueida, chef-lieu de la province du même nom, et d’autres localités qui ont fait plus de 250 morts, l’un des bilans les plus lourds depuis le début de la guerre en Syrie en 2011, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

En se retirant des zones attaquées, les djihadistes ont kidnappé «36 femmes et enfants», a indiqué l’OSDH lundi. L’ONG et un site d’information local, Soueida24, ont fait état de 20 femmes et 16 enfants enlevés.

Toutefois seuls 30 femmes et enfants sont toujours détenus par l’EI, a indiqué le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. «Quatre femmes ont réussi à prendre la fuite, et deux sont mortes, l’une tuée par balles, l’autre, probablement d’épuisement».

Selon Soueida24, les femmes et enfants ont été pris en otage dans le village de Chabké, dans l’est de la province de Soueida, aux portes du désert.

Ils ont été emmenés dans les régions désertiques aux limites nord-est de la province, où l’EI est toujours présent, a indiqué une source locale.

Largement contrôlée par le régime de Bachar al-Assad et dominée par la minorité druze, Soueida avait été relativement épargnée par le conflit en Syrie.

Négociations

Des négociations, impliquant des dignitaires religieux de la communauté druze, une confession dérivée de l’islam chiite, sont en cours pour obtenir la libération des otages, ont indiqué à l’AFP des sources locales.

«L’EI communique par téléphone avec les familles des femmes kidnappées, il leur envoie des photos et des vidéos», a indiqué à l’AFP le journaliste Nour Radwan, qui dirige Soueida24.

Les djihadistes réclament la libération par le régime de détenus affiliés à l’EI, des hommes et des femmes, mais aussi l’arrêt de l’offensive menée par le pouvoir de Damas contre un groupe lié à l’EI dans la province voisine de Deraa, selon M. Radwan.

Soueida24 a publié une vidéo présentée comme montrant l’une des otages, réclamant des concessions du régime.

L’AFP n’était pas en mesure d’authentifier la vidéo, qui a circulé sur les réseaux sociaux. Mais des habitants de Soueida contactés par l’AFP ont identifié la victime et confirmé qu’elle faisait partie des personnes kidnappées.

Dans le village de Chabké, «la plupart des résidents sont des fermiers qui n’ont que des fusils de chasse, donc il y avait peu de résistance» lors de l’assaut du 25 juillet, selon M. Radwan.

L’EI n’a pas mentionné cet enlèvement ni diffusé de vidéos sur ses plateformes de communication habituelles.

Outre les femmes et enfants enlevés, «17 hommes de la région sont toujours portés disparus», a indiqué M. Abdel Rahmane.

Exactions

Après une montée en puissance fulgurante en 2014 et la conquête de vastes territoires en Syrie et en Irak voisin, l’EI a été chassé de tous les centres urbains dans ces deux pays.

En Syrie, l’organisation conserve quelques secteurs sous son contrôle (moins de 3% du territoire) mais parvient à mener des attentats particulièrement meurtriers.

Durant l’occupation de vastes pans des territoires syrien et irakien, l’EI a commis de terribles exactions – viols, rapts, nettoyage ethnique, crucifixions, esclavage, etc.. Il a également tué plusieurs otages étrangers en Syrie.

En février 2015, les djihadistes ont kidnappé plus de 220 chrétiens assyriens dans la région de Tall Tamer, dans le Nord-est syrien, avant de les relâcher sur plusieurs étapes, selon l’OSDH.

Et en Irak, des milliers de femmes et d’adolescentes, en particulier de la minorité yézidie, ont subi des abus horribles de la part de l’EI – viols, enlèvements et esclavage- selon l’ONU.

Dans la province de Deraa, les forces du régime ont poursuivi leur progression dans le dernier réduit contrôlé par un groupe lié à l’EI, selon l’agence officielle Sana.

Le pouvoir a depuis la mi-juin réussi à reconquérir l’immense majorité des provinces de Deraa et de Qouneitra dans le sud, à la faveur de bombardements meurtriers et d’accords de capitulation imposés aux rebelles.

La guerre complexe en Syrie a fait plus de 350 000 morts.

La minorité druze en Syrie a tout fait pour s’épargner les ravages de la guerre qui déchire le pays depuis 2011. Mais elle a été la cible d’attaques jihadistes et a pris les armes pour défendre ses régions.

Le 25 juillet, la communauté a été prise pour cible par des attaques coordonnées du groupe jihadiste Etat islamique (EI) qui a tué plus de 250 personnes dans la province méridionale de Soueida et kidnappé une trentaine de femmes et enfants, le bilan de morts le plus lourd dans cette région depuis 2011 et l’un des plus meurtriers menés par l’EI en Syrie.

La communauté druze, une branche de l’islam chiite, représentait environ 3% de la population syrienne d’avant-guerre (23 millions de personnes), soit environ 700.000 individus.

Elle se trouve principalement dans la province de Soueida mais aussi dans des poches du nord-ouest et près de la capitale Damas.

Les druzes se distinguent des courants orthodoxes sunnite et chiite. Leur doctrine ésotérique, dont la croyance en la réincarnation constitue l’un des piliers, n’est révélée qu’aux initiés et n’admet pas les conversions.

Outre les druzes de Syrie, la communauté compte quelque 200.000 adeptes au Liban et environ 130.000 en Israël, dont 18.000 vivent dans la partie annexée et occupée du plateau syrien du Golan.

La communauté druze syrienne s’est divisée avec le soulèvement populaire en 2011 contre le régime de Bachar al-Assad.

Les Druzes ne peuvent pas être « considérés comme neutre dans cette guerre » estime Tobias Lang, spécialiste des populations druzes au Moyen-Orient. « Ce n’est pas un bloc monolithique », explique-t-il.

Au début de la révolte, l’un des premiers soldats ayant fait défection de l’armée était l’officier druze Khaldoun Zeineddine, mort dans des affrontements avec les forces du régime.

D’autres sont restés loyaux, comme le général Issam Zahreddine, l’un des plus hauts gradés druzes de l’armée, mort en 2017 dans l’explosion d’une mine, après des combats contre l’EI.

Les chefs de la communauté, en adoptant une attitude prudente vis-à-vis du régime, ont cherché préserver une certaine indépendance dans leurs régions et à se protéger d’une éventuelle offensive de Damas.

Cheikh Wahid al-Balous, un dignitaire religieux qui dénonçait à la fois le régime et les groupes jihadistes, symbolise cette politique de distanciation. Tué dans un attentat à Soueida en 2015, il s’était opposé à l’envoi de conscrits de l’armée originaires de Soueida combattre hors de la province.

Dans la province de Soueida, les druzes ont créé des milices armées.

La plus puissante, celle des « Cheikhs de la dignité », dirigée par Cheikh Balous jusqu’à sa mort, a mené des batailles féroces contre l’EI et la branche syrienne d’Al-Qaïda.

D’autres groupes étaient liés au régime, notamment Dareh al-Watan (Bouclier de la patrie), une milice fondée en avril 2015, forte de 2.000 combattants.

La communauté a été la cible d’attentats imputés ou revendiqués par des rebelles ou des jihadistes.

Un double attentat à la voiture piégée en 2012 à Jaramana, une banlieue de Damas à majorité chrétienne et druze, avait fait 54 morts.

En 2013 et 2014, des combats entre rebelles et milices druzes pro-régime ont frappé la province de Soueida et des zones près de Damas.

L’EI a mené en 2015 ses premières attaques à Soueida en ciblant principalement l’aéroport de Khalkhala. La même année, des jihadistes de la branche syrienne d’Al-Qaïda ont massacré 20 druzes dans la province d’Idleb (nord-ouest).

En novembre 2017, neuf druzes ont péri dans l’explosion d’une voiture piégée à Hader, un village prorégime dans la province de Qouneitra, voisine de Soueida.

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