Trump à l’Iran: «Ne menacez plus jamais les États-Unis»

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Le président américain Donald Trump.(Archives/CBC News/45eNord.ca)

Le président américain Donald Trump a lancé une mise en garde d’une rare virulence contre l’Iran, qu’il a menacé de représailles apocalyptiques après des propos guerriers de son homologue iranien Hassan Rohani.

«NE MENACEZ PLUS JAMAIS LES ÉTATS-UNIS OU VOUS ALLEZ SUBIR DES CONSÉQUENCES TELLES QUE PEU AU COURS DE L’HISTOIRE EN ONT CONNUES AUPARAVANT», a écrit dimanche sur Twitter M. Trump dans un message adressé nommément au président Rohani et rédigé entièrement en majuscules.

«NOUS NE SOMMES PLUS UN PAYS QUI SUPPORTE VOS PAROLES DÉMENTES DE VIOLENCE ET DE MORT. FAITES ATTENTION !», a-t-il poursuivi.

Ce message est intervenu après un avertissement de M. Rohani au dirigeant américain, lui conseillant de «ne pas jouer avec la queue du lion» et assurant qu’un conflit avec l’Iran serait la «mère de toutes les guerres».

M. Rohani a en outre de nouveau averti que l’Iran pourrait fermer le détroit stratégique d’Ormuz, qui contrôle le Golfe et par où passe jusqu’à 30 % du pétrole mondial transitant par voie maritime.

M. Rohani s’exprimait lui-même quelques heures avant un discours très attendu du secrétaire d’État américain Mike Pompeo à la diaspora iranienne.

Les États-Unis n’ont «pas peur» de sanctionner «au plus haut niveau» le régime de Téhéran qui est «un cauchemar pour le peuple iranien», a assuré M. Pompeo.

«Ce n’est pas fini»

Le 8 mai, le président Donald Trump, dont la République islamique est devenue la principale bête noire, décidait de claquer la porte de l’accord censé empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique et de rétablir toutes les sanctions levées dans le cadre de ce texte jugé trop laxiste.

Alors que les alliés européens des États-Unis tentent par tous les moyens de sauver cet accord, M. Pompeo a appelé le monde à «cesser de flirter avec un régime révolutionnaire» accusé de «corruption», de «terrorisme», de violations des droits de l’Homme et de persécutions religieuses.

Il a confirmé que Washington souhaitait que tous les pays réduisent leurs importations de pétrole iranien «au plus près de zéro» d’ici la date-butoir du 4 novembre, faute de quoi ils s’exposeront aux sanctions américaines.

«Ce n’est pas fini», a-t-il mis en garde au sujet des sanctions américaines, après avoir rappelé que les États-Unis avaient déjà ciblé en janvier l’ayatollah Sadegh Larijani, chef de l’Autorité judiciaire, pour violations des droits de l’Homme.

«Les dirigeants du régime, notamment ceux à la tête des Gardiens de la Révolution», l’armée d’élite iranienne, «et de la Force Qods», chargée des opérations extérieures, «doivent payer chèrement pour leurs mauvaises décisions», a-t-il encore estimé.

Alors que l’administration Trump est régulièrement soupçonnée de caresser l’espoir d’un changement de régime en Iran, Mike Pompeo a réaffirmé vouloir uniquement «que le régime change de manière significative son comportement, à la fois à l’intérieur de l’Iran et sur la scène mondiale».

«Les États-Unis vous entendent, les États-Unis vous soutiennent, les États-Unis sont à vos côtés», a-t-il ajouté à l’intention des manifestants, qui selon lui descendent dans la rue comme jamais depuis la révolution islamique de 1979.

Concrètement, il a annoncé le lancement d’une chaîne multimédia (télévision, radio, numérique et réseaux sociaux) 24 heures sur 24 en langue farsi, «afin que les Iraniens ordinaires en Iran et à travers le monde sachent que l’Amérique est à leurs côtés».

L’idée de l’administration Trump est simple: tenter de profiter des tensions sociales qui semblent se multiplier en Iran, sur fond de difficultés économiques aggravées par l’annonce du retour des sanctions américaines qui fait partir de nombreuses entreprises étrangères.

Elle compte s’appuyer sur une date symbolique, les 40 ans de la République islamique, l’an prochain. «Quarante ans de kleptocratie, 40 ans de richesse détournée pour soutenir le terrorisme, 40 ans d’emprisonnement d’Iraniens ordinaires pour avoir pacifiquement exprimé leurs droits», a martelé Mike Pompeo.

La communauté diplomatique et les experts sont divisés à Washington quant à savoir si la République islamique est vraiment ébranlée par la crise sociale en cours, voire menacée de l’intérieur.

A Téhéran, des habitants ont réagi lundi avec scepticisme aux déclarations de Washington disant soutenir le peuple iranien, au moment d’un regain de tension entre les deux pays illustré par les menaces virulentes de Donald Trump.

« Il est vrai qu’en ce moment notre société est en crise et sous pression (…), mais nous ne voulons pas que l’Occident nous impose une révolution qui puisse provoquer du désordre », affirme à l’AFP Haleh, psychologue dans une banlieue nord de Téhéran.

Dimanche lors d’un discours en Californie devant la diaspora iranienne, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a qualifié le gouvernement de Téhéran de « cauchemar pour le peuple iranien ».

« Les Etats-Unis vous entendent, les Etats-Unis vous soutiennent, les Etats-Unis sont à vos côtés », a-t-il ajouté à l’intention des « Iraniens ordinaires en Iran et à travers le monde ».

La tension s’est accrue dimanche quand M. Trump a répondu au président iranien Hassan Rohani qui lui avait conseillé de « ne pas jouer avec la queue du lion » car un conflit avec l’Iran serait la « mère de toutes les guerres ».

« NE MENACEZ PLUS JAMAIS LES ÉTATS-UNIS OU VOUS ALLEZ SUBIR DES CONSÉQUENCES TELLES QUE PEU AU COURS DE L’HISTOIRE EN ONT CONNUES AUPARAVANT », a répliqué le président américain sur Twitter.

De nombreux Iraniens, même ceux qui s’opposent au système en place, craignent de se voir imposer un changement de régime, surtout après le retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord visant à limiter le programme nucléaire iranien en échange de la levée des sanctions internationales contre ce pays.

« Les gens aspirent au changement mais pas forcément à un changement de régime », soutient Firouzeh, employée de bureau à Téhéran.

Près de « 40 ans ont passé depuis la révolution (islamique en 1979) et nous en payons toujours les conséquences. (Le peuple) est-il vraiment prêt à s’engager dans une autre révolution? », s’interroge-t-elle.

Indépendamment de leur point de vue sur leur gouvernement, les Iraniens apprécient la stabilité relative dont jouit leur pays, dans une région explosive.

« Pour nous, le plus important est la sécurité, et pour l’instant, nous l’avons. Nous voulons des réformes, mais les gens espèrent qu’elles adviendront sans violence », soutient Haleh, la psychologue.

Certains croient encore qu’un accord est possible avec le président américain.

« Trump est un homme d’affaires », affirme Amir, qui accumule les petits boulots. Selon lui, le président américain « fera une offre et on parviendra à un accord, avec l’aide de Dieu ».

Il affirme que tous les Iraniens sont inquiets de la situation économique, avec un chômage grandissant, des hausses de prix et une dégradation de la monnaie locale par rapport au dollar.

« Le gouvernement doit être à l’écoute des problèmes du peuple. (Les résoudre) n’est pas quelque chose d’irréalisable », soutient cet homme d’une quarantaine d’années.

Pour lui, les Iraniens « n’accepteront pas d’être forcés (par des puissances étrangères). Ils agiront pour défendre leur honneur national et leur dignité ».

Le chef du Bassidj, milice islamique du régime iranien, a affirmé lundi que les menaces du président Trump faisaient partie d’une « guerre psychologique » et que ce dernier « n’était pas en position d’agir contre l’Iran ».

Le « peuple et les forces armées s’élèveront contre nos ennemis et parviendront à leurs fins », a assuré le général Gholam Hossein Gheypour, selon l’agence Isna.

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