Yémen: les rebelles Houthis se retranchent à Hodeida

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Le port de Hodeïda sur la mer Rouge au Yémen,tenu par les rebelles, est un point d’entrée clé pour l’aide des Nations Unies au Yémen déchiré par la guerre. (AFP/Archives/ABDO HYDER)

Blocs de bétons, tranchées: les rebelles Houthis ont entrepris des préparatifs à Hodeida dans l’hypothèse d’un assaut des forces progouvernementales sur cette ville stratégique de l’ouest du Yémen, tandis que l’ONU s’efforce de décrocher une accalmie durable, ont rapporté des résidents de cette cité portuaire.

Tranchées creusées par dizaines dans les principales avenues de la ville, blocs de bétons dressés ailleurs et conteneurs barrant d’autres rues. Les témoignages recueillis par téléphone auprès de plusieurs habitants de la ville visée par une offensive des forces progouvernementales abondent.

Hammoud, l’un des habitants interrogés, a indiqué à l’AFP, sous le couvert de l’anonymat, que « des blocs de béton » avaient été manifestement « acheminés de Sanaa, à 150 km de là, où ils servaient à protéger des ambassades » désertées par les diplomates depuis que les Houthis ont pris en 2014 le contrôle de la capitale yéménite.

Un autre, Zouber, a affirmé que « des conteneurs » étaient « utilisés pour bloquer des rues ».

Des préparatifs militaires similaires ont été observées sur des routes reliant Hodeida à d’autres villes de la province aux mains des Houthis, d’après des témoins.

Selon des sources militaires, à la faveur de la baisse actuelle des combats autour de Hodeida, rebelles et forces progouvernementales ne cessent d’acheminer des renforts.

« Ces préparatifs ne laissent guère de doute sur l’intention des rebelles de ne rien céder à Hodeida », affirme Néjib Gallab, analyste pour un centre d’études spécialisé sur le Golfe et le Yémen.

« Les Houthis ne quitteront jamais de leur propre gré Hodeida et son port », dont ils tirent profit financièrement, poursuit-il.

Devant la presse, le porte-parole de la coalition, le colonel saoudien Turki al-Maliki, a affirmé lundi que les Houthis n’avaient « pas encore changé de position » à ce sujet.

Ces préparatifs militaires se poursuivent alors que l’émissaire de l’ONU, Martin Griffiths, est revenu à Sanaa lundi, où il espère obtenir un accord des rebelles pour éviter des combats à Hodeida et son port, essentiel pour les importations de produits alimentaires et l’acheminement de l’aide humanitaire.

Ravagé par la guerre, le Yémen, un pays pauvre de la péninsule arabique, dépend des importations pour 90% de ses besoins en nourriture, et 70% de celles-ci passent par Hodeida.

M. Griffiths a indiqué la semaine dernière à la radio des Nations unies qu’il y avait une proposition sur la table consistant à impliquer l’organisation internationale dans la gestion du port de Hodeida.

Cette option signifierait que les Houthis cèdent le port mais gardent le contrôle de la ville. Elle a été rejetée avec force par les Emirats arabes unis, un pilier au sein des forces progouvernementales, et par le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, qui siège à Aden (sud).

L’ONU a dénoncé mardi l’impact dévastateur de trois ans de conflit au Yémen sur les enfants, dont 2.200 ont été tués et beaucoup d’autres souffrent de la famine, sont contraints de se battre ou meurent de maladies qui pourraient être évitées.

« Le conflit continuel au Yémen a poussé un pays déjà au bord du gouffre vers les profondeurs de l’abîme », a averti Henrietta Fore, directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).

Mme Fore, qui vient juste de rentrer d’une visite dans ce pays ravagé par la guerre, a déclaré qu’elle avait vu « ce que trois ans de guerre intensive, après des décennies de sous-développement et d’indifférence chronique du reste du monde, peuvent faire à des enfants ».

Près de 10.000 personnes ont péri depuis le déclenchement du conflit en 2015 entre une coalition militaire dirigée par l’Arabie Saoudite et des rebelles Houthis soutenus par l’Iran, après le renversement du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale.

L’Unicef a déclaré qu’au moins 2.200 enfants avaient été tués et 3.400 blessés dans les combats.

« Il ne s’agit là que des chiffres que nous avons pu vérifier. Le nombre réel pourrait être bien plus élevé », a souligné Mme Fore, ajoutant qu’il n’y avait « aucune justification à ce carnage ».


La chef de l’Unicef a également rappelé devant les journalistes que des millions d’enfants n’étaient plus scolarisés au Yémen et que beaucoup d’entre eux étaient contraints de prendre les armes.

D’autres encore souffrent de la faim, et meurent de maladies qui pourraient être évitées, comme le choléra, a-t-elle dit.

Les enfants représentent la moitié des quelque 22 millions d’habitants au Yémen qui comptent sur l’aide humanitaire pour survivre.

« Les besoins sont énormes », a martelé Mme Fore.

Afin d’éviter un effondrement total du pays, l’Unicef et la Banque mondiale donnent à quelque 9 millions de personnes de petites sommes d’argent pour leur permettre d’acheter des biens de première nécessité comme la nourriture et les médicaments.

Ceci est particulièrement vital dans le port de Hodeida où les prix se sont envolés depuis le lancement d’une offensive par la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite pour chasser les rebelles Houthis. Mme Fore a indiqué que 50 tonnes d’aide médicale fournie par l’Unicef étaient arrivées à Hodeida jeudi dernier, destinées à quelque 250.000 femmes et enfants.

Environ 70% des importations du Yémen transitent par ce port.

– Bombardements malgré la pause –

La coalition anti-rebelles ne cesse d’accuser les Houthis d’utiliser le port pour introduire des armes en provenance d’Iran, ce que Téhéran dément, et de menacer la navigation en mer Rouge.

La pause décrétée par les Emirats dans les opérations militaires autour de Hodeida n’a par ailleurs pas empêché la poursuite de bombardements au sud de la ville.

Dimanche et lundi, 43 Houthis ont été tués dans des raids aériens sur les lignes de front au sud de Hodeida, ont indiqué des sources de l’hôpital Al-Alfi.

Selon des sources militaires, les positions des Houthis à Zabid, al-Tuhaita et Beit al-Faqih, trois villes au sud de Hodeida, ont été particulièrement visées par l’aviation de la coalition menée par l’Arabie saoudite, qui intervient depuis 2015 contre les rebelles au Yémen.

Près de Zabid, trois civils ont été tués et quatre autres blessés dans un raid aérien de la coalition visant des véhicules militaires des rebelles, ont indiqué des sources médicales.

Des témoins ont précisé que le véhicule des victimes a été touché alors qu’il circulait près d’un convoi des Houthis.

A l’ouest d’Al-Tuhaita, huit autres civils, dont quatre enfants, sont morts dans un tir de roquette attribué par des habitants aux rebelles.

Des sources médicales ont confirmé ces morts tandis que les habitants ont précisé qu’une maison avait été détruite par le tir.

Ces victimes portent à 483 le nombre de morts, dont 11 civils, dans la province de Hodeida depuis l’intensification de la campagne militaire de la coalition le 13 juin.

Depuis l’intervention en mars 2015 de cette coalition sous commandement saoudien, le conflit a fait près de 10.000 morts et provoqué « la pire crise humanitaire au monde », avec des millions de personnes au bord de la famine, selon l’ONU.

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