Au bout du monde, le Canada (PHOTOS/VIDÉO)

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On pourrait se croire dans un autre pays voire sur la Lune ou sur Mars, mais nous sommes bien au Canada. Au 82e parallèle, se trouve le tout dernier endroit habité de la planète : la Station des Forces canadiennes Alert. 45eNord.ca s’y est rendu à l’occasion d’une tournée en Arctique du ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan.

Créée en 1950 par le gouvernement fédéral comme station météorologique, Alert, située à 800 kilomètres du Pôle Nord, passe aux mains des Forces armées canadiennes en 1958 et fête donc cette année ses 60 ans en tant que Station des Forces canadiennes Alert.

Le Nord ça ne pardonne pas nous a t-on répété à de nombreuses reprises au cours de nos reportages dans le Haut-Arctique canadien, et d’emblée la major Sandra Andrusiak, commandant pour six mois de la SFC Alert explique que le challenge principal est l’éloignement.

Montréal et Ottawa se trouvant à près de 4000 kilomètres au sud, être posté à Alert est vu comme un déploiement opérationnel. Celles et ceux qui s’y trouvent y sont pour une rotation de six mois et sont d’ailleurs chaleureusement applaudis par toute la station à leur arrivée et à leur départ.

Pour des raisons de sécurité, plusieurs endroits de la base nous étaient fermés et les photos limitées.


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Les «élus du Grand Nord» peuvent se divertir de nombreuses façons à Alert : regarder des DVD et lire des livres, jouer aux cartes, s’entraîner dans un gymnase doté d’équipement de conditionnement physique, fréquenter un large éventail de clubs, se retrouver dans l’un des deux mess et participer à diverses activités intérieures ou extérieures. Si Internet arrive jusqu’à la station, pas question d’avoir du WIFI dans ce lieu sécurisé, ce qui peut manquer à certains et certaines comme nous l’a confié la major Andrusiak.

Si en été le personnel civil, militaire et scientifique peut monter jusqu’à 150 humains, l’hiver il tombe à peine à plus d’une soixantaine alors que les jours sont noirs comme la nuit. Les renards arctiques, les phoques, les lièvres arctiques et bien sûr les ours polaires rendent visite fréquemment la station, attirés par la chaleur et la curiosité.

«Notre plus grand rôle c’est la souveraineté qui consiste à avoir une présence dans le nord. Notre deuxième mission est de soutenir tout un tas d’opérations. L’entraînement dans le Haut-Arctique par exemple, mais aussi des recherches environnementales par des chercheurs qui étudient les changements climatiques ici», explique encore Sandra Andrusiak.

Le renseignement des transmissions et la recherche et sauvetage sont les deux autres missions de la petite communauté d’Alert.

«L’Arctique est très important pour notre gouvernement. C’est bien sûr d’aider et de supporter les communautés qui y vivent, mais aussi du point de vue de la Défense nationale c’est d’exercer notre souveraineté. Être venu visiter Alert m’a permis de voir le travail exceptionnel fait par nos gens ici», a dit en interview pour 45eNord.ca, Harjit Sajjan, ministre de la Défense nationale.

Pour le professeur Stéphane Roussel de l’Ecole Nationale d’administration publique, la souveraineté «c’est pas juste protéger les frontières et les lois, mais c’est aussi d’offrir à ses habitants l’ensemble des services gouvernementaux en termes de sécurité, d’environnement, de justice…».

Le chercheur rappelle toutefois que les Forces armées canadiennes sont les seules au sein du gouvernement fédéral à pouvoir se rendre aussi haut et loin et avec une telle capacité.

À Alert, des vols de ravitaillement partent chaque semaine de Trenton pour apporter tout ce dont la station à besoin afin de fonctionner au quotidien. Puisque les places et la place à bord des CC-130J Hercules sont limités, tout est calculé bien à l’avance. Et en plus de ces vols hebdomadaires, deux fois par an, l’Aviation royale canadienne lance son opération BOXTOP pour apporter tous les gros équipements nécessaires, l’essence et la nourriture. Mais en cas de vols retardés ou annulés en raison notamment du climat incertain de l’Arctique, la station peut tout de même être autonome durant un certain temps.

Des investissements de plus de 10 millions $ dans les infrastructures ont été annoncé pour la SFC Alert, visant à assurer la mise à niveau du système d’alarme et d’extinction d’incendie (5 millions $), le remplacement des réservoirs de carburants (2,5 millions $) et l’achat d’une génératrice de centrale électrique (2,8 millions $).

La caporal-chef Natalie Murray en est à quelques jours de la fin de son déploiement à Alert et s’il y a bien une chose qui va lui manquer ce sont ses camarades. «Il y beaucoup de bonnes personnes, beaucoup de travail à accomplir, j’ai eu la chance de développer mes compétences, j’ai pu pratiquer mon leadership et j’ai beaucoup appris. Cet endroit va vraiment me manquer. Il y a tellement peu de gens ici que l’on devient une famille», d’affirmer la caporal-chef.

Les changements climatiques sont d’ores et déjà bels et bien présents dans le Haut-Arctique et combinés avec les avancées technologiques, des États et des entreprises opèrent de plus en plus dans la région. Et cette hausse des activités, civiles ou militaires, forcent les militaires canadiens à être encore plus vigilants que jamais.

En tant que commandant-adjoint de l’Aviation royale canadienne, le major-général Blaise Frawley estime que la surveillance du Nord va devenir de plus en plus important dans les prochaines années, en raison de l’ouverture du Passage du Nord-Ouest.

«Il va y avoir de plus en plus de navires civils, pour le tourisme, mais aussi on s’attend à une augmentation du trafic maritime militaire. Donc pour notre capacité de réagir, il faut penser dès à présent à ce qui va se passer si un navire s’échoue».

Le port en eau profonde de Nanisivik, dont la construction est presque finie après quatre ans de travaux, doit justement permettre de soutenir les opérations des futurs navires de patrouille extracôtiers de l’Arctique ainsi que celles d’autres navires du gouvernement, dont ceux de la Garde côtière canadienne.

«On voit la lumière au bout du tunnel», se réjouit Rodney Watson, gestionnaire de projet infrastructure au Ministère de la Défense nationale. «On va bientôt commencer notre phase de tests de chaque pièce, chaque équipement avant de s’attendre à rendre pleinement opérationnel les installations pour 2019, fin 2019.»

Un des anciens postes que le major-général Frawley a occupé étant celui de Directeur – Espace de l’Aviation royale canadienne, il rappelle qu’à l’avenir la surveillance passera également par l’espace et par l’aérien. «On a des projets comme le lancement de la constellation élargie RADARSAT cet automne qui va permettre de faire de la surveillance du trafic maritime notamment et dans les années 2025 on aura la capacité SATCOM pour avoir des communications tactiques par satellite à bande étroite et à large bande, parce que c’est une chose de voir ce qui se passe, mais c’est très important qu’on soit capables de contrôler nos réactions. Le SATCOM sera une des méthodes pour être capable de mieux réagir dans le Nord.»

Quoi qu’il arrive au niveau des changements climatiques, Alert est là pour rester et continuer à prouver aux Canadiens, Canadiennes et au reste du monde entier que les «élus du Grand Nord» sont définitivement de vrais patriotes fiers dans le dernier lieu habité le plus au nord de la planète.

Fondateur de 45eNord.ca, Nicolas est passionné par la «chose militaire». Il suit les Forces armées canadiennes lors d'exercices ou d'opérations, au plus près de l'action. #OpNANOOK #OpATTENTION #OpHAMLET #OpREASSURANCE #OpUNIFIER #OpIMPACT #OpLENTUS

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