Un meurtrier qui reçoit des services d’ACC sans avoir jamais porté l’uniforme: Pas fort !

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Christopher Garnier, condamné à une sentence à vie pour le meurtre au deuxième degré de la policière Catherine Campbell de Truro en Nouvelle-Écosse, a droit à des services en santé mentale payés par le ministère des Anciens combattants du Canada bien qu’il n’ait jamais porté l’uniforme des Forces armées canadiennes. (capture d’écran)

Depuis les derniers jours, le cas de Christopher Garnier condamné à une sentence à vie pour le meurtre au deuxième degré de la policière Catherine Campbell de Truro en Nouvelle-Écosse soulève la consternation et la colère.

Garnier a commis un crime horrible et odieux en enlevant la vie à cette policière, la goutte qui a fait déborder le vase est que Garnier, qui a développé un trouble de stress post-traumatique (TSPT) suite à son crime, a droit à des services en santé mentale payés par le ministère des Anciens combattants du Canada et ce, bien qu’il n’ait jamais porté l’uniforme des Forces armées canadiennes (FAC). À première vue, le cas a toutes les raisons du monde de mettre en beau fusil la famille de la victime, les vétérans et les contribuables canadiens.

Comment cela est-il possible ?

Selon les informations disponibles, le père de Garnier est un ancien combattant des FAC qui a développé pendant son service militaire un TSPT. Ce dernier a donc droit et accès à des services de santé mentale couverts par Anciens combattants Canada (ACC). Ainsi, Christopher Garnier à titre de membre de la famille a aussi droit et accès à ces services.

Bien entendu, et surtout j’ose espérer, que le ministère des Anciens combattants du Canada a pris le temps d’étudier attentivement sa demande et que les liens entre les impacts du TSPT de son père sur son développement, sur son passage à l’acte criminel et sur son propre TSPT ont été faits. Je n’ai pas besoin de vous dire que la démonstration de ces liens est d’une extrême complexité pour tous les professionnels en santé mentale qui ont collaboré dans ce dossier et pour les évaluateurs de demandes à Anciens combattants Canada. Si les liens ne peuvent pas être établis, Garnier ne devrait pas avoir accès aux services de santé mentale défrayés par ACC pour son propre TSPT sous le prétexte qu’il est le fils d’un vétéran blessé.

Dans un registre similaire, je n’ai qu’à dire le nom de Guy Turcotte pour vous rappeler la complexité des évaluations psychiatriques/psychologiques dans les cas de crimes crapuleux comme le meurtre et des débats en cour qui en ont suivi. Je vous rappelle que Guy Turcotte fut jugé non criminellement responsable à la fin de son premier procès et coupable de meurtre à son second procès. Deux conclusions bien différentes pour une même situation.

Nous ne connaissons pas l’histoire familiale de Christopher Garnier, mais il est démontré dans les écrits scientifiques que les traumas vécus, tout particulièrement à l’enfance, peuvent avoir un impact dans le développement d’une personne et dans le passage à l’acte criminel. Est-ce le cas de Garnier ? Nous ne le savons pas, car nous n’avons pas accès aux évaluations et au dossier médical de ce dernier.

De plus, la plupart des vétérans qui souffrent d’un TSPT vous le diront, les principales victimes collatérales de leur trouble de santé mentale sont souvent les membres de leur famille immédiate. De surcroit, c’est bien contre leur gré que les vétérans qui souffrent d’un TSPT font des membres de leur famille, ceux et celles qu’ils aiment le plus, des victimes. Les principaux symptômes de ce trouble de santé mentale sont la reviviscence, l’évitement et l’hypervigilance et ils influencent le fonctionnement et les comportements du vétéran. Les dommages collatéraux pour les membres de la famille peuvent prendre de nombreuses formes et avoir de nombreux impacts.

Ceci étant dit, il est possible que le TSPT du père de Christopher Garnier est eu des répercussions significatives sur ce dernier et sur la cellule familiale. Nous pouvons imaginer que c’est ce qui a amené le père de Christopher Garnier à faire des demandes à ACC pour lui-même et les membres de sa famille. Tant et aussi longtemps que Christopher Garnier n’est pas incarcéré, il est pertinent et encouragé que la cellule familiale participe au processus thérapeutique. Toutefois, l’incarcération vient changer la donne.

Je partage et je comprends parfaitement que plusieurs vétérans soient consternés et aberrés qu’un meurtrier sentencé à vie ait accès à des services en santé mentale offerts par ACC (pour un trouble qu’il a développé suite à son crime) tandis que des hommes et des femmes qui ont porté l’uniforme doivent se battre pour obtenir des services et des compensations financières. Cela tient difficilement la route, surtout dans le contexte que les Services correctionnels du Canada possèdent des services en santé mentale dans leurs pénitenciers !

En prenant soin de regarder cette affaire en profondeur, force est de convenir que le problème fondamental n’est pas directement Christopher Garnier. Le problème réside dans les politiques d’accessibilité aux services en santé mentale en place au ministère des Affaires combattants du Canada. Je suis d’accord qu’un tel cas s’avère très complexe autant sur le plan clinique qu’administratif, toutefois, j’ai de profonds doutes que les procédures en place au ministère des Anciens combattants du Canada soient clairement établies et adaptées pour répondre à des cas de cette complexité.

Mais pourtant, il y a bien quelqu’un quelque part qui a pris la décision d’accepter la demande de Christopher Garnier et de lui accorder un défraiement des coûts de services en santé mentale suite au TSPT développé après son crime et bien qu’il soit incarcéré dans un pénitencier et pouvant être suivi par un service correctionnel qui possède ses propres services en santé mentale.

Considérant la situation actuelle de Christopher Garnier, cette décision d’ACC est difficile à saisir. Garnier est sentencé à vie, c’est-à-dire que les Services correctionnels du Canada seront dans sa vie jusqu’à sa mort. Après 13.5 années passées dans un pénitencier, Garnier, si sa conduite et son processus de réhabilitation le justifient, pourra obtenir une libération conditionnelle.

Alors pourquoi n’obtient-il pas des services en santé mentale uniquement par l’entremise des Services correctionnels du Canada ?
Il est incarcéré. Il fait face aux défis de l’incarcération. Il aura des contacts limités avec les membres de sa famille, dont son père. Il sera transféré de pénitenciers au cours de son incarcération. Tout laisse croire que les services de santé mentale des Services correctionnels du Canada sont beaucoup plus pertinents et adaptés à sa situation, au traitement de son TSPT, à sa réalité de condamné à vie, à son incarcération et à son processus de réinsertion sociale. À court terme, Christopher Garnier doit travailler sur sa propre situation et sur son propre TSPT et cela, bien avant le travail nécessaire sur le plan familial (conséquence du TSPT de son père).

Selon toute logique, la décision d’ACC s’avère difficilement compréhensible et nous ramène aux politiques d’accessibilité aux services.
Comme le mentionnent plusieurs acteurs concernés, l’analyse et le renouvellement des politiques et des façons de faire de ce ministère représentent une priorité gouvernementale. Il est légitime de nous demander comment un tel cas a pu être traité et accepté par ACC.

Le cas de Garnier choque, aberre et consterne par sa nature et son unicité. Le ministre des Anciens combattants doit obligatoirement intervenir dans ce dossier et corriger cet affront face aux anciens combattants et à la famille de la victime qui doit vivre avec les conséquences de ce délit. Finalement, je compatis avec la famille de la victime et avec tous les vétérans et les membres de leur famille qui ont besoin de services en santé mentale et qui doivent subir les contrecoups d’un système lourd et désuet. Demain sera un jour meilleur, j’ose l’espérer !

Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est docteur en sociologie de la santé et est professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

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