Crise Canada-Arabie: pas questions d’excuses, Ottawa sollicite plutôt des alliés pour résoudre la crise

0
La ministre des Affaires étrangères Chrystia Freeland, dans le foyer de la Chambre des Communes, à Ottawa, le 19 mars 2018. (Archives/45eNord.ca)

Le Canada a discrètement cherché conseil et soutien auprès de certains de ses alliés, dont l’Allemagne et la Suède, pour tenter de résoudre la crise sans précédent dans ses relations avec l’Arabie saoudite, a indiqué jeudi à l’AFP une source gouvernementale.

Selon un haut responsable gouvernemental ayant requis l’anonymat, la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland a échangé avec ses homologues allemand et suédois.

L’Allemagne et la Suède ont aussi subi ces dernières années les foudres de l’Arabie saoudite pour avoir critiqué son bilan en matière de droits de la personne.

Mme Freeland a cherché à savoir comment ces pays étaient parvenus à régler leurs différends et leur a aussi demandé leur soutien, a ajouté le haut responsable.

Ottawa prévoit également de contacter les Émirats arabes unis et le Royaume-Uni, qui entretiennent de solides liens historiques avec Riyad.

Le royaume saoudien avait créé la surprise lundi en annonçant l’expulsion de l’ambassadeur du Canada, en rappelant son ambassadeur et en gelant tout nouveau commerce ou investissement avec ce pays après la dénonciation par Ottawa de l’arrestation de militants saoudiens des droits de l’homme.

Le premier ministre Justin Trudeau a refusé mercredi de présenter des excuses à l’Arabie Saoudite: «Les Canadiens attendent de notre gouvernement qu’il parle fermement, clairement et poliment de la nécessité de respecter les droits humains, au Canada et dans le monde, c’est ce que nous allons continuer à faire».

M. Trudeau a souligné que Mme Freeland avait eu «une longue discussion» mardi avec son homologue saoudien Adel al-Jubeir pour tenter de résoudre la crise.

«Les discussions avec l’Arabie saoudite se poursuivent», a-t-il dit.

La cheffe de la diplomatie canadienne, Chrystia Freeland, aurait pour sa part clairement indiqué au ministre saoudien Adel al-Jubeir que la politique étrangère du Canada consistait à exprimer sa position publiquement, pas seulement à huis clos.

Le royaume saoudien a cependant encore haussé le ton mercredi excluant toute possibilité de médiation et envisageant même de nouvelles sanctions contre Ottawa.

Le ministre saoudien de l’Énergie a toutefois assuré le Canada que le différend diplomatique entre Riyad et Ottawa n’affectera pas les ventes de pétrole.

L’agence de presse officielle saoudienne, Saudi Press, a publié un communiqué dans lequel le ministre Khaled al-Faleh indique qu’il existe «depuis longtemps une politique ferme qui n’est pas influencée par les circonstances politiques». Le ministre de l’Énergie ajoute que «la crise diplomatique actuelle entre l’Arabie saoudite et le Canada n’aura aucune incidence sur les relations de (l’entreprise nationale) Saudi Aramco avec ses clients au Canada».

Environ 10% des importations de pétrole du Canada proviennent de l’Arabie saoudite.

L’Arabie saoudite est aussi le principal partenaire commercial du Canada dans la région du Moyen-Orient avec, en 2017, des échanges entre les deux pays qui s’élevaient à 4,1 milliards $. CAD.

Le Canada n’a par par ailleurs pas caché sa déception que des puissances occidentales, dont les États-Unis –partenaires et alliés des deux pays–, ne lui expriment pas publiquement leur soutien.

«Les deux parties doivent résoudre ceci par la voie diplomatique», a déclaré mercredi Heather Nauert, porte-parole du département d’État américain. «Nous ne pouvons pas le faire à leur place».

Par contre, une vingtaine d’organismes, dont Oxfam et Avocats sans frontières, ont exprimé leur appui à la ministre jeudi dans une déclaration envoyée aux médias.

«Nous nous joignons au Canada pour presser l’Arabie saoudite de libérer les militantes pour les droits des femmes Samar Badawi et Nassima al-Sada et félicitons la ministre Freeland pour sa position sans compromis en faveur des droits de la personne et pour son leadership audacieux», ont-ils affirmé.

*Avec AFP

Les commentaires sont fermés.