Dans la Syrie en guerre, de l’aide russe pour survivre

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Des soldats russes distribuent de l’aide dans la province de Homs dans le centre de la Syrie, le 15 août 2018. (AFP/Andrei BORODULIN)

Avec son fils dans les bras, Souleiman Barbar observe anxieusement un camion d’où deux militaires russes déchargent des paquets blancs. Quand soudain son regard s’illumine: son épouse a pu obtenir de quoi manger pour quelques jours.

A 31 ans, ce père de famille compte pour survivre sur l’aide alimentaire russe aux habitants de Rastane, ville de la province de Homs dans le centre de la Syrie.

Devant le camion, une vingtaine de médias internationaux emmenés à Rastane par l’armée russe assistent à la distribution, où se pressent une centaine de personnes, avec une nuée d’enfants aux vêtements poussiéreux.

Tous reçoivent un paquet qui contient notamment du riz, de la farine et du lait condensé, orné des drapeaux syrien et russe et du slogan « La Russie avec vous », en cyrillique.

Dans un pays ravagé depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 350.000 morts, détruit les infrastructures et laminé l’économie, quelque 6,5 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

Appuyé depuis 2015 par l’aviation de l’allié russe, le régime de Bachar al-Assad est parvenu à reprendre aux rebelles et jihadistes de vastes pans du territoire en lançant des assauts destructeurs et en imposant des accords de capitulation.

La ville de Rastane a été reprise entièrement en mai par le régime, qui a fait évacuer les rebelles et leurs familles vers d’autres zones insurgées, plus au nord.

« Pendant la guerre, c’était très dur. Nous n’avions pas assez à manger ni à boire », explique Souleiman Barbar, les yeux alourdis de cernes. « Maintenant qu’il y a cette aide, ça va mieux ».

– Travail à perte –

La Russie livre une fois par jour à Rastane de l’aide alimentaire, affirme à l’AFP le porte-parole de l’armée russe, le général Igor Konachenkov. « Nous continuerons jusqu’à ce que la situation alimentaire s’améliore: cela peut prendre encore plusieurs mois une fois la guerre terminée ».

Pour le seul mois de juillet, le PAM a distribué des aides à plus de trois millions de personnes en Syrie. « La flambée des prix de la nourriture et du carburant, la stagnation des salaires, la perte de revenus et une baisse de la production agricole ont entraîné une insécurité alimentaire généralisée dans tout le pays », selon l’organisation internationale.

Dans la ferme d’Ahmed Ali al-Tawil, à Arzah, près de Hama (centre), 15 à 20 ouvriers agricoles s’activent, des déplacés et des réfugiés tout juste rentrés de l’étranger. D’autres ont loué un lopin de terre et le cultivent pour nourrir leur famille.

La petite exploitation d’un hectare revient de loin. « Les combats avaient lieu à 5 km d’ici et lorsque les tirs étaient trop intenses, les ouvriers ne pouvaient pas venir », raconte M. Tawil, au milieu de son verger, où il assure avoir trouvé des mines.

Aujourd’hui, il dit « travailler à perte ». « Nos fruits se vendent à des prix très bas car nous ne pouvons pas exporter en raison des sanctions » de l’Union européenne et des Etats-Unis.

Il se réjouit cependant d’avoir réalisé une belle récolte cette année, avec « beaucoup de pluie, ce qui est parfait pour les pommes de terre et les fruits ».

– Bonbons au souk –

Pour le Premier ministre syrien Imad Khamis, « le développement du secteur agricole est une priorité ». L’agence officielle Sana a dévoilé un plan pour développer l’agriculture avec entre autres une exonération de certaines taxes pour les projets agricoles familiaux.

Entre 2006 et 2010, la Syrie avait connu l’une de ses pires sécheresses, poussant des milliers d’habitants à quitter la campagne et provoquant une hausse des prix des denrées alimentaires.

Dans le centre historique de Homs, où les carcasses en béton d’immeubles pilonnés côtoient les minarets parsemés d’éclats, le gouverneur Talal Barazi a organisé une visite du souk pour les journalistes.

Au coeur de la « capitale de la révolution », le marché pluricentenaire était méconnaissable après un assaut du régime qui a repris la ville en 2014. Il possède désormais une arcade flambant neuve, où quelques rares commerçants étalent leurs marchandises devant les caméras.

A 45 ans, Mohammad tient un magasin de sucreries, ouvert en 1929 par son arrière grand-père, qu’il a reconstruit par la force de ses mains en 2015 pendant huit mois.

« Bien sûr, les affaires ne sont pas les mêmes. Les prix sont bien plus élevés et peu de gens peuvent acheter de la nourriture, encore moins des bonbons », dit-il à l’AFP, estimant avoir perdu environ 30% de sa clientèle d’avant-guerre.

« Mais nous sommes contents, nous avions cru ne jamais pouvoir revenir ».

Poutine appelle l’UE à participer à la reconstruction en Syrie

Par ailleurs, le président russe Vladimir Poutine a appelé samedi les Européens à participer financièrement à la reconstruction de la Syrie pour permettre le retour chez eux de millions de réfugiés, lors d’une visite en Allemagne.

« Il faut renforcer la dimension humanitaire dans le conflit syrien et je veux dire par là avant tout l’aide humanitaire à la population syrienne, et aider les régions où les réfugiés se trouvant à l’étranger peuvent retourner », a-t-il déclaré avant un entretien avec la chancelière Angela Merkel.

Il y en a un million en Jordanie, autant au Liban, et 3 millions en Turquie, a-t-il énuméré.

L’Allemagne en a accueilli aussi plusieurs centaines de milliers depuis 2015, au plus fort de la crise migratoire, qui a ébranlé la cohésion de l’Union européenne et affaibli politiquement Angela Merkel.

« C’est potentiellement un énorme poids pour l’Europe », a-t-il mis en garde.

« C’est pourquoi il faut tout faire pour que ces gens rentrent chez eux », ce qui veut dire concrètement rétablir les services de base comme l’approvisionnement en eau ou les infrastructures médicales.

La chancelière a estimé de son côté que la priorité en Syrie était « d’éviter une catastrophe humanitaire », sans rentrer dans les détails.

Les deux dirigeants veulent également évoquer le règlement la crise ukrainienne, qui « malheureusement n’avance pas du tout », a jugé M. Poutine.

Le processus de paix des accords de Minsk, parrainé par l’Allemagne et la France, est au point mort, a également constaté la chancelière, soulignant l’absence « de cessez le feu stable » dans l’est de l’Ukraine. Une mission des Nations unies sur place, au menu des discussions avec M. Poutine, « pourrait peut-être jouer un rôle de pacification » dans la région, a-t-elle dit.

La Russie est accusée par Kiev et les Occidentaux de soutenir militairement les séparatistes de l’Est ukrainien, ce qu’elle nie.

La coopération économique, en particulier dans le domaine de l’énergie, doit aussi être un thème central des discussions.

La Russie et l’Allemagne sont partenaires dans le projet de gazoduc Nord Stream 2, très critiqué par le président américain Donald Trump, qui doit doubler les capacités de livraison par la route de transit via la mer Baltique tout en évitant un transport via l’Ukraine.

« L’Ukraine doit à mon avis jouer un rôle dans le transit de gaz vers l’Europe », même après l’entrée en fonction de Nord Stream 2 prévue en 2019, a déclaré la chancelière.

M. Poutine a de nouveau défendu le projet, « qui répond à la demande croissante de l’économie européenne pour les ressources énergétiques ».

« Je veux souligner ici que Nord Stream 2 est uniquement un projet économique et il ne ferme pas la porte à la continuation du transit de gaz à travers le territoire de l’Ukraine », a-t-il réaffirmé.

En juillet, il avait déjà assuré que la Russie était disposée à maintenir le transit de gaz russe par l’Ukraine après la mise en service du gazoduc, mais sans en dire plus sur les volumes ou les tarifs.

Les deux responsables mènent leurs consultations au château de Meseberg, la résidence du gouvernement à 70 km au nord de Berlin. Aucune communication n’est prévue à l’issue de la rencontre.

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