Depuis les airs, les Casques bleus canadiens découvrent le Mali

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Un hélicoptère CH-146 Griffon décolle du Camp Castor, à Gao, au Mali, au cours de l’opération PRESENCE, le 5 août 2018. (Caporal Ken Beliwicz/Combat Cam)

À vive allure, l’hélicoptère canadien dépasse le fleuve Niger puis s’enfonce dans la savane, tandis que les deux artilleurs, bien accrochés à leurs mitrailleuses, scrutent le sol. Quand soudain la pilote annonce: «Une jauge est à l’arrêt, on n’a plus qu’un seul moteur».

Récemment déployés au Mali, les Casques bleus canadiens découvrent un conflit et des conditions climatiques qui ne ressemblent en rien aux dernières opérations auxquelles Ottawa a pris part.

Voler dans le nord du Mali, «c’est comme quand on travaille dans l’Arctique, il faut juste remplacer la glace par le sable et les -40 degrés par les +40», plaisante le lieutenant-colonel Chris Morrison, commandant du détachement aérien canadien déployé à Gao.

Dans le Sahara, les appareils sont soumis à des conditions extrêmes et «il y a peu de pistes pour se poser», pour par exemple effectuer des réparations ou faire le plein, remarque cet officier déployé par le passé en Bosnie et en Afghanistan.

Dans son QG établi dans un bunker en bordure de la piste de l’aéroport de la grande ville du nord-est du Mali, M. Morrison coordonne les sorties de ses appareils en fonction des besoins de la force des Nations unies (Minusma) qui compte 14 000 hommes, dont désormais 250 Canadiens.

Arrivés en juillet, les soldats à la feuille d’érable se sont établis au Camp Castor, où sont installés également environ 900 fantassins allemands et une centaine de Néerlandais. Les alliés de l’Otan sont collés sur le SuperCamp de l’ONU (4000 autres soldats de la paix) et se trouvent à un jet de pierre du baraquement des forces françaises de l’opération Barkhane.

De leur base établie aux portes du désert, dans la poussière ocre, les Canadiens déploient depuis le début du mois deux hélicoptères Chinook transformés en ambulance volante, appuyés par quatre hélicoptères Griffon d’attaques.

Source: Wikipédia

Le Mali, avec ses 1 241 238 kilomètres carrés, est le plus vaste État d’Afrique de l’Ouest après le Niger. Il est enclavé à l’intérieur de l’Afrique occidentale entre le tropique du Cancer et l’Équateur. Il est traversé par deux grands fleuves : le Sénégal et le Niger. La plus grande part de la population habite en zone rurale. La densité, très variable, passe de 90 hab./km2 dans le delta central du Niger à moins de 5 hab./km2 dans la région saharienne du Nord.

Le pays possède des frontières communes avec la Mauritanie, l’Algérie, le Niger, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Sénégal.

Outre la capitale Bamako, les villes principales sont Kayes, Ségou, Mopti, Sikasso, Koulikoro, Kidal, Gao, Tombouctou.

Le pays possède trois zones climatiques :

les deux tiers nord du pays, entièrement désertiques, appartiennent au Sahara méridional, avec des précipitations annuelles inférieures à 127 mm. Cette région est traversée par des nomades avec leurs troupeaux;

le centre : la région sahélienne, relativement sèche (aux pluies tropicales relativement insuffisantes), est couverte de steppe remplacée progressivement vers le sud par la savane. La vallée du Niger est cultivée grâce à certains travaux de mise en valeur : on y trouve du riz, du coton, du karité (appellation en langue bambara), de l’arachide, du mil, du sorgho. Une vaste étendue dans le centre du Mali est constituée de marécages, dus aux nombreux bras du Niger;

la région soudanaise est une zone avec des précipitations de 1 400 mm par an et des températures moyennes comprises entre 24 °C et 32 °C. Elle est, dans sa partie nord, couverte de savane devenant de plus en plus dense et se transformant progressivement en forêt vers le sud.

Le relief est peu accentué. Les plaines alluviales, très vastes, sont toutefois dominées par quelques plateaux calcaires et de grès (plateaux mandingues et dogon). Le point culminant du Mali est le mont Hombori (1 155 m).

Grand retour

Après le retrait des appareils allemands, qui assuraient cette mission médicale cruciale, les Nations unies avaient pressé Ottawa d’hâter son déploiement annoncé par le Premier ministre Justin Trudeau, bien décidé à réinvestir le Canada dans les opérations de maintien de la paix. Notamment pour décrocher un siège non-permanent au Conseil de sécurité de l’ONU, en 2021.

Cette mission malienne constitue un grand retour pour les militaires canadiens, qui avaient été quasiment absents d’Afrique pendant un quart de siècle, après l’échec des missions en Somalie (1992-1993) et au Rwanda (1993-1996).

«On veut aider l’ONU, c’est une mission difficile», résume le colonel Chris McKenna, commandant des troupes canadiennes au Mali.

Depuis ses débuts en 2013, la Minusma a perdu quelque 170 Casques bleus, dont 104 dans des actes hostiles, soit plus de la moitié des soldats de l’ONU tués sur cette période dans le monde.

«C’est compliqué, mais c’est comme on l’attendait. L’environnement est difficile, avec la poussière et la chaleur. Travailler dans un environnement multilatéral, multinational, pose des défis, mais ça va très bien», assure le colonel McKenna.

Inventeur du concept de Casques bleus dans les années 1950, Ottawa avait délaissé les missions de maintien de la paix depuis la fin des années 1990. Porter à nouveau le béret bleu suscite donc l’enthousiasme chez les Canadiens. «C’est une bonne chose d’être de retour, observe le major Dominique Simard, pilote d’hélicoptère. On est là pour sauver des vies, c’est gratifiant. »

Conditions extrêmes

Dans leur base, les soldats occidentaux ne manquent de rien: internet est accessible par wifi, les soldats disposent d’un service postal, la cantine -tenue par des cuisiniers venus d’Inde- est ravitaillée depuis l’Europe et un bar sans alcool ainsi qu’une une salle de sport permettent d’occuper le temps libre.

Car selon leur mandat, les Canadiens ont interdiction de mettre un pied en dehors du Camp Castor, hormis lors de leurs interventions aéroportées. «600 m par 600 m pendant sept mois», résume un officier, laconique.

«Chaque jour, on est en l’air, à 35 pieds au dessus du théâtre, mais on ne va pas faire de convoi (terrestre), on n’est pas équipé pour ça. Notre mandat n’est pas lié à ça», explique le colonel McKenna.

Encore faut-il que les appareils supportent les conditions extrêmes du désert. Après 15 minutes à voler dans l’incertitude, en pensant n’avoir qu’un seul moteur opérationnel, la jauge s’est relancée.

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