Dix ans après la guerre, la Géorgie dénonce l’«occupation» russe

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Des chars russes avancent en territoire géorgien lors de la guerre éclair qui a opposé la Géorgie et la Russie pour le contrôle de l’Ossétie du Sud en août 2008. (Archives/Dmitry Kostyukov/AFP)

La Géorgie a condamné mardi l' »occupation » de son territoire par la Russie, à la veille du dixième anniversaire de la « guerre éclair » suivie de la reconnaissance par Moscou de deux territoires séparatistes géorgiens, une étape majeure de la dégradation des rapports Est-Ouest.

« Il s’agit d’une guerre contre la Géorgie, d’une agression, d’une occupation et d’une violation flagrante du droit international », a martelé le président géorgien Guiorgui Margvelachvili lors d’une réunion avec ses ministres et des responsables venus de Lettonie, Lituanie, Pologne et Ukraine.

« L’appétit de l’agresseur n’a fait que se creuser depuis l’invasion », a-t-il ajouté, dans une référence à la Russie voisine.

Moscou et Tbilissi s’opposent de longue date sur les ambitions de la petite ex-république soviétique du Caucase de rejoindre l’UE et l’Otan, une éventualité considérée par la Russie comme un empiétement dangereux dans sa zone d’influence.

A l’été 2008, ces tensions se sont transformées en conflit, lorsque l’armée russe intervient sur le territoire géorgien pour voler au secours de la petite Ossétie du sud, territoire séparatiste prorusse où Tbilissi avait lancé une opération militaire meurtrière.

En cinq jourS, les forces de Moscou mettent l’armée géorgienne en déroute et menacent de prendre la capitale.

Un accord de paix négocié par le président français Nicolas Sarkozy aboutit finalement au retrait des troupes russes, mais Moscou reconnaît l’indépendance des régions séparatistes d’Ossétie du sud et d’Abkhazie et y maintient depuis une forte présence militaire.

L’Ossétie du sud et l’Abkhazie, qui représentent environ 20% de la totalité du territoire géorgien, avaient déclaré leur indépendance et l’avaient défendu pendant une première guerre contre les forces de Tbilissi après la dislocation de l’URSS au début des années 1990.

– Coup de semonce –

La cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a dénoncé dans un communiqué « la présence militaire russe en Abkhazie et Ossétie du sud » comme une « violation du droit international ».

Le ministère allemande des Affaires étrangères a de son côté qualifié d' »inacceptable » la reconnaissance par Moscou des deux territoires.

Le ministre polonais des Affaires étrangères Jacek Czaputowicz avait dénoncé lundi « la première agression militaire, dans l’histoire européenne de l’après-guerre, d’un pays contre un Etat souverain ».

Selon M. Margvelachvili, la réaction plutôt passive des Occidentaux envers la Russie après la guerre de 2008 est l’élément qui a donné assez confiance à Moscou dans ses actions pour organiser l’annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée en 2014, après l’arrivée au pouvoir de pro-occidentaux à Kiev.

« Nous avons vu ce que la Russie a fait en Ukraine en 2014 », où des rebelles prorusses soutenus par Moscou ont instauré deux républiques séparatistes dans l’Est dans le cadre d’une conflit ayant fait 10.000 morts, a-t-il souligné dans un entretien à l’AFP la semaine dernière.

– Enquête à la CPI –

Le Premier ministre russe Dmitri Medvedev, qui était président lors de la guerre à l’été 2008, a pour sa part défendu dans une interview au journal Kommersant la reconnaissance par Moscou de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud comme « la seule mesure possible » afin « de préserver une paix durable et la stabilité dans le Caucase du sud ».

Dans un texte publié lundi sur le site de la radio russe Echo de Moscou, le président géorgien de l’époque Mikheïl Saakachvili a accusé la Russie d’avoir préparé dès 2006 un assaut contre la Géorgie et d’avoir massé des troupes à la frontière avant le conflit, multipliant les « provocations » contre les forces géorgiennes.

Il a assuré que si son pays n’avait aucune chance en 2008 contre son puissant voisin, il avait « donné un coup dans la mâchoire » à la Russie et « gagné du temps avant que la communauté internationale ne se réveille ».

La Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête en 2016 sur ce conflit où des crimes de guerre ont été commis des deux côtés et qui a fait plusieurs centaines de morts et plus de 120.000 déplacés, selon un bilan d’août 2008 du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés.

Une porte-parole du Département d’État américain appelle Moscou à se retirer de régions de Géorgie

Les Etats-Unis ont appelé mardi Moscou à se retirer d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, deux territoires séparatistes géorgiens dont la Russie a reconnu l’indépendance il y a 10 ans et où elle maintient depuis une forte présence militaire.

« Ces régions font partie de la Géorgie. Elles ne font pas partie de la Russie », a déclaré la porte-parole du département d’Etat, Heather Nauert. « Les Etats-Unis continuent de soutenir la souveraineté de la Géorgie et (…) son intégrité territoriale dans les frontières internationalement reconnues ».

« Les Etats-Unis appellent la Russie à retirer ses forces jusqu’à leurs positions déterminées par l’accord de cessez-le-feu de 2008 », a ajouté Mme Nauert au cours d’un point de presse.

Le 7 août 2018 – Ottawa, Canada – Affaires mondiales Canada

«Au cours des 10 dernières années, depuis la guerre tragique entre la Russie et la Géorgie, plus de 100 000 Géorgiens sont toujours déplacés et des milliers d’autres continuent de vivre sous l’occupation russe. L’occupation continue de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie par la Russie viole le droit international et porte atteinte à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Géorgie. Les résidents des régions occupées, incluant le long de la ligne de contact, continuent de souffrir en tant que victimes de crimes et de violations des droits de la personne, notamment des enlèvements, des restrictions de déplacements et des exécutions extrajudiciaires.

«La Russie doit respecter ses obligations en vertu de l’accord de cessez-le-feu du 12 août 2008 et de l’accord sur les mesures d’application du 8 septembre 2008, afin de parvenir à une solution pacifique et durable à ce conflit. Nous demandons également à la Russie de permettre à la Mission de surveillance de l’Union européenne d’avoir accès aux territoires géorgiens dans lesquels elle exerce un contrôle de facto.

«Le Canada accueille favorablement la nouvelle initiative de paix du gouvernement de la Géorgie, Un pas vers un avenir meilleur, visant à améliorer les conditions humanitaires et socioéconomiques des résidents des régions de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, en Géorgie.

«Le Canada a été catégorique dans sa condamnation du comportement inacceptable de la Russie à l’internationale. Nous continuerons à travailler avec nos partenaires internationaux pour tenir la Russie responsable de son comportement déplorable et illégal.

«Le Canada est solidaire de la Géorgie et appuie sa souveraineté et son intégrité territoriale.»

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