Hommage national pour John McCain aux États-Unis

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Le drapeau américain en berne sur la Maison Blanche, dimanche 26 août 2018, au lendemain de la mort de John McCain. (AFP/Brendan Smialowski)

Les drapeaux étaient en berne aux États-Unis dimanche, au lendemain de la mort du sénateur républicain John McCain, ancien pilote pendant la guerre du Vietnam et candidat à la Maison-Blanche au parcours politique tumultueux, mais aujourd’hui célébré quasi universellement.

Le sénateur de l’Arizona est mort à l’âge de 81 ans samedi dans son ranch près de Sedona, après 13 mois de lutte contre un cancer du cerveau. Il avait 81 ans et sept enfants. Sa famille et sa seconde épouse, Cindy, étaient à ses côtés lors de son dernier souffle.

Comme pour John F. Kennedy, Ronald Reagan, Rosa Parks et quelques illustres sénateurs, son cercueil sera présenté dans la rotonde du Capitole à Washington, un honneur réservé à ceux qui ont marqué l’histoire des États-Unis.

Selon le New York Times, il sera également présenté au capitole de l’Arizona, cet État qu’il a représenté plus de 35 ans au Congrès.

Trump silencieux

Les obsèques devraient avoir lieu à la Cathédrale nationale de Washington.

Les anciens présidents Barack Obama et George W. Bush, un démocrate et un républicain, devraient prononcer des éloges funèbres, à sa demande, selon le Times. Plusieurs médias avaient rapporté il y a plusieurs mois que le sénateur avait expressément demandé à ce que Donald Trump ne participe pas, le vice-président Mike Pence étant prévu à la place.

Ce programme n’a pas été confirmé officiellement.

Il a en revanche été annoncé qu’il serait enterré au cimetière de l’Académie navale d’Annapolis, sur la côte est, où il suivit sa formation de pilote de la marine.

L’épitaphe de sa tombe sera, selon son voeu exprimé dans une interview en 2015: «Il a servi son pays».

Son départ réduit temporairement la majorité républicaine au Sénat à 50 sièges contre 49 pour l’opposition démocrate. Il revient au gouverneur de l’Arizona de nommer un successeur jusqu’à ce qu’un scrutin soit organisé, lors des élections de 2020.

«Patriote», «héros», «combattant», «non-conformiste»: les mots des hommages rendus par l’ensemble de la classe politique du pays avaient pour point commun la carrière de l’homme au service de la nation.

«C’est un patriote. Quel que soit le parti, c’est un patriote», a dit Hillary Clinton, émue, sur CNN.

Un hommage, pourtant, manque à l’appel: celui du président actuel des États-Unis.

Donald Trump – John McCain avait dit en 2016 qu’il ne voterait pas pour lui, ne cachant pas son mépris pour lui – a tweeté un bref message de condoléances à la famille McCain, mais sans évoquer le parcours de l’homme.

«Mes condoléances et mon respect le plus sincère pour la famille du sénateur John McCain. Nos cœurs et nos prières sont avec vous !», a-t-il écrit.

Réactions internationales

John McCain était l’un des rares élus du Congrès célèbres hors des frontières des États-Unis, et un visiteur régulier de capitales étrangères dans le cadre de délégations parlementaires. On l’a vu beaucoup à Bagdad, au Moyen-Orient ou encore à Kiev, où il avait soutenu la «Révolution orange». Il était un pourfendeur virulent de Vladimir Poutine.

Le président français Emmanuel Macron, le premier ministre canadien Justin Trudeau, le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et d’autres dirigeants ont salué sa mémoire ce week-end. « Un défenseur infatigable d’une alliance transatlantique forte », a dit la chancelière allemande Angela Merkel.

Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, a rappelé que McCain s’était rendu au Mali dès les premières semaines de l’opération militaire Serval en 2013 pour rencontrer les forces françaises.

De son vivant, John McCain n’a pas toujours été une figure consensuelle.

Aux primaires présidentielles de 2000, il cultiva une image de républicain centriste au fort franc-parler, mais il échoua face à George W. Bush, plus en phase avec l’orthodoxie conservatrice.

Au Sénat, il fut partisan farouche de la guerre d’Irak et regretta le départ des troupes américaines, sous Barack Obama. Sa défense d’une hausse permanente des dépenses militaires était critiquée à droite comme à gauche comme irresponsable budgétairement.

Il est aussi accusé d’avoir mis le pied à l’étrier aux précurseurs de la mouvance conservatrice populiste du Tea Party en choisissant comme colistière Sarah Palin, lorsqu’il fut candidat républicain à la Maison-Blanche en 2008 – une décision qu’il finira par regretter.

Mais son engagement contre la torture, pour une réforme de l’immigration favorable aux sans-papiers et pour défendre une tradition politique de civilité l’ont au contraire vu transcender les divisions partisanes pour s’allier avec des démocrates.

L’autre sénateur de l’Arizona Jeff Flake a raconté dimanche que, certes, son ancien collègue avait un caractère volcanique. «Mais il pardonnait facilement, passait à autre chose et préférait voir ce que ses adversaires avaient de bon. C’est une leçon bien utile dans la période actuelle», a-t-il dit sur la chaîne ABC.

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