Les dépouilles américaines proviendraient du site de la bataille du réservoir de Chosin

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La Defense POW/MIA Accounting Agency (DPAA), l’agence américaine traitant des questions de soldats disparus, et le U.S. Indo-Pacific Command ont tenu une une cérémonie à la base de Pearl Harbor-Hickam, à Hawaï, le 1er août 2018 où es porteurs des Marines, de l’armée, de la marine et de l’aviation ont porté 55 cercueils contenant les restes de militaires américains qui ont perdu la vie lors de la guerre de Corée. (Aviateur senior Mikaley Kline/U.S. Air Force)

Les dépouilles de soldats américains restituées aux États-Unis par la Corée du Nord semblent provenir du site d’une célèbre bataille de la guerre de Corée, a indiqué jeudi un responsable américain.

Selon la Defense POW/MIA Accounting Agency (DPAA), l’agence américaine traitant des questions de soldats disparus, la plupart des dépouilles viendraient du village nord-coréen de Sinhung-Ri, un village situé à proximité du site de la bataille du réservoir de Chosin, qui avait fait des milliers de victimes américaines en novembre et décembre 1950.

« Les dépouilles sont liées à la célèbre bataille », a avancé John Byrd, directeur de l’analyse scientifique au sein de la DPAA, lors d’une visioconférence de presse depuis Hawaï, où sont arrivées mercredi 55 réceptacles contenant les dépouilles.

Ces dernières ont été « conditionnées avec beaucoup de soin » par les Nord-Coréens, a ajouté l’expert, qui a souligné que des analyses plus poussées seront nécessaires.

Source: Wikipédia

La bataille du réservoir de Chosin est une bataille décisive pendant la guerre de Corée, opposant les forces onusiennes à celles de la République populaire de Chine, du 27 novembre au 13 décembre 1950.

Dans les heures précédant l’aube du 25 juin 1950, sous la protection d’un formidable barrage d’artillerie, 135 000 Nord-Coréens franchirent la frontière entre les deux Corées. Le gouvernement nord-coréen annonça que des troupes commandées par le «traître et bandit» Syngman Rhee avaient traversé le 38e parallèle, et que par conséquent le Nord avait été obligé de riposter  à une grave provocation des fantoches de Washington», selon L’Humanité du lendemain.

L’attaque nordiste fut dévastatrice. Au moins les deux tiers de la petite armée sud-coréenne (à peine 38 000 hommes répartis sur 4 divisions d’infanterie) étaient alors en permission, laissant le pays largement désarmé. Les Nord-Coréens attaquèrent en plusieurs endroits stratégiques, parmi lesquels Kaesong, Chunchon, Uijongbu, et Ongjin. En quelques jours, les forces sudistes, surclassées en nombre et en puissance de feu, furent mises en déroute et durent battre en retraite. Tandis que l’attaque au sol progressait, l’armée de l’air nordiste bombarda l’aéroport de Gimpo à Séoul où se trouvaient les 22 avions de liaison et d’entraînement de l’aviation du sud. Séoul fut prise dans l’après-midi du 28 juin et Osan, Pyongtaek, Cheonan et Daejeon défendus par les Américains tombent début juillet. L’établissement du périmètre de Busan permet de stopper l’offensive nord-coréenne.

La contre-attaque des forces de l’ONU

En septembre 1950, les forces de l’ONU contre-attaquent et parviennent à reprendre Incheon et Séoul. Celles-ci parviennent à faire refluer les troupes de l’Armée populaire de Corée jusqu’au réservoir de Chosin, une position montagneuse située dans la province de Hamgyong du Sud en Corée du Nord. La guerre (de mouvement du moins) paraissait alors être terminée. Dès lors, voyant là un tournant du conflit, la Chine entre dans la guerre du côté de la Corée du Nord.

Déroulement de la bataille

La bataille débute le 27 novembre alors que les températures au Chosin sont très rudes à cette période de l’année. 17 jours de bataille acharnée s’ensuivront entre les forces de l’ONU, sous commandement du major-général Edward Almond et l’Armée populaire chinoise, sous commandement de Song Shi-Lun. Encerclées par 67 000 soldats chinois, les forces onusiennes battent en retraite tout en infligeant de lourdes pertes aux Chinois. L’évacuation du X Corps (composé de la 1re division de Marines, 3e division d’infanterie et de la 7e division d’infanterie légère) à partir du 8 décembre marque la fin de la bataille et le retrait complet des forces onusiennes de Corée du Nord.

Le Pentagone va doubler l’équipe chargée de l’identification

Le Pentagone a déclaré jeudi qu’il doublait la taille de son équipe basée à Hawaï, chargée d’identifier les restes.

Kelly McKeague, directeur de la DPAA, a déclaré que l’agence élargira son équipe de scientifiques de cinq à dix personnes après avoir reçu ce premier transfert de la Corée du Nord en plus d’une décennie. L’équipe a déjà commencé à collecter des échantillons d’ADN et à examiner les dents et les os pour commencer le processus d’identification, a déclaré McKeague.

De nombreux pays ont combattu lors de la guerre de Corée (1950-1953), mais les objets accompagnant les dépouilles –boutons, ceintures, bottes– laissent penser selon la DPAA qu’elles sont celles de soldats américains.

Les plaques d’identité contenus dans les cercueils seront retournées aux familles des soldats disparus la semaine prochaine, mais le Dr John Byrd, directeur de l’analyse scientifique de la DPAA, prévient pour sa part que les plaques ne prouvent pas à elles seules à quelle dépouille on a affaire.

On ne sait pas non plus pour l’instant à combien de personnes on a affaire, d’expliquer le Dr Byrd: «Il est trop tôt pour le dire », a-t-il déclaré. « Vous ne devez pas supposer qu’un cercueil égale une personne. Il y a beaucoup de possibilités … y compris qu’une personne puisse être dans deux cercueils.»

McKeague a indiqué que des échantillons d’ADN existent pour 92% des militaires américains de la guerre de Corée, et que, dans certains cas, des dossiers dentaires sont également disponibles et seront utilisés pour analyser les restes. En outre, des radiographies thoraciques sont disponibles pour 75% des soldats américains la guerre de Corée, ce qui aidera à retrouver les os de la poitrine parmi les restes, a déclaré Byrd.

Le processus pourrait durer de quelques mois à plusieurs années, ont déclaré les responsables de l’agence, notant que certains vestiges retrouvés dans les années 90 n’ont toujours pas été identifiés de manière positive.

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un s’était engagé, lors de son sommet historique du 12 juin à Singapour avec le président américain Donald Trump, à « retrouver les dépouilles des prisonniers de guerre et des soldats portés disparus », et à « rapatrier immédiatement ceux qui ont déjà été identifiés ».

Pour Washington, la restitution de ces dizaines de dépouilles ne constitue qu’une « première étape », plus de 5.300 Américains engagés lors de la guerre de Corée n’étant jamais rentrés à la maison.

Pas de second sommet «pour le moment» avec Kim Jong-un

Par ailleurs, la Maison-Blanche s’est montrée optimiste jeudi sur les négociations avec la Corée du Nord en vue d’une dénucléarisation de la péninsule, assurant toutefois qu’il n’y avait «pour le moment» pas de sommet prévu entre Kim Jong-un et Donald Trump, près de deux mois après leur rencontre à Singapour.

L’exécutif américain tente de garder sur les rails ces discussions même si plusieurs informations ont fait état de la poursuite des programmes nucléaire et balistique nord-coréen, selon des experts.

«Il n’y a pas de seconde rencontre calée ou finalisée pour le moment», a déclaré la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, précisant cependant que l’administration était «ouverte à cette discussion».

Dans un tweet de remerciements au leader nord-coréen pour le rapatriement de dépouilles de militaires ayant combattu pendant la guerre de Corée, Donald Trump avait lancé jeudi matin: «Merci pour votre aimable lettre – j’ai hâte de vous voir bientôt», ce qui pouvait laisser penser qu’une seconde rencontre était déjà calée.

Sarah Huckabee Sanders a une nouvelle fois confirmé la réception de cette lettre du dirigeant nord-coréen lors de son point presse quotidien depuis la Maison-Blanche, ajoutant que le président lui avait répondu, une lettre qui «sera remise sous peu» à Kim Jong-un.

Mais la porte-parole n’a pas révélé le contenu précis des lettres ni répondu directement à la question sur une éventuelle poursuite des programmes nucléaire et balistique nord-coréens.

«Je peux dire que les lettres abordent leur engagement (contenu) dans leur communiqué commun qui a été fait au sommet de Singapour. Ils vont continuer à travailler ensemble vers une dénucléarisation complète et totale», a répondu Sarah Huckabee Sanders.

Deux mois après la rencontre historique de Singapour, dont le président américain ne cesse de louer le succès, nombre de voix s’interrogent sur le manque de résultats concrets.

Au sommet de Singapour le 12 juin, Kim Jong-un n’a jamais promis publiquement de suspendre les activités des sites nord-coréens de fabrication des missiles. Il s’est seulement engagé à «oeuvrer à» une dénucléarisation de la péninsule coréenne.

Et surtout, il ne s’est pas engagé à désarmer unilatéralement.

Lundi, le Washington Post citait les agences américaines de renseignement ayant repéré, par images satellite, la construction d’«un, peut-être deux» nouveaux missiles dans un grand complexe de recherche à Sanumdong, à proximité de Pyongyang.

Mais Donald Trump combat cette image de négociations qui stagnent, soulignant que la Corée du Nord a interrompu depuis plusieurs mois ses essais nucléaires et même de tirs de missiles balistiques intercontinentaux.

La porte-parole de la Maison-Blanche a souligné pour sa part «que le président ne sera pas satisfait tant que la Corée n’aura pas été dénucléarisée».

«Nous allons continuer à avancer. Nous avons vu des progrès et la coopération se poursuit», a ajouté Sarah Huckabee Sanders.

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*Avec AFP

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