Les véritables héros ne meurent jamais…(VIDÉO)

0


Des souvenirs de la deuxième guerre mondiale par M. Gérard Boivin. (2e Division du Canada / 2nd Canadian Division/9 nov. 2015)

C’est malheureusement souvent de la même façon que la perte d’une personne significative est annoncée ! Nous recevons un coup de téléphone ou encore un message pour nous informer de la situation. Toute la communauté des anciens combattants est profondément touchée par le décès du camarade Gérard Boivin qui était âgé de 95 ans.

En juin 2014, je me suis rendu au Local 190 de la Légion royale canadienne. Ce local est situé à Saint-Jérôme dans les Laurentides. Quelques minutes après avoir pénétré dans cet édifice datant, mais très accueillant, un homme âgé de petite taille, s’est approché et m’a dit: «Bonjour, je suis Gérard Boivin et vous êtes ?» Je me suis présenté en lui disant que je venais d’obtenir ma libération des Forces armées canadiennes pour accepter un poste de professeur à l’Université du Québec en Outaouais et que je désirais devenir membre de la Légion. Nous avons continué de discuter pendant de longues minutes. En peu de temps, j’ai immédiatement été fasciné par l’histoire de vie unique de cet homme.

Gérard Boivin (droite) ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale où il a participé à la Campagne d’Italie en temps que membre du Royal 22e Régiment, et vétéran de la Guerre de Corée où il fut déployé de 1949 à 1952, photographié ici en compagnie de Dave Blackburn (gauche) ex-militaire devenu professeur et chercheur à l’UQO. (Dave Blackburn)
MONSIEUR Boivin était un ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale où il a participé à la Campagne d’Italie en temps que membre du Royal 22e Régiment. Il fut gravement blessé au champ de bataille et fut sauvé par le personnel du Corps médical. Malgré cela, en 1949, après avoir émigré aux États-Unis, Monsieur Boivin s’enrôla dans l’infanterie et fut déployé en Corée entre 1949 et 1952.

À chaque visite à la Légion, il prenait le temps de me saluer et de discuter avec moi. Il m’appelait toujours avec le plus grand respect «professeur Blackburn» bien que cela me rendait quelque peu mal à l’aise.

En novembre 2015, j’avais décidé d’organiser une activité dans le cadre de la Semaine des anciens combattants à l’Université du Québec en Outaouais. Comme je donnais les cours de santé mentale au baccalauréat et à la maîtrise, je désirais exposer mes étudiantes et étudiants à la réalité du service militaire et sur les possibles répercussions au plan de la santé mentale. J’ai donc invité Monsieur Boivin à venir discourir sur son expérience militaire en zone de guerre et des répercussions sur sa personne.

Sans aucune note, Monsieur Boivin a partagé son histoire de vie avec les personnes présentes dans la salle. Par moment, il utilisait l’humour pour expliquer la situation. Par moment, il était plongé dans ses souvenirs parfois douloureux. Les larmes lui sont venues aux yeux à quelques reprises. Je dois vous dire que j’ai aussi eu les larmes aux yeux tout comme une bonne partie de l’auditoire. Imaginez comment cela devait être difficile pour un homme de plus de 90 ans, de retourner dans l’histoire de sa vie, de parler ouvertement de situations pénibles et traumatisantes et de se permettre de vivre les émotions qui y sont rattachées. À la fin de son exposé, j’en avais la chair de poule et j’avais été profondément touché.

Ce jour-là, j’ai compris qu’il n’était pas seulement un vétéran de la Seconde Guerre et de la Corée, il était un véritable héros, un gentleman, un homme muni d’immenses qualités. Il n’était rien de moins qu’une personne marquante et significative. Vous savez le genre d’individu unique qui croise notre destinée à quelques occasions seulement au cours de nos vies. À sa façon, il m’a marqué, il m’a aidé à mieux comprendre les réalités des hommes qui ont vécu la guerre de 1939-1945 et celle de Corée, les défis du retour à la vie civile, les «démons» qui les ont suivis pendant toute leur vie ainsi que les mécanismes pour s’y adapter. Il avait aussi une joie et un désir de vivre qui le caractérisaient.

Sans l’ombre d’un doute, Monsieur Boivin faisait honneur à la profession des armes, mais encore, il était un vétéran qui a permis de démystifier ce que représente servir son pays et même le pays voisin. Il a aidé de nombreux jeunes universitaires à mieux comprendre toute la dureté du service militaire. Il a permis à des centaines de jeunes du primaire et du secondaire à aller au-delà de l’image du soldat dans les livres d’histoire en allant à leur rencontre pour lui apprendre qui était l’homme derrière l’uniforme. Par ses témoignages dans différents forums, il a contribué à la population civile à mieux connaître les vétérans et leurs sacrifices pour notre nation. Ses contributions pour faire de notre société un monde meilleur sont immenses.

Il était un homme droit, fier, vif, intelligent, mais aussi émotif. Il disait sans la moindre retenue son âge, ce qui rendait les qualités et les traits précédents encore plus impressionnants.

En toute franchise, je suis très triste de la mort de Monsieur Boivin et je partage la peine et le chagrin de tous les membres de sa famille et de tous les camarades du Local 190, surtout ceux et celles qui étaient très proches de ce dernier. Je me réconforte en me disant que les véritables héros ne meurent jamais, car il y aura toujours une place dans notre mémoire et dans notre cœur pour cet homme.
Merci, Monsieur Boivin, pour votre service à notre pays !

Merci, Monsieur Boivin, pour vos nombreux apprentissages !
Reposez en paix !
Nous nous souviendrons de vous !

Voici la biographie de Monsieur Gérard Boivin, disponible sur la page Facebook du Local 190 de la Légion royale canadienne

Né à Granby le 11 février 1923, M. Boivin s’enrôla dans les forces canadiennes, le 5 septembre 1940. Il est muté à Longueuil où il travaillera pour le corps médical de 1940 à 1941. En février 1942, alors âgé de 18 ans, il est muté avec le 25e Régiment d’artillerie ou il sera le répartiteur (dispatcher) pour le Colonel Maurice Haley. À la fin de 1942, il voyagera sur le Queen Mary pour l’Angleterre ou il rejoindra les rangs du Régiment de Maisonneuve et il travailla avec son beau-père (Joseph Fontaine) et ses deux frères, Jacques et Marcel Boivin pour la section de transport. Il fera différentes missions en Angleterre pour déjouer les espions allemands. Étant donné qu’il travaillait pour son beau-père ont lui demandait souvent de produire plus que les autres.

C’est alors qu’en 1943, il se joint au tirage (draft) pour rejoindre les rangs du Royal 22e Régiments afin de revenir le plus vite revoir sa mère qui était seule à la maison. Il voyage dans un convoi de 75 navires pour l’Italie. Un seul bateau hôpital fut malchanceux en frappant une mine et les passagers furent tous sains et sauvent.

Arrivé à Naples, il rejoint sa nouvelle unité et prend part aux combats. Il participera à de nombreuses batailles dont la libération de Rome ou il sera blessé à trois reprises : blessé à l’épaule entre la ligne Gustave et Hitler, il perdra un œil près de la rivière Po et Il frôla la mort de près lors d’une attaque allemande ou le Lieutenant Desrosiers qui était le fils du Président de l’Imperial Tobacco lui avait demandé de changer de place avec lui. Le Lt. Desrosiers reçu quelques minutes après un obus de mortier qui fut fatale. M. Boivin était blessé aux tendons, jambes et au corps avec des éclats d’obus en plus de recevoir des parties de corps du lieutenant. Étourdi et très faible, il entendit des soldats allemands parler qu’ils étaient tous morts. Plus tard, il fut sauver par le personnel médical et fût envoyé vers l’arrière à l’hôpital. C’était la fin de la guerre pour lui. Il apprit plus tard qu’il avait perdu son frère Jacques lors du débarquement de Normandie en juin 1944.

Revenu au pays après la victoire des alliées, il décida d’émigrer aux États-Unis un peu plus tard et c’est en 1949 qu’il s’enrôlera dans l’infanterie américaine. Pour pouvoir servir, il fait falsifier son rapport médical pour que les forces américaines ne puissent pas savoir qu’il était un blessé de guerre.

Tout au long de son entrainement, des questions sur son habilité à tirer et ses connaissances en patrouilles et en manoeuvres se posèrent…. Il part donc pour la Corée de 1949 à 1952 où il sera décoré pour bravoure (étoile héroïque) après avoir sauvé un peloton d’infanterie.
Son contrat de trois ans étant terminé, il revient aux États-Unis ou finalement les forces américaines découvrent de l’information sur son dossier militaire au Canada. Il fut quand même libéré avec honneur.

Ne trouvant pas de travail, il revient au Québec où il s’installe et trouva de l’emploi à la compagnie Northern Télécom. Il a été commissionnaire à la compagnie B du 4R22eR à St-Jérôme. C’est lors de son nouvel emploi qu’il fera la rencontre de Mme. Marie Laure Dupuis qui sera sa partenaire pendant 64 années de mariage. Ils eurent deux enfants, Jean, Ginette et adoptèrent un fils qui garda son nom de naissance, Roger Touchette. Outre son travail, il deviendra bénévole pendant 26 ans à l’hôpital Youville, 10 ans à l’hôpital Sainte-Anne et plus de 10 ans à la Légion de St-Jérôme.

Il a joué le rôle de caporal-suppléant en Italie et lors de la tournée du Cardinal Villeneuve, il était de la garde d’honneur de son régiment. Il sera immortalisé dans le journal de LA PATRIE le 21 octobre 1944 par le photographe du journal.

2ième Guerre: CANADA

Médaille Étoile d’Italie, Étoile 39-45, médaille Défense National, médaille Volontaire avec agrafe, médaille Roi George VI.

Guerre de Corée: ÉTATS-UNIS

Médaille Défense National, médaille bonne conduite et médaille Étoile Héroïque

Merci à vous Soldat Boivin pour votre courage et votre dévouement envers votre patrie et vos proches !

Nous amies et amis qui ont connu votre grande générosité et votre sens de l’honneur et d’humour, nous tenons notre verre de vin bien haut afin de vous rendre hommage et vous saluez une dernière fois !!!
MERCI !!

Pour les Hommages !
Dimanche, 19 août de Midi à 4pm
Salon funéraire Desrosiers centre-ville de St-Jérôme
Une cérémonie spéciale sera faite par les membres de la Légion de St-Jérôme et les gens seront invités à se réunir au local de la Légion pour un dernier salut à M. Boivin.

Libéré volontairement en 2014 avec le rang de major, Dave Blackburn est docteur en sociologie de la santé et est professeur régulier à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) où le champ de la santé mentale et les Forces armées canadiennes figure dans ses domaines de recherche.

Les commentaires sont fermés.