Mort de Kofi Annan, ancien chef de l’ONU et vedette de la diplomatie mondiale

0
L’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan à Paris le 11 décembre 2017. (AFP/Archives/JOEL SAGET)

L’ancien secrétaire général de l’ONU et prix Nobel de la paix Kofi Annan est mort samedi à 80 ans, après avoir accédé au rang de vedette de la diplomatie mondiale durant ses dix années à la tête des Nations unies.

«C’est avec une immense tristesse que la famille Annan et la Fondation Kofi Annan annoncent que Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies et lauréat du Nobel de la paix, est décédé paisiblement samedi 18 août après une courte maladie », a annoncé sa fondation dans un communiqué à Genève.

L’actuel secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a salué en son prédécesseur « une force qui guidait vers le bien ».

Le président ghanéen Nana Akufo-Addo a décrété une semaine de deuil à partir de lundi dans son pays en hommage à Kofi Annan.

«Il a considérablement contribué au renom de notre pays par sa position, par sa conduite et son comportement dans le monde », déclare le président dans un communiqué au sujet de M. Annan.

Le Ghana est « profondément attristé » par le décès de l’illustre enfant du pays, poursuit le président.

Diplomate de carrière, Kofi Annan a contribué à rendre l’ONU plus présente sur la scène internationale pendant ses deux mandats, de 1997 à 2007.

Premier secrétaire général issu de l’Afrique subsaharienne, le Ghanéen a dirigé l’organisation pendant la période troublée de la guerre en Irak, avant de voir son bilan terni par des accusations de corruption dans l’affaire « pétrole contre nourriture ».

À son départ, il était cependant un des dirigeants de l’ONU les plus populaires. Conjointement avec l’organisation, il a reçu en 2001 le Prix Nobel de la Paix pour ses « efforts en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ».

«J’ai essayé de placer l’être humain au centre de tout ce que nous entreprenons : de la prévention des conflits au développement et aux droits de l’Homme », avait-il déclaré en acceptant le Prix Nobel à Oslo.

À part quelques années passées comme directeur du tourisme du Ghana, M. Annan a consacré quarante ans de sa vie professionnelle aux Nations unies. Il a été le premier secrétaire général à être issu de l’organisation.

Il a d’abord dirigé les ressources humaines de l’ONU, puis les affaires budgétaires, avant de chapeauter à partir de 1993 le maintien de la paix et d’être propulsé quatre ans plus tard à la tête de l’organisation.

Lorsqu’il dirigeait le département de maintien de la paix, l’ONU a connu deux des épisodes les plus sombres de son histoire: le génocide rwandais et la guerre en Bosnie.

Les Casques bleus se sont retirés en 1994 du Rwanda en proie au chaos et aux violences ethniques. Et un an plus tard, l’ONU n’a pas su empêcher les forces serbes de massacrer plusieurs milliers de musulmans à Srebrenica, en Bosnie.

Ces échecs, écrit Kofi Annan dans son autobiographie, « m’ont confronté à ce qui allait devenir mon défi le plus important comme secrétaire général : faire comprendre la légitimité et la nécessité d’intervenir en cas de violation flagrante des droits de l’homme ».

Apparitions télé et dîners mondains

Annan s’est vite adapté à son nouveau rôle de diplomate en chef, multipliant les apparitions à la télévision et les participations aux dîners mondains à New York. Jusqu’à devenir une vedette, qualifié par certains de « rock star de la diplomatie ».

Kofi Annan devait sa nomination aux États-Unis, qui avaient mis leur veto à un second mandat de son prédécesseur, l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali.

Cela ne l’a pas empêché de faire preuve à l’occasion d’indépendance vis-à-vis des grandes puissances. Il avait ainsi irrité Washington en estimant « illégale » l’invasion de l’Irak en 2003 parce que cette opération n’avait pas été entérinée par le Conseil de sécurité.

Né en avril 1938 à Kumasi, au Ghana, fils d’un cadre d’une filiale du groupe anglo-hollandais Unilever, Kofi Annan a étudié à l’université de Kumasi, puis grâce à une bourse, dans une université américaine, avant d’entrer à l’Institut des hautes études internationales de Genève.

En 1965 il épouse Titi Alakija, issue d’une famille nigériane fortunée. Ils auront un fils, Kojo, et une fille, Ama, mais se sépareront à la fin des années 70.

En 1984, il épouse en secondes noces Nane Lagergren, une juriste suédoise qui lui donnera une fille, Nina.

En février 2012, il est choisi par l’ONU et la Ligue arabe pour mener une médiation dans la guerre en Syrie, mais il jette l’éponge cinq mois plus tard. Il accusera les grandes puissances d’avoir par leurs dissensions transformé sa médiation en « mission impossible ».

Il a créé une fondation consacrée au développement durable et à la paix et fait partie du groupe des Elders (terme anglais signifiant «les anciens» ou «les sages»), créé par Nelson Mandela pour promouvoir la paix et les droits de l’homme.

Premier secrétaire général des Nations unies originaire d’Afrique sub-saharienne, le Ghanéen Kofi Annan, décédé samedi à 80 ans, aura connu sur le continent l’un des pires moments de sa carrière avec le génocide au Rwanda et plusieurs de ses plus belles réussites de diplomate.

Comme toute une génération de responsables, diplomates et ministres des Affaires étrangères, Kofi Annan restera marqué à jamais par l’incapacité de la communauté internationale à prévenir et empêcher le génocide au Rwanda en 1994, qui fit 800.000 morts selon l’ONU, essentiellement parmi la population tutsi.

Kofi Annan a 56 ans et occupe depuis un an le poste de secrétaire général adjoint en charge des opérations de maintien de la paix lorsque les machettes des génocidaires s’abattent sur les Tutsi et hutu modérés au Rwanda.

Une mission de maintien de la paix de l’ONU (Minuar) est déployée au Rwanda au moment du génocide, sous le commandement militaire du général canadien Roméo Dallaire, mais elle n’a pas arrêté les massacres, faute de renforts dont l’envoi nécessitait un vote du Conseil de sécurité.

Pendant que les tueries faisaient rage, les effectifs de la Minuar ont même été réduits.

A plusieurs reprises après le génocide, Kofi Annan reconnaîtra que son action a été insuffisante pour prévenir les massacres.

« La communauté internationale n’a pas été à la hauteur au Rwanda et cela devra toujours être pour nous une source de regrets amers et de chagrin », a-il notamment déclaré, à l’occasion du 10e anniversaire du génocide.

Fin 2006, un mois avant de quitter son poste de secrétaire général de l’ONU après 10 ans de mandat, Kofi Annan promet de ne pas oublier l’Afrique. « Je ne suis pas fatigué et je voudrais travailler sur l’Afrique, offrir mes conseils », glisse-t-il à la presse.

Un peu plus d’an après, son désir est exaucé, l’Union africaine faisant appel à ses talents de diplomate pour faire office de médiateur dans la crise politique kényane et y éteindre l’incendie des violences électorales.

Kofi Annan arrive à Nairobi en terrain miné fin janvier 2008: le pays est déchiré par des violences politico-ethniques qui feront au total plus de 1.100 morts et 600.000 déplacés, à la suite de la contestation par le candidat de l’opposition Raila Odinga de la réélection du président Mwai Kibaki.

M. Annan s’installe dans un grand hôtel de Nairobi où il mène à huis clos les premières séances de médiation entre les deux camps. Les déclarations empreintes de défiance des représentants du pouvoir et de l’opposition, lors de conférences de presse improvisées devant l’hôtel, ne laissent rien augurer de bon.

Pourtant, fin février, avec l’appui massif de la communauté internationale – Etats-Unis en tête – M. Annan arrache aux protagonistes un accord de partage du pouvoir qui ramène progressivement le calme dans le pays.

Kofi Annan quitte le Kenya auréolé d’une image de faiseur de miracle: des employés de la réserve animalière du Masaï Mara baptisent un rhinocéros nouveau né « Kofi Annan » et le portrait de l’ancien secrétaire général de l’ONU fleurit sur les mini-bus de transports collectifs de Nairobi.

Samedi, l’annonce de son décès a suscité de nombreuses réactions au Kenya.

« On se souviendra de M. Annan pour sa médiation en faveur du retour de la paix au Kenya, quand notre pays était confronté à des turbulences politiques en 2007 », écrit ainsi M. Kibaki dans un communiqué où il salue également « son inimitable élégance » et son « éloquence ».

Raila Odinga a tenu à saluer « la +doctrine Annan+ » selon laquelle, d’après le responsable kényan, « la communauté internationale a le droit d’intervenir quand les gouvernements échouent à protéger la vie de leurs citoyens ».

Outre la crise kényane, M. Annan avait supervisé en 2006, alors qu’il était encore secrétaire général de l’ONU, un accord entre le Nigeria et le Cameroun au sujet la péninsule pétrolière de Bakassi, au centre d’un long différend entre les deux pays.

En 2000, il avait annoncé depuis Addis Abeba avec un plaisir non dissimulé la fin de la très meurtrière guerre entre l’Ethiopie et l’Erythrée, obtenue grâce à la médiation de l’Algérie.

De fait, les armées des deux pays ont continué de se regarder en chiens de faïence de part et d’autre de leur frontière commune pendant encore près de deux décennies, avec parfois de violents accrochages à la clé.

M. Annan aura vécu assez longtemps pour voir le Premier ministre éthiopien et le président érythréen publiquement enterrer la hache de guerre, le 9 juillet dernier.

Les hommages affluent après la mort de Kofi Annan, ancien chef de l’ONU

De son Afrique natale à l’Amérique, les grands dirigeants rendaient hommage samedi à l’ancien secrétaire général de l’ONU et prix Nobel de la paix Kofi Annan, décédé en Suisse à l’âge de 80 ans, après avoir été au centre la diplomatie mondiale pendant une décennie troublée.

L’ex-premier ministre Paul Martin a également rappelé l’amour et l’affection que portait le célèbre Ghanéen envers le Canada.

L’ancien chef libéral croit que la plus grande contribution de Kofi Annan en tant que diplomate est son leadership à promouvoir les institutions multilatérales dans un contexte de mondialisation.

De son côté, la ministre des Relations internationales du Québec, Christine Saint-Pierre, a louangé elle aussi le défunt.

«Un monument nous a quittés. L’humanité est en deuil. Reposez en paix Kofi Annan », a-t-elle commenté par Twitter.

Les hommages ont afflué, du Ghana, son pays natal, à l’actuel secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui a souligné « une force qui guidait vers le bien », en passant par l’ex-président américain Barack Obama et les grands dirigeants européens.

« Kofi Annan a voué sa vie à faire du monde un endroit plus pacifique », a soutenu l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, louant un diplomate ayant « oeuvré inlassablement pour nous unir ».

Barack Obama a salué « son intégrité, sa détermination, son optimisme et son sens de notre humanité partagée » et souligné qu’il avait contribué à « motiver et inspirer » la « prochaine génération de leaders ».

« Nous n’oublierons jamais son regard calme et résolu, ni la force de ses combats », a tweeté le président français Emmnuel Macron, alors que son homologue russe Vladimir Poutine a déclaré avoir « sincèrement admiré la sagesse et le courage » du diplomate.

La Première ministre britannique Theresa May a rendu hommage à « un grand leader et réformateur de l’ONU » tandis que Amnesty International a salué « un champion de la justice, de la paix et de la dignité ».

La chancelière allemande Angela Merkel a, elle, insisté sur la « voix de Kofi Annan » qui « va beaucoup nous manquer à une époque où la recherche en commun de solutions aux problèmes mondiaux est plus urgente que jamais ».

Kofi Annan fut le premier secrétaire général issu de l’Afrique sub-saharienne et le Ghana, où il était né, a décrété une semaine de deuil à partir de lundi.

« Il a considérablement contribué au renom de notre pays par sa position, par sa conduite et son comportement dans le monde », a déclaré le président ghanéen Nana Akufo-Addo.

En Afrique du Sud, le parti au pouvoir, l’ANC, s’est souvenu d’un « fils éminent de l’Afrique » qui a oeuvré « en faveur (des pays) du Sud en développement ».

Un autre prix Nobel de la paix, l’archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu a de son côté évoqué « un remarquable être humain qui a représenté notre continent et le monde avec une immense grâce, intégrité et distinction ».

La Ligue arabe, basée au Caire, a aussi rendu hommage à Kofi Annan tandis que le ministère égyptien des Affaires étrangères l’a qualifié d' »icône et source de fierté pour tous les Africains et les amoureux de la paix ».

Diplomate de carrière, Kofi Annan a contribué à rendre l’ONU plus présente sur la scène internationale pendant ses deux mandats, de 1997 à 2007.

Il a dirigé l’organisation pendant la période troublée de la guerre en Irak, avant de voir son bilan terni par des accusations de corruption dans l’affaire « pétrole contre nourriture ».

A son départ, il était cependant un des dirigeants de l’ONU les plus populaires. Conjointement avec l’organisation, il a reçu en 2001 le Prix Nobel de la Paix pour ses « efforts en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ».

« J’ai essayé de placer l’être humain au centre de tout ce que nous entreprenons: de la prévention des conflits au développement et aux droits de l’Homme », avait-il déclaré en acceptant le Nobel.

*Avec AFP

Les commentaires sont fermés.