Un an après, la nouvelle stratégie afghane de Trump a-t-elle changé la donne?

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Nouvelle attaque à Kaboul le 16 août 2018, un centre d’entraînement des renseignements visé. (Archives/AFP)

Un an après le lancement de la nouvelle stratégie de Donald Trump pour l’Afghanistan, une nouvelle vague de violence frappe ce pays ravagé par 17 ans de guerre, éclipsant les rares lueurs d’espoir.

Chaque attaque représente un énorme recul pour le président afghan Ashraf Ghani, qui veut lancer des pourparlers de paix avec les talibans, mais aussi pour le Pentagone, qui assure régulièrement que les choses s’améliorent enfin.

Ces derniers jours, les talibans et le groupe Etat islamique (EI) ont mené une série d’attaques sanglantes, notamment un attentat suicide fatal qui a tué au moins 37 personnes contre une école d’un quartier chiite de Kaboul, revendiqué par l’EI.

Quelques jours auparavant, les talibans avaient lancé un assaut sur la ville stratégique de Ghazni, située à deux heures de route de Kaboul, que l’armée afghane, appuyée par des raids aériens américains, a mis plusieurs jours à repousser.

Ce n’est pas ce que le président américain espérait lorsqu’il a renoncé le 21 août 2017 à son « instinct initial de se retirer » pour doubler le nombre des soldats américains dans le pays et prolonger indéfiniment la plus longue guerre de l’histoire des Etats-Unis.

Les généraux américains, qui n’ont jamais souscrit à l’idée de Barack Obama que les Etats-Unis pouvaient se retirer d’Afghanistan sans y laisser un vide sécuritaire, avaient salué la décision de M. Trump.

– « Situation peu réjouissante » –

Un soldat membre de l’opération Resolute Support au camp Marmal, une base militaire à Mazar-i-Sharif, le 25 mars 2018 en Afghanistan. (POOL/AFP/Archives / Michael Kappeler)
Quelques mois plus tard, le commandant des forces de l’Otan en Afghanistan, le général américain John Nicholson, affirmait que la guerre avait « passé un cap » et prédisait que le gouvernement afghan exercerait son contrôle sur 80% de la population du pays dans les deux ans.

Or selon un rapport officiel américain, le pourcentage de la population afghane sous contrôle des autorités n’atteignait, en mai, que 65%.

« Nous avons passé tellement de caps en Afghanistan que nous avons probablement tourné en rond », note Bill Roggio, du centre de recherche Foundation for Defense of Democracies. « La situation est peu réjouissante ».

« Sans une présence américaine en Afghanistan, on verrait rapidement de grandes zones du pays passer sous le contrôle des talibans », précise-t-il à l’AFP.

L’un des principaux objectifs de la stratégie de M. Trump était de forcer les talibans à s’asseoir à la table des négociations avec le gouvernement afghan.

Un cessez-le-feu inédit de trois jours en juin a bien accordé un peu de répit aux civils et laissé entrevoir une possible issue diplomatique au conflit, 17 ans après les attentats du 11 septembre 2001.

La trêve, à la fin du ramadan, avait donné lieu à des scènes de fraternisation dans les villages et jusqu’au coeur de Kaboul. Mais pour le moment, les talibans ont repoussé la main tendue de M. Ghani.

– Faire monter les enchères –

Un taliban porte un lance-roquettes au milieu d’Afghans fêtant le cessez-le-feu temporairele 16 juin 2018. (AFP/NOORULLAH SHIRZADA)
Selon des informations jamais confirmées officiellement, l’émissaire des Etats-Unis pour l’Asie du Sud, Alice Wells, a rencontré des responsables des talibans afghans le mois dernier au Qatar pour évoquer la perspective d’un processus de paix en Afghanistan.

Et lors d’une visite à Kaboul en juillet, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a estimé qu’il y avait désormais « un espoir ». « Beaucoup de talibans ont compris qu’ils ne peuvent gagner sur le terrain. C’est directement lié à la stratégie du président Trump », a-t-il ajouté.

En réponse, Ashraf Ghani a remercié les Etats-Unis, estimant que la nouvelle stratégie américaine a « changé la donne ».

Selon les analystes, la récente poussée de violence vise à placer les talibans en position de force au moment d’entamer les négociations. « On a déjà vu ça: des insurgés qui, avant des négociations ou un cessez-le-feu, tentent de faire monter les enchères », a confirmé jeudi le ministre américain de la Défense, Jim Mattis.

Pourtant, Donald Trump semble montrer des signes d’impatience face à la lenteur des progrès.

Selon NBC, le président américain caresserait de nouveau l’idée, à laquelle le Pentagone s’oppose totalement, de confier les tâches de sécurité en Afghanistan à Erik Prince, frère de la ministre de l’Education Betsy DeVos et fondateur de Blackwater, une société de mercenaires qui a laissé de sinistres souvenirs en Irak.

Il y a actuellement 14.000 soldats américains en Afghanistan, où ils représentent le plus gros contingent de la mission de l’Otan.

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