Des centaines de Syriens fuient Idleb de crainte d’un assaut du régime

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Des soldats russes et syriens au point de passage d’Abu ad Duhur, dans la province d’Idleb en Syrie, le 20 août 2018. (AFP/Archives/ George OURFALIAN)

Craignant un assaut imminent du régime, des centaines de civils ont commencé à fuir la province d’Idleb, à la veille de négociations tripartites cruciales en Iran, censées sceller le sort de cet ultime grand bastion jihadiste et rebelle dans la Syrie en guerre.

Jeudi, les forces du régime de Bachar al-Assad ont de nouveau bombardé à l’artillerie le sud-est de la province, un secteur d’où s’échappent les habitants depuis mercredi soir, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH). Un civil a été tué et six blessés dans le pilonnage.

Déterminé à reprendre l’ensemble du territoire et fort du soutien militaire russe et iranien, le pouvoir a massé des renforts aux abords de la province frontalière de la Turquie, dominée par les jihadistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS) mais qui accueille aussi d’importantes factions rebelles.

Et les bombardements à l’artillerie et aériens ont repris sur le sud-est d’Idleb, notamment avec l’intervention de l’aviation russe.

Depuis mercredi soir, des centaines d’habitants ont abandonné des villages du sud-est d’Idleb pour des secteurs rebelles dans la province voisine d’Alep, selon le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

« Ils se dirigent vers l’ouest de la province d’Alep et vers la région d’Afrine », à la frontière turque, a précisé M. Abdel Rahmane, évoquant « près de 180 familles, soit environ un millier de personnes ».

Les Nations unies ont prévenu qu’une offensive à Idleb pourrait faire jusqu’à 800.000 déplacés.

La Russie «tue et tuera les terroristes», que cela soit à Idleb, dernier bastion échappant aux forces gouvernementales sous la menace d’une offensive du régime, ou ailleurs en Syrie, a déclaré jeudi la porte-parole de la diplomatie russe.

«Nous avons tué, nous tuons et nous tuerons les terroristes (…) Et peu importe qu’ils se trouvent à Alep, à Idleb ou en d’autres points de la Syrie», a déclaré Maria Zakharova, citée par les agences russes.

«Il en va de notre sécurité», a-t-elle ajouté.

Quatre avions de l’armée russe ont bombardé mardi des cibles de Hayat Tahrir al-Cham (HTS, formé de membres de l’ex-branche d’Al-Qaïda) dans la région d’Idleb, dernier grand bastion insurgé du nord-ouest de la Syrie.

Le régime de Damas ambitionne de reprendre cette région, dominée à 60% par Hayat Tahrir al-Cham et qui compte également une multitude de groupes rebelles.

Des centaines de civils ont fui la province d’Idleb pour trouver refuge dans des territoires plus au nord par crainte d’un assaut des forces gouvernementales, a rapporté jeudi l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), qui indique que le sud-est d’Idleb a été la cible jeudi matin de frappes d’artillerie du régime.

– « Tirer à l’aveuglette » –

Mohamed al-Zir, un habitant de la ville d’Idleb, chef-lieu de la province, dit avoir surtout « peur » des raids aériens du régime et de son allié russe.

« Ce sont des aviations criminelles qui commettent des massacres parmi les civils », accuse-t-il. « Les frappes sont barbares et il n’y a pas de cibles, ils tirent à l’aveuglette ».

Mardi, 13 civils, dont six enfants, ont été tués dans des raids russes sur la province, selon l’OSDH. Moscou a assuré avoir mené des frappes contre des jihadistes, loin de zones résidentielles.

L’aviation est un atout crucial du régime et de son allié russe dans leurs assauts pour reprendre les bastions rebelles et jihadistes au prix d’importantes pertes humaines et de destructions colossales.

Dans Idleb et les poches insurgées adjacentes qui abritent quelque trois millions d’habitants, l’ONU et de nombreuses capitales disent craindre en cas d’assaut une « catastrophe humanitaire » d’une ampleur inédite, même à l’échelle d’un pays ravagé depuis 2011 par un conflit qui a fait plus de 350.000 morts.

« Le monde regarde et les Etats-Unis regardent », a prévenu mercredi le président américain Donald Trump.

Washington a convoqué vendredi une réunion du Conseil de sécurité, le jour même où se tient à Téhéran un sommet entre les présidents d’Iran et de Russie, alliés du régime syrien, et de Turquie, parrain des rebelles.

Ce sommet pourrait bien déterminer l’ampleur et le calendrier d’une éventuelle offensive contre Idleb.

La Turquie, qui dit craindre un « massacre » et un nouvel afflux de réfugiés à sa frontière, a affirmé qu’elle allait tenter à Téhéran d’empêcher un assaut.

– « Conséquences dévastatrices » –

C’est dans cette province qu’ont été envoyés des dizaines de milliers de rebelles et de civils, évacués d’autres fiefs insurgés repris par le régime. Selon l’ONU, la moitié des habitants aujourd’hui sont des déplacés.

Une offensive prendrait pour cible principalement des secteurs périphériques d’Idleb, et certaines zones insurgées des provinces voisines, selon des experts. Le régime a surtout dans le viseur les jihadistes de HTS, un groupe formé par l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda.

En attendant les résultats du sommet de Téhéran, l’envoyé spécial de l’ONU, Staffan de Mistura, a appelé à éviter « un bain de sang », alors que selon lui l’assaut pourrait être donné « autour du 10 septembre ».

ONG et organisations humanitaires ont tiré la sonnette d’alarme.

« L’accès aux services de base tels que les soins de santé, (…) et l’eau potable est très limité, et la majeure partie de la population est tributaire de l’aide humanitaire » dans Idleb, a déploré Amnesty international dans un communiqué.

L’ONG Save The Children a mis en garde contre les « conséquences dévastatrices » d’une offensive. « Les enfants, qui devraient être en train de recevoir de l’aide pour leur bon rétablissement à Idleb, sont confrontés à de nouvelles frappes aériennes et des violences ».

Une victoire à Idleb serait hautement symbolique pour le pouvoir, qui avec l’appui militaire crucial de Moscou, a réussi à reprendre près des deux-tiers du pays.

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