Israël: visite historique de Duterte, avec de possibles achats d’armes à la clé

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Rodrigo Duterte, président philippin, le 5 septembre 2016, à Hangzhou (Chine) et Davao (Philippines). (Archives/SAUL LOEB / AFP)

Le président philippin Rodrigo Duterte a entamé dimanche soir une visite historique en Israël qui illustre sa volonté de réduire sa dépendance militaire vis-à-vis de son allié traditionnel américain.

Cette visite de quatre jours est la première d’un chef d’Etat philippin depuis l’établissement des relations diplomatiques entre les deux pays il y a 60 ans, alors même que Manille avait auparavant accueilli un millier de juifs fuyant l’Holocauste.

La venue de M. Duterte sera suivie avec attention en Israël, en raison notamment de la personnalité très forte et du franc parler du dirigeant populiste qui avait fait scandale en se comparant à Adolf Hitler.

Accompagné d’une importante délégation, il a été accueilli à l’aéroport Ben Gourion près de Tel-Aviv par le ministre israélien des Communications, Ayoub Kara. L’ex-avocat de 73 ans, est parti ensuite à Jérusalem où il participera à une rencontre avec les membres de l’important contingent de Philippins travaillant en Israël.

M. Duterte doit s’entretenir lundi avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avant de partir mercredi pour la Jordanie.

« Cette visite revêt une grande importance pour nous, elle symbolise les relations fortes et chaleureuses entre nos deux peuples », déclare dans un communiqué le ministère israélien des Affaires étrangères.

L’arrivée au pouvoir de M. Duterte mi-2016 s’était traduite par une dégradation des relations avec les Etats-Unis alors présidés par Barack Obama, en dépit de l’accord de défense liant les deux Nations.

En cause notamment, les critiques dont Washington s’était fendu à l’égard de la sanglante « guerre contre la drogue » lancée par le président philippin qui avait annoncé en réponse l’annulation d’une commande de 27.000 fusils d’assaut passée auprès des Etats-Unis.

Il a aussi ordonné cette année l’annulation d’un contrat d’achat de 16 hélicoptères canadiens Bell, en raison là aussi de critiques du gouvernement canadien sur la situation des droits de l’homme.

Le bouillant Duterte a clairement réorienté sa diplomatie vers Pékin et Moscou, même si les choses se sont apaisées après l’arrivée de Donald Trump à la Maison blanche.

La visite « est pour le président Duterte (une occasion) de visiter un autre marché pour (…) les armes de nos forces armées ainsi que de la police », a déclaré à l’AFP Henelito Sevilla, un expert des relations internationales.

Israël est un des premiers marchands d’armes au monde et 60% de ses exportations en matière de défense sont à destination de la région Asie-Pacifique, selon des chiffres du ministère israélien de la Défense.

Manille est devenu en 2017 un important client d’Israël, achetant notamment pour 21 millions de dollars de systèmes radar et d’équipements antichars.

La visite de M. Duterte pourrait être l’occasion de contrats bien plus importants, au moment où Manille prévoit un programme de plusieurs milliards de dollars de modernisation de ses forces armées.

Mais il sera également question lors des entretiens bilatéraux de l’importante population de Philippins travaillant comme domestiques en Israël.

Au total, environ 10 millions de Philippins travaillent à l’étranger dans une grande variété de secteurs. D’après la banque centrale philippine, leurs revenus sont une pièce maîtresse de l’économie locale, avec plus de 28 milliards de dollars engrangés grâce aux transferts en 2017.

Et les autorités philippines ont à coeur d’obtenir auprès des capitales étrangères des accords pour améliorer les droits de travailleurs migrants qui sont considérés dans l’archipel comme des héros.

M. Duterte s’était à l’automne 2016 attiré les critiques d’Israël pour avoir dressé un parallèle entre sa sanglante campagne contre le trafic de drogue et l’extermination des juifs par Adolf Hitler.

« Hitler a massacré trois millions de juifs. Bon, il y a trois millions de drogués (aux Philippines). Je serais heureux de les massacrer », avait-il dit, avançant par ailleurs un chiffre faux sur le nombre de juifs assassinés par les nazis, qui s’élève à six millions.

Le président philippin, qui avait présenté ses excuses « auprès du peuple juif », se rendra au cours de sa visite à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem.

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