Kim annonce une visite historique à Séoul et promet de fermer un site balistique

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Les leaders sud-coréen Moon Jae-in et nord-coréen Kim Jong Un à Pyongyang en septembre 2018. (AFP)

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a annoncé mercredi une prochaine visite historique à Séoul et accepté de fermer devant des inspecteurs internationaux un site d’essai de missiles, à l’occasion d’un sommet intercoréen à Pyongyang.
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Mise à jour 19/09/2018, 14h56

Les Etats-Unis ont salué mercredi les « engagements importants » pris par la Corée du Nord lors du sommet intercoréen de Pyongyang, et se sont dits prêts à reprendre les négociations « immédiatement » en vue d’une « dénucléarisation rapide » qui devra s’achever « d’ici janvier 2021 ».

Dans un communiqué, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo affirme avoir « invité ce matin » son homologue nord-coréen Ri Yong Ho à le rencontrer « la semaine prochaine à New York » en marge de l’Assemblée générale annuelle de l’ONU.

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Lors de leur troisième réunion depuis avril, M. Kim et le président sud-coréen Moon Jae-in n’ont cependant fait état que de progrès limités sur la question cruciale de la dénucléarisation, alors même que le Sud-Coréen allait à Pyongyang pour tenter de débloquer les négociations entre le Nord et les États-Unis.

Consolidant leur rapprochement, les deux dirigeants ont néanmoins annoncé leur volonté de faire acte de candidature commune à l’organisation des jeux Olympiques de 2032. Ils sont également convenus d’initiatives bilatérales comme l’organisation régulière de réunions de familles divisées par la guerre de Corée (1950-53), et de travailler pour connecter leurs réseaux routiers et ferrés.

Ces accords sont «porteurs de l’espérance du peuple et de son désir intense de réunification», a souligné Kim Jong-un.

Son voyage à Séoul serait la première visite d’un dirigeant du Nord dans la capitale sud-coréenne depuis la fin de la guerre.

Cette visite pourrait intervenir cette année, à moins de «circonstances particulières» et constituera «une étape monumentale pour les relations intercoréennes», a précisé M. Moon.

Selon leur déclaration conjointe, le Nord a accepté de «fermer de façon permanente» le site de tests de moteurs de missile et le pas de tirs de Tongchang-ri, «en présence d’experts des nations concernées».

Reste à voir si cette mesure sera suffisante pour relancer les négociations de plus en plus compliquées sur le nucléaire.

Lors de sa rencontre historique en juin avec le président américain Donald Trump à Singapour, M. Kim avait réitéré un engagement nord-coréen vague en faveur de la dénucléarisation de la péninsule. Mais Washington et Pyongyang divergent sur le sens de cet engagement.

Le Nord-Coréen Kim Jong Un et le Sud-Coréen Moon Jae-in sont convenus mercredi d’une série de projets destinés à approfondir les relations sur la péninsule. Voici les points clés des documents signés à Pyongyang après deux jours de sommet.

– Kim à Séoul –

Les deux leaders se sont vus à trois reprises ces six derniers mois. Le dirigeant nord-coréen « Kim Jong Un visitera Séoul dans un avenir proche », dit une déclaration commune.

L’événement pourrait se produire cette année à moins de « circonstances particulières », a précisé le président Moon.

Une telle visite serait la première dans la capitale sud-coréenne d’un leader nord-coréen depuis la fin de la Guerre de Corée (1950-53).

– Fermeture « permanente » –

M. Moon s’est rendu à Pyongyang dans l’espoir d’obtenir un geste qui permettrait de relancer les négociations sur la dénucléarisation entre Washington et le Nord.

Le Nord a accepté de « fermer de façon permanente » son site de tests de moteurs de missile et le pas de tirs de Tongchang-ri « en présence d’experts des nations concernées ».

« Le Nord a exprimé sa disposition à prendre des mesures supplémentaires y compris le démantèlement permanent du complexe nucléaire de Yongbyon si les Etats-Unis prennent des mesures correspondantes », ajoute le texte, en référence au centre de recherches atomiques le mieux connu du Nord.

Les analystes se sont montrés dubitatifs, faisant valoir que le site était vieillot et ne servait plus, ce qui n’a pas empêché le président américain Donald Trump de saluer le geste dans un tweet: « Très enthousiasmant! ».

Il y a 13 ans, le Nord s’était engagé à « abandonner toutes les armes nucléaires et les programmes nucléaires existants, et de revenir, prochainement, dans le Traité de non prolifération nucléaire ».

Depuis lors, il a mené six essais et lancé des missiles capables d’atteindre le territoire continental des Etats-Unis.

– Faire baisser la température –

La guerre de Corée s’est achevée sur un armistice plutôt qu’un traité de paix, si bien que les deux pays sont toujours techniquement en guerre.

Les ministères de la Défense des deux pays ont signé un pacte visant à réduire les tensions, prévoyant que chacun démantèle 11 postes de garde d’ici la fin de l’année et l’arrêt des exercices militaires frontaliers à partir du 1er novembre.

Ils ont également décidé d’établir une zone tampon en mer Jaune, frontière maritime disputée, de suspendre les exercices et tirs maritimes et d’instaurer une zone d’exclusion aérienne à la frontière pour éviter des affrontements accidentels.

– Jeter des ponts –

Ils sont convenus d’inaugurer cette année un projet pour connecter leurs réseaux ferrés et routiers et de « normaliser » la situation à Kaesong, la zone industrielle conjointe désormais fermée en Corée du Nord.

Cette zone avait été fermée en 2016 par l’ex-présidente sud-coréenne conservatrice Park Geun-hye, peu après le quatrième essai nucléaire nord-coréen.

La décision paraît délicate à mettre en oeuvre compte tenu des multiples sanctions internationales infligées au Nord.

Ils ont aussi décidé de permettre que les voyages organisés de touristes sud-coréens au Mont Kumgang, station de montagne pittoresques de la Corée du Nord, puissent reprendre « si les conditions sont favorables ». Ces visites avaient été suspendues lorsqu’un soldat nord-coréen avait abattu une touriste sud-coréenne égarée.

Certains esprits chagrins estiment que les projets conjoints servent à financer les programmes militaires interdits de Pyongyang.

– JO –

Les Jeux Olympiques d’hiver organisés au Sud avaient servi de catalyseurs à la détente en cours. Les deux pays veulent aller encore plus loin.

« Le Sud et le Nord sont convenus de participer conjointement et activement aux compétitions internationales, y compris les Jeux olympiques d’été de 2020 et de coopérer en vue d’une candidature commune pour accueillir ensemble les Jeux olympiques d’été de 2032 », souligne le texte.

Pyongyang avait boycotté les JO d’été 1988 de Séoul.

– Réunions de famille –

Des centaines de milliers de familles ont été séparées par la guerre. Les rares réunions rappellent à chaque fois le coût humain du conflit et de la partition de la péninsule.

Les échanges directs sont interdits entre les deux Corées. Le Nord s’est souvent servi des réunions de familles comme monnaie d’échange dans ses négociations avec Séoul.

Mais les deux dirigeants ont décidé d’ouvrir un bureau au Mont Kumgang afin de permettre la tenue de retrouvailles régulières. Les Croix-Rouge des deux parties doivent aussi discuter d’échanges de courriers et de contacts vidéos entre familles.

«Très enthousiasmant»

Washington exige «une dénucléarisation définitive et entièrement vérifiée» tandis que Pyongyang veut une déclaration officielle des États-Unis pour marquer la fin de la guerre qui s’est achevée sur un simple armistice.

En attendant, M. Trump a salué dans un tweet la déclaration intercoréenne, en estimant que M. Kim avait «accepté des inspections nucléaires, sujettes à des négociations finales». «Très enthousiasmant!», a-t-il ajouté.

Mais les experts se montrent sceptiques.

Pyongyang, sous le coup de multiples sanctions internationales, a effectué de nombreux lancements de missiles depuis le site de Tongchang-ri, également connu sous le nom de Sohae.

Mais elle en a aussi tiré d’autres endroits, ce qui relativise la portée de l’engagement pris par M. Kim.

Des images satellites prises en août laissaient entendre que des opérations de démantèlement du site de test de moteurs de fusée étaient déjà en cours à Sohae.

«Kim la joue de façon brillante: Venez vérifier que je démantèle un seul site que je n’utilise plus de toute façon, pendant que je produis en masse les missiles que le site m’a permis de développer», a déclaré Vipin Narang, chercheur au MIT.

M. Moon a aussi affirmé que le Nord pourrait fermer son complexe nucléaire de Yongbyon, si Washington prenait «des mesures correspondantes», une condition, là aussi, très vague.

Jeffrey Lewis, spécialiste du contrôle des armements, a déclaré sur Twitter que l’opinion généralement admise était que cette usine d’enrichissement d’uranium «avait été construite avec la claire intention d’être sacrifiée».

«Spectacle de masse»

«Sur la question de la dénucléarisation, l’accord n’est pas à la hauteur des attentes», a déclaré à l’AFP Yoo Ho-yeol, de la Korea University.

La déclaration signée à Pyongyang l’a été 13 ans jour pour jour après que le Nord se fut engagé lors des pourparlers à six «à abandonner toutes les armes nucléaires et les programmes nucléaires existants».

Mais Séoul comme Pyongyang avaient à coeur de resserrer leurs propres liens, M. Kim pour faire profiter son pays de la puissance économique du Sud, M. Moon pour éloigner de la péninsule le spectre d’un dévastateur conflit intercoréen.

Le journal nord-coréen Rodong Sinmun a largement couvert le sommet, publiant entre autres l’image de l’accolade entre les deux leaders à l’aéroport de Pyongyang, puis des clichés de l’impressionnante ovation soigneusement chorégraphiée qui a accompagné la parade des deux hommes dans les rues de la capitale.

Mercredi soir, M. Moon et sa délégation dîneront dans un restaurant de poisson récemment ouvert sur les berges du Taedonggang, le fleuve traversant la capitale.

Ce choix répond au désir émis par le président Moon de dîner dans un restaurant local avec des gens «ordinaires». Mais un magasin y vend des pots de 50 grammes de caviar pour 50 dollars, un luxe impossible pour la population nord-coréenne.

Puis M. Moon assistera à un «spectacle de masse», ces spectacles de propagande dont Pyongyang a le secret.

Celui de mercredi impliquera des dizaines de milliers de figurants, avec en arrière-plan pas moins de 17 490 enfants tournant ensemble des pages de livres colorées pour offrir une impressionnante toile de fond en perpétuel évolution, dans les tribunes du Stade du Premier-Mai.

Selon Séoul, M. Moon se rendra jeudi avant de rentrer chez lui au mont Paektu, berceau spirituel de la nation coréenne à la frontière entre la Chine et le Nord.

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